Printemps 2015 : le test de la jeunesse et de la société civique

Le printemps se pointe à nos portes et le gouvernement Couillard élu depuis un peu moins qu’un an entame des mesures d’austérité. Alors que les universités effectuent des coupent et songent à sabrer dans ses programmes, que de nombreuses organisations et services financés par l’État s’apprêtent à disparaitre, un mouvement de contestation regroupant tant les étudiants que les organisations syndicales, les employés du secteur public, les enseignants et les chargés de cours, mais aussi plus généralement les citoyens opposés aux politiques libérales, se met en branle. On en avait d’ailleurs vu un aperçu le 29 novembre alors que des milliers d’individus étaient descendus dans les rues de Montréal et de Québec pour exprimer leur refus de ces politiques d’austérité. Il y a dès lors, bel et bien une grogne populaire qui s’installe. La question est cependant, sera-t-elle au moins aussi forte qu’au printemps 2012 lors de la crise étudiante et parviendra-t-elle à mobiliser suffisamment contre le gouvernement libéral?

Tout d’abord, faisons un bref rappel des évènements. En 2012, les étudiants, les organisations syndicales et de nombreuses personnes se mobilisaient massivement contre le gouvernement libéral de Jean Charest, essentiellement en réaction à une hausse des frais de scolarité dans les universités. Ultimement, le Parti libéral perdit le pouvoir, tout en passant à un cheveu de le reprendre, permettant au Parti Québécois de Pauline Marois de se hisser en tant que gouvernement minoritaire. Deux ans plus tard cependant, le Parti libéral de Philippe Couillard fut élu majoritaire et le Parti québécois connut l’une de ses pires défaites. Il y a de nombreuses manières d’interpréter la défaite du Parti québécois qui fit preuve de nombreuses hésitations durant son mandat. Lors des dernières élections, il ne parvint pas à rassurer les électeurs dans une campagne maladroite. Ces éléments aidèrent sans doute le Parti libéral et son discours alors très basé sur l’économie et la crainte de la dette québécoise à se hisser confortablement au pouvoir. Là n’est pas la question, mais plutôt si la crise étudiante a mené à un changement significatif dans la société civique et chez la jeunesse? À première vue, je tends à croire que non. Un sondage Léger Léger que j’abordais dans un récent texte montrait que le Parti libéral était le plus populaire chez les jeunes de 18 à 24 ans. Il faut aussi se rappeler qu’en réaction à la grève étudiante, une série d’injonctions soutenue par les acteurs médiatiques de la droite québécoise, notamment les animateurs de Radio-X et du FM 93, fut lancée par Laurent Proulx, étudiant de l’Université Laval, pour lui permettre d’avoir accès librement à ses cours par le biais des tribunaux en dépit des votes faits en assemblée étudiante.

Il faut cependant comprendre que durant la crise étudiante de 2012, de nombreux enjeux adjacents au coût des frais de scolarité furent abordés tels que la marchandisation de l’éducation, mais aussi la manière dont notre société devait la concevoir entre une vision utilitariste et marchande et une vision plus humaniste dans laquelle chaque personne devrait avoir le droit de s’éduquer comme elle l’entend et pas nécessairement en fonction des besoins économiques de la société. Ce fut aussi une occasion de faire le procès du « néolibéralisme », cette vision du libéralisme qui privilégie les besoins du marché, et dénonce l’État providence. Le néolibéralisme tend ainsi à la dérèglementation souvent en fonction des capacités financières de l’État. Ces enjeux n’étaient pas directement liés au débat concernant la hausse des frais de scolarité, mais davantage pour légitimer la contestation populaire notamment de la part des mouvements de gauche et des organisations radicales tels que l’ASSÉ. Aujourd’hui cependant, avec les politiques du gouvernement Couillard et les coupes dans les programmes sociaux et les universités, il s’agit à mon avis des enjeux principaux de la contestation qui se prépare au printemps 2015. Sur ce plan, que souhaitons-nous comme société? La question du coût de l’éducation n’est d’ailleurs plus vraiment en jeu et est ironiquement devenue très sous-jacente à la mobilisation étudiante de 2015.

Face à des enjeux qui ne la touchent pas de manière directe sur le plan financier, on se demande si la jeunesse étudiante sera prête à se mobiliser et forcer le débat d’idées, et surtout si les acteurs de la société civique seront prêts à sortir dans la rue comme en 2012. Le mouvement de grève est d’ailleurs supposé commencer vers la fin mars donc à la fin de la session et cela pourrait dissuader des étudiants de soutenir la grève. De plus, malgré l’élection légitime du gouvernement libéral en avril 2014, le printemps 2015 pose aussi une question  importante pour la démocratie québécoise : il s’agit de savoir si elle se limite à des élections 4 ans après l’élection d’un gouvernement majoritaire ou si elle est beaucoup plus, c’est-à-dire un espace où la contestation aussi tangible soit-elle peut amener à des résultats et, ce malgré ladite majorité silencieuse souvent évoquée par les acteurs médiatiques de la droite québécoise opposés plus souvent qu’autrement aux revendications contre le gouvernement libéral. Le printemps 2015 sera donc un test pour la société civique. Il sera aussi un test pour la jeunesse afin de savoir si elle est individualiste et centrée sur elle-même sous le couvert d’un cynisme qui en réalité se présente comme de la désillusion comme ses détracteurs le disent.  Le printemps à venir confirmera aussi si la crise étudiante a opéré un changement significatif dans la société québécoise et si elle a significativement permis ce que certains appelaient un éveil de la jeunesse québécoise.

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Un avis sur « Printemps 2015 : le test de la jeunesse et de la société civique »

  1. Ping : Le vote électronique, pourquoi pas? ou les affres de la démocratie directe d’assemblée étudiante. | pocalman

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