L’affaire Abercrombie : l’industrie vestimentaire et le secteur privé doivent-ils absolument accommoder la religion ?

La nouvelle est parue récemment. Une musulmane voilée, Samantha Elauf vient de gagner son procès devant la Cour Suprême face à la compagnie vestimentaire Abercrombie qui a refusé de l’embaucher comme vendeuse. Les motifs principalement évoqués sont l’interdiction de discriminer un individu selon son orientation religieuse. L’affaire fait actuellement grand bruit en Occident.

Tout d’abord, il faut comprendre que les États-Unis, figure même de l’Occident est un cas à part dans notre civilisation. Lorsque je m’y rends, je suis toujours fasciné par ce pays, certainement l’un des plus contrastés au monde, notamment sur le plan religieux. Démocratie imprégnée de la vision anglo-saxonne et réformiste du christianisme, terre première d’accueil des courants les plus puritains du protestantisme, bien que deux de ses présidents aient été d’origine catholique et que leur président actuel ait été élevé en partie dans la religion musulmane, on y retrouve en effet de tout sur le plan religieux et tout y est à peu près toléré, des mouvements religieux les plus modérés aux courants les plus extrémistes. Rappelons à ce sujet que certains des criminels les plus célèbres des États-Unis dont Warren Jeff et Charles Manson étaient des leaders de mouvements religieux ou de sectes fondamentalistes, dont certaines, sont encore en activité comme c’est le cas de l’Église fondamentaliste mormone. C’est aussi la terre de naissance de la scientologie considérée comme une secte indésirable dans de nombreux pays, mais dont de nombreuses célébrités font partie comme Tom Cruise ou John Travolta. Aux États-Unis, pour gérer cette diversité religieuse la notion d’accommodements est centrale afin de préserver un semblant d’ordre social.

Abercrombie est une compagnie de linge reconnue pour ces publicités à caractère souvent osées. Selon ses normes principales d’embauche, qui furent celles évoquées par les défendeurs, il faut que les employés puissent s’habiller de façon à représenter la marque Abercrombie. On peut regarder leurs produits sur leur site internet, histoire de se faire une idée de ce qu’ils vendent. Un individu cherchant un emploi qui demande de faire de la représentation, de la vente pour cette compagnie vestimentaire ou n’importe quelle autre compagnie du même genre doit donc s’attendre à correspondre un minimum aux normes vestimentaires de l’entreprise. Je me dis parfois que cette compagnie a sans doute refusé par le passé d’embaucher des punks et des métalleux qui considèrent souvent que leur musique et leur style sont un mode de vie en soi. C’est le cas de la très forte majorité de ceux que je connais. Il ne faut sans doute pas s’étonner que ces derniers se fassent rabrouer par ce genre de compagnie s’ils sont incapables de s’y accommoder. On me dira que la religion c’est plus, que c’est un ensemble de valeur de croyances formant une structure, un système cohérent, mais la problématique m’apparait similaire. Tout emploi demande des compromis individuels aussi demandant soient-ils pour la personne et si la religion revêt une importance majeure chez certains individu, elle ne doit pas s’imposer constamment dans un cadre professionnel à l’image de la politique dont je suis bien placé pour parler puisqu’elle est une part fondamentale de ma propre vie et de celles de plusieurs membres de mon entourage. Les accessoires que je porte souvent visiblement sont imprégnés de mes convictions politiques, mais je les enlève généralement dans un cadre professionnel histoire de rester neutre et surtout par civisme. La religion est d’ailleurs inévitablement politique en tant que système structuré modelant la vie de ses croyants. Je le répète et je continuerai à le répéter encore. Samantha Elauf aurait donc dû s’en rendre compte et l’accepter. Abercrombie est une grande entreprise qui existe depuis de nombreuses années. Il y a des doutes à se faire à savoir si leur politique est xénophobe et hostile face à la religion. Si elle a su survivre dans ce milieu rude qu’est l’industrie vestimentaire, c’est parce qu’elle a dû s‘adapter à sa société.

Ce qui m’étonne aussi de cette affaire, c’est l’ingérence de la Cour suprême américaine dans cette histoire. Paradoxale d’un pays qui valorise plus que toute autre chose la liberté d’entreprise et la non-ingérence de l’État dans le moins de domaines possible. Paradoxale aussi d’un pays qui valorise l’image de la femme svelte et séduisante que met en valeur Abercrombie. Cette controverse nous ramène à la problématique du multiculturalisme en Occident qui croit que la société doit s’adapter aux minorités religieuses et ethniques. Le gouvernement devrait se garder une certaine gêne lorsque ses tribunaux se mêlent de codes vestimentaires d’une entreprise privée, puisqu’en forçant ces accommodements on ouvre une brèche dangereuse qui pourrait mener à des accordements de plus en plus excessifs. Les pastafariens et autres mouvements religieux satiriques essayeront sûrement de tester le système pour le meilleur comme pour le pire.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s