L’affaire Diane Blain, ou les accommodements raisonnables « inversés »

Depuis quelque temps, une affaire fait assez jaser sur les réseaux sociaux. Diane Blain a refusé de se faire servir à la clinique dentaire de l’Université de Montréal par une femme voilée par ce que cela allait à l’encontre de ses valeurs. Abordant l’histoire sur Facebook, elle voulait qu’elle soit partagée en indiquant que « que tout le Québec sache que les droits des Québécois de souche sont fragiles à cause de la meute de l’islam…. ». En peu de temps cette histoire a été sujette à une relative polarisation s’attirant les louanges des nationalistes anti-islams et de certains individus farouchement en faveur de la laïcité, tout comme elle a engendré les foudres des adeptes de la tolérance et de la diversité culturelle, plus particulièrement de ceux qui s’autoproclament les « inclusifs ». Pour faire un court résumé, le mouvement des « inclusifs » que je prends bien soin de mettre entre guillemets puisque selon moi, il porte plutôt mal son nom en s’appropriant un terme générique et trop large pour être apposer à un mouvement politique, s’est constitué en 2013 par des opposants à la Charte des valeurs du gouvernement de Pauline Marois. Il regroupe de nombreux défenseurs du modèle multiculturaliste de Pierre-Elliot Trudeau ou de celui de l’interculturalisme théorisé par Gérard Bouchard qui s’opposent à la laïcité stricte proposée par le Parti Québécois en 2013-2014 sous prétexte qu’elle exclut les minorités visibles, dont les femmes musulmanes voilées.

On peut s’opposer aux propos de Diane Blain sur l’islam. À titre personnel, je les trouve douteux. Je n’ai rien contre l’islam, mais plutôt contre l’intégrisme, et ce dans toutes les religions. Le problème de l’affaire Diane Blain, c’est qu’elle expose un paradoxe important de notre société où le multiculturalisme règne depuis les années 1980, ancré dans une charte élément fondamental d’une constitution canadienne jamais signée par le Québec, mais aussi et surtout aux accommodements raisonnables divers et variés qui sont accordés aux minorités ethniques et culturelles. Diane Blain ne fait pas partie d’une minorité visible, c’est une Québécoise de souche judéo-chrétienne et pourtant elle demande de ne pas se faire traiter par une femme voilée en raison du fait que cela heurte ses valeurs. Pourtant au Québec et particulièrement chez les musulmans, il arrive fréquemment que des individus refusent par exemple de se faire soigner par un médecin de sexe différent de celui du client pour des raisons essentiellement liées à leurs valeurs culturelles. Un texte du Devoir datant 2007 traçait d’ailleurs un portrait global de ce genre de situation et la pratique est commune dans de nombreux hôpitaux. En quoi le refus de Diane Blain de se faire traiter par une personne voilée est-il si différent et choque-t-il autant?

Il y a là à se le demander puisque sur le fond, on fait face au même genre de situation. On a une personne qui pour des raisons de valeurs veut se faire traiter par une certaine catégorie d’individus, dans son cas des gens ne portant pas de voile religieux. Théoriquement si on est prêt à accepter que des gens reçoivent des traitements spéciaux en raison de leurs valeurs lors de soin de santé, si ça ne met en danger la vie de personne, on devrait pouvoir appliquer ce principe à tous et ce, peu importe l’individu, qu’il fasse partie de la majorité ou d’une minorité. Ceux qui acceptent ce genre d’accommodements pour les minorités ethniques et culturelles ne devraient pas être si choqués qu’une personne faisant partie de la « majorité ethnique et culturelle » fasse comme telle. Nous serions donc hypocrites de nous indigner du cas de Diane Blain si d’autres accommodements divers s’effectuent chaque jour concernant des Québécois qui ne sont pas nécessairement de « souche ».

Pourtant, Diane Blain fait justement partie d’une majorité ancrée historiquement depuis 400 ans dans un territoire et on se surprend à se dire qu’elle est xénophobe, puisque la majorité québécoise francophone judéo-chrétienne ne connaît pas une discrimination comparable à celle des minorités visibles en raison de sa force numérique. On se surprend donc malgré nous d’être choqué par sa demande « d’accommodements ». C’est particulièrement le cas des jeunes qui ont vécu dans un Québec qui se définit comme pluraliste sur le plan culturel et qui ont accès au monde entier grâce à Internet. Pourtant, lorsque l’on sort de cette perspective, on se rend en fin de compte que la demande de Diane Blain n’est pas aussi pire que celle de n’importe lequel membre d’une minorité visible qui demanderait à ce qu’un groupe spécifique le soigne. L’affaire Diane Blain que je qualifierais d’accommodement raisonnable inversé nous confronte au multiculturalisme de Trudeau et à son paradoxe. Nous devons nous accommoder à la diversité ethnique, mais celle-ci est-elle obligée de s’accommoder à nous lorsqu’elle nous heurte dans nos valeurs? La Charte du Parti Québécois en imposant la laïcité dans les institutions publiques et en rappelant certaines assises du Québec contemporain comme l’égalité entre les hommes-femmes aurait au moins mis les choses au clair, qu’on la juge discriminatoire ou pas.

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