L’ascension de Jupiter : un conte de fées à la sauce science-fiction plutôt fade

L’ascension de Jupiter, le dernier film des frères Wachowski,   générait de nombreuses attentes auprès des admirateurs des créateurs de la trilogie Matrix, œuvre importante du tournant de la dernière décennie qui a propulsé ses réalisateurs au rang d’incontournables du cinéma de science-fiction grand public et des effets visuels. Le moins que l’on puisse dire est que le résultat est relativement mitigé.

Je suis de ceux qui n’espéraient pas grand-chose de ce film. Il y a longtemps que je n’attends plus beaucoup de la paire de réalisateurs. Pour dire vrai, je ne suis pas un amateur de la trilogie Matrix. Si j’apprécie les effets visuels de ce film tout comme son esthétique cyber punk et ses combats audacieusement chorégraphiés, l’ensemble m’a toujours laissé de marbre. Pourtant je suis un adorateur de la science-fiction et je suis donc allé voir ce film en espérant être repu. Le film raconte l’histoire de Jupiter, une sans-papier d’origine russe travaillant comme femme de ménage à Chicago. La jeune femme incarnée par Mila Kunis, se révèle avoir la même génétique qu’une reine décédée et possédant les droits de propriété de la terre. Considérée comme la réincarnation de la souveraine c’est donc à elle que revient la possession de la planète. Traquée par les enfants de la défunte et leurs armées de mercenaires, celle-ci se retrouve au cœur des manigances de la famille royale et sera protégée par un homme-loup (Channing Tatum plus kick ass que jamais) dont elle tombe rapidement sur le charme.

Avec une telle histoire, la dernière réalisation de Wachowski aurait pu être intéressante, bien qu’elle possède de nombreux points positifs. Premièrement, l’univers du film est riche et cohérent et il y aurait de quoi l’explorer davantage. L’univers est disputé par des familles qui luttent en entre elles à coup de magouilles et de complots divers pour le temps considéré comme la ressource la plus importante puisqu’elle permet de prolonger la vie des individus. Les luttes claniques royales afin de mettre la main sur la précieuse ressource récoltée d’une manière assez douteuse sont donc une part principale de la trame de l’histoire. La terre est un important gisement pour cette ressource et c’est là l’importance du personnage interprété par Mila Kunis. Il y a d’ailleurs à se demander s’il s’agit d’une critique de la peur de la vieillesse chez les Occidentaux et c’est là que le film est intelligent tout comme il dépeint la bureaucratie foireuse et bordélique même dans une société intergalactique multimillénaire. On appréciera d’ailleurs certains éléments intéressants comme le fait que la profession d’avocat est essentiellement pratiquée par des robots, donnant au film un aspect critique et intelligent de la société contemporaine dans le prisme de la science-fiction. De plus l’esthétique à mi-chemin entre l’ère coloniale industrielle du 18ème, 19ème siècle et le futur avancé est excellemment bien pensée et forme un beau croisement entre le steam punk et la science-fiction plus « conventionnelle » telle que présentée notamment dans Star Trek.

Pourtant toutes ces trouvailles intéressantes sont partiellement gâchées par l’histoire en elle-même. Classique dans sa construction, le tout est rapidement trop prévisible. Malgré sa condition modeste, Jupiter est une sorte de princesse de conte de fées à la cendrillon qui rêve à un prince charmant. Elle agit davantage en tant que demoiselle en détresse et se révèle un personnage féminin trop peu imposant. Dommage puisqu’il aurait été intéressant de donner des caractéristiques plus fortes à l’héroïne qui aurait pu être davantage débrouillarde, ayant grandi dans un milieu modeste. Quant au personnage de Channing Tatum, si on peut apprécier le fait qu’il soit présenté comme une sorte de bête assez solitaire ayant vécu l’exclusion, il ne dégage rien de vraiment transcendant. Cette sorte d’anti prince charmant passe son temps à sauver la demoiselle en détresse à la manière des héros chevaleresques classiques. Quant à l’antagoniste principal surjoué par Eddy Redmayne, il se révèle trop superficiel et exagérément perfide pour être intéressant.   Le conte de fées présenté dans le film de Wachowski est donc au final ce qu’il y a de plus générique, le tout enrobé d’une surenchère d’effets spéciaux bien gras et juteux et des scènes d’action confuses qui minent l’aspect visuel pourtant à la base intéressant du film.

Au final l’Ascension de Jupiter est un film aux trouvailles intéressantes et à l’univers fascinant, mais à l’histoire fade qui plaira à ceux qui cherchent un divertissement sans trop de prises de tête. Ne cherchez pas dans ce film quelque chose de non conventionnel parce que ce n’est pas vraiment ce dont il est sujet. Il vaut cependant le coup d’œil pour son esthétique et certains de ses aspects adjacents au scénario plutôt intéressants.

2.5/5

J’ai aimé

L’esthétique du film

Un univers fort et cohérent et un zeste critique de la société occidentale

Je n’ai pas aimé

Un protagoniste féminin pas assez fort archétype de la demoiselle en détresse

Le scénario, un conte de fées plutôt fade

Des scènes d’action confuses et une surenchère d’effets spéciaux plus ou moins crédible

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