Les jeunes, le PLQ et la laïcité

Dans un récent sondage Léger, le Parti Libéral du Québec apparaissait en tête dans les appuis des intentions de vote chez la catégorie d’âge des 18-34 ans et le Parti Québécois relativement impopulaire, récoltant même moins d’appuis que Québec Solidaire chez les 18-24 ans. Je me suis longtemps interrogé sur la jeunesse à laquelle j’appartiens, et ce depuis avoir lu une enquête de La Presse qui tentait de démontrer que nous appuyons davantage les libéraux de Couillard. La jeunesse est-elle réactionnaire? Quel est le problème du Parti Québécois, pourtant longtemps porte-étendard de la jeunesse qui semble attirer en réalité aujourd’hui davantage de vieux routier de l’indépendantisme ayant connu l’époque de René Lévesque.

Un an auparavant, le jeune agnostique que je suis était sous le choc en constatant que la Charte de la laïcité n’attirait pas plus qu’il fallait les ferveurs de la jeunesse, une jeunesse dite mondialisée et cosmopolite alors que le projet m’apparaissait moderne et faisait un pied de nez à la religion au profit de la neutralité et de la rationalité. Je ne connaissais pas beaucoup de croyants pratiquants dans mon entourage, ceux qui appartiennent à ma génération et pourtant peu soutenaient totalement la fameuse charte. L’argument principal était que les signes religieux ostentatoires ne dérangeaient pas et qu’empêcher leur port brimerait la liberté d’expression. Je n’ai jamais vraiment adhéré à cette argumentation plutôt individualiste et matérialiste surtout de la part de certains individus qui au nom des droits collectifs manifestaient en 2012 contre la hausse des frais de scolarité et étaient en faveur de la grève générale illimitée.

Je tombais récemment sur un texte de Tim Urban expliquant la raison pour laquelle la génération Y, autrement dit ma génération, était si malheureuse. Je n’ai pu m’empêcher de considérer le texte comme révélateur de ce que nous sommes, nous qui avons été habitués d’être chouchouté, de se faire dire que nous étions spéciales, nous aurions fini par nous centrer essentiellement sur nous-mêmes et de cultiver trop d’ambitions sans pourtant comprendre l’effort qu’elle implique. Ce phénomène ne fut sans doute pas aidé par internet et les réseaux sociaux qui nous auraient menés vers une culture de narcissisme et de satisfaction immédiate. En nous regardant aller, je trouve que ce texte est riche en explication sur ce que nous sommes.

Actuellement la société parait plus que jamais fragmentée à un niveau équivalent à celui de la vitesse à laquelle les informations circulent. Tous essaient d’obtenir leur heure de gloire, de créer son mouvement afin de s’attirer un quelconque sympathie et l’intérêt personnel semble ainsi avoir pris le dessus sur le collectif. Rappelons-nous à ce sujet la vague d’injonctions ayant suivi la mouvance de grève du printemps 2012. Des jeunes ne reconnaissant pas la légitimité de la démocratie populaire étudiante et des décisions prises en assemblée pour des grèves, avaient recours aux tribunaux afin d’aller aux cours pour lesquels ils avaient payés. Ainsi cette vague d’injonctions représentait une série d’initiatives individuelles au profit de l’utilisateur payeur contre une démocratie étudiante parfois mal géré et peu réglementé, niant le droit reconnu de facto d’entrer en grève. Le mouvement mis certes de l’avant la nécessité de réglementer formellement le droit de grève étudiant, mais là n’était pas le but, mais plutôt de satisfaire le consommateur. Malgré la vague de protestation de 2012, le Parti Libéral passa à un cheveu de reformer un gouvernement, ce qui se produisit cependant 1 an et demi plus tard avec l’élection majoritaire du gouvernement Libéral de Philippe Couillard.

Le Parti Libéral a toujours paru comme un ilot de et de cohésion face à l’autre formation politique majeur, le Parti Québécois, incapable de faire preuve de cette même cohésion, notamment par rapport à l’enjeu de l’indépendance et au sein duquel on retrouve divers clans en guerre et ce, la population le perçoit. En tant que jeunes nous sommes sans doute plus divisés. Notre désintérêt relatif à la politique locale est souvent lié au fait que nous n’ayons pas vécu les grandes luttes de nos aïeux notamment en ce qui concerne la défense du français et la lutte contre l’hégémonie cléricale et pour l’affirmation nationale québécoise et la politique nous apparait comme veillotte et ce sentiment est renforcé par nos tendances individualistes. Ce phénomène ne fait qu’ajouter des appuis au Parti libéral qui redevient pour nous comme pour le reste de la population un point d’ancrage sécuritaire, du moins pour ceux qui votent. La majorité d’appuis au PLQ n’est pas si significative, mais la politique locale ne nous apparait pas tant attirante dans un monde globalisé où l’exotisme est à portée de main. De plus nous avons été habitués de vivre dans ce Canada cosmopolite et qui ne bafouent pas vraiment nos libertés individuelles. Certains ne comprennent pas l’intérêt immédiat de l’indépendance tout comme la laïcité. Comment adhérer à des projets pour lesquels les ténors apparaissent si divisés et qui semblent venir d’une autre époque?

Pour ce qui est de la laïcité, c’est vrai qu’une musulmane pratiquante et voilée c’est intéressant et ça brise la conformité, mais en même temps nous nous y sommes habituées, tout comme nous ne sommes plus surpris de voir des Africains, des Latinos ou des Asiatiques marcher dans le rue. Leur retirer leur particularisme religieux dans le cadre de ne serait-ce que de la fonction publique, n’enfreindrait pas ce beau melting pot culturel? De plus nous sommes nombreux à être tatoués et percés, donc si on veut que les employeurs acceptent nos tatous et nos scarifications divers, ils devraient aussi accepter les symboles religieux, malgré leur caractère politique puisque la religion demande une politisation de la croyance, mais de nombreux tatous sont à caractère politique. On peut retenir une chose à mes propos et c’est que j’illustre ici non seulement la notion d’individualisme, mais aussi, et peut être plus celle d’individualité, c’est-à-dire l’originalité de la personne et sa liberté d’être ce qu’elle entend, ce dont le texte de Tim Urban traitait. Cependant si on mise effrontément sur notre individualité, ne risquons-nous pas de sombrer effrontément dans l’individualisme le plus crasse et ainsi faire sombrer la politique dans un jeu essentiellement d’ambition et non plus de la mettre au service du citoyen? Le défi de notre génération sera peut-être plus celui finalement de retrouver une cohésion au sein de la société et de s’unir au sein d’un projet commun en faisant un peu fi de nos petites individualités. Ainsi je me demande si à ce moment pourrons-nous nous concentrer sur les enjeux auquel nous faisons face collectivement? Rappelons-nous d’ailleurs que malgré notre appui au PLQ, nous nous identifions davantage au Québec qu’au Canada comme le démontre une enquête Léger vulgarisée au début de 2011 par Jean-François Lisée bien avant qu’il devienne député. N’est-ce pas déjà un bon début?

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s