Le vote électronique, pourquoi pas? ou les affres de la démocratie directe d’assemblée étudiante.

Je me suis longtemps posé des questions sur l’efficacité démocratie directe d’assemblée, particulièrement depuis le printemps étudiant de 2012. Est-elle aussi efficace que ses défenseurs et promoteurs le disent? Je n’ai jamais rien eu contre les assemblées ni la démocratie directe en soi, bien que je la trouve difficilement applicable à l’échelle d’une société sans représentativité. À vrai dire, j’ai toujours aimé me rendre dans les assemblées étudiantes pour décider des positions à adopter, tant dans mon implication dans les partis politiques que dans les diverses organisations étudiantes. Il s’agit de la démocratie dans sa plus pure expression. En fait la démocratie directe d’assemblée, celle qui oriente directement le centre décisionnel d’un exécutif via une assemblée de membres ou de délégués me stimule. Pourtant, il m’arrive parfois de douter de sa pertinence dans certaines circonstances.

La grève m’apparait comme l’une d’elles. La grève c’est plus qu’une simple décision d’organisation, c’est la mise en place d’un moyen de pression concret et paralysant. Dans le cas qui nous intéresse, la grève vise à contrer les mesures d’austérité du gouvernement libéral de Philippe Couillard qui affecteront les universités et les cégeps dans une vision utilitariste et marchande (voir ce texte). Une consultation pour décider d’une mise en place ou pas de mesures de grève se doit donc de pouvoir consulter la totalité des étudiants d’une association. Dans ces cas le vote via un référendum électronique apparait comme une solution intéressante, si il bien encadré puisque tout le monde pourra voter. Certains contestent cette option. C’est le cas de Louis-Joseph Couturier et Chloé Poirier-Richard qui publie dans un texte leur opposition dans un texte d’Union libre, Journal indépendant des étudiants en droit et science politique de l’UQAM.

Au premier abord, les auteurs misent sur la démocratie directe, car ils croient que les assemblées générales offrent une grande qualité de débat que n’offrent pas la recherche personnelle ni les discussions entre individus, notamment de par sa diversité de point de vue. Pour se justifier, monsieur et Couturier et Poirier-Richard croient « que les idées dominantes de notre société, véhiculées par les médias, et autres idées reçues, primeront davantage sur des idées alternatives. »[1] Les assemblées permettraient donc de présenter une grande diversité de points de vue et d’alternatives à ce que présentent les médias de masse. De nombreux éléments me chicotent dans leur argumentaire. Apparemment, une recherche personnelle n’est pas assez valable pour permettre à quelqu’un de se faire une idée sur la pertinence ou pas d’une grève dans le cadre d’une cause précise. Pourtant n’est-ce pas à l’individu de s’informer sur les enjeux liés à un vote comme celui de la grève qui le privera temporairement de son éducation universitaire? L’éducation ne devrait-elle pas permettre à la personne d’acquérir un point de vue critique, de remettre en question ce qu’elle reçoit, d’acquérir une conscience politique et sociale? De plus les auteurs semblent croire que les assemblées générales permettent l’émergence et la diffusion d’idées alternatives. Il m’est difficile d’y acquiescer vu mon expérience des assemblées générales, et ce, tant dans les partis politiques que dans les assemblées étudiantes qui se retrouvent généralement plus polarisées qu’autrement. De plus le temps limité des assemblées ne permet généralement pas ladite diffusion de ces idées. Dans le cas des votes de grève, les camps sont simples : pour ou contre. Chacun des clans tentera donc de faire valoir son option sur l’autre et c’est justement la curiosité que devraient développer les individus en vertu d’une bonne éducation civique qui devraient leur permettre de rechercher et songer à des idées alternatives qui serviront plus qu’autrement à légitimer un camp face à l’autre dans le cas d’un vote de grève. Ce n’est donc pas à l’assemblée générale d’informer l’individu, mais à l’individu de s’informer lui-même. Affirmer le contraire c’est donc se moquer de l’éducation civique et politique que se doit d’acquérir un individu personnellement. Si je ne nie pas l’intérêt de tels débats dans le contexte de la grève, ils ne doivent pas prendre le pas sur une consultation qui doit rejoindre le plus de gens possible.

À cet argumentaire, les auteurs répondront que les votes électroniques évacuent la formulation de la grève, de son comment, de ses modes d’action et des stratégies de lutte employées. Il ne faut pourtant pas oublier que la grève en tant que moyen de pression tangible et exceptionnel fait pourtant partie d’une contestation beaucoup plus généralisée. De plus ces modalités peuvent être discutées elles-mêmes en assemblée générale afin d’être amenées vis-à-vis un vote électronique à plusieurs options. Je ne nie pas la pertinence de l’assemblée générale, mais je crois simplement et je le répète la grève est un moyen de pression exceptionnel. Dans certains cas elle hypothèquera plus ou moins temporairement le parcours des étudiants d’une association étudiante qu’elle affectera directement. Les dommages causés par la grève ainsi que les irrégularités vis-à-vis sa mise en place ont rappelons-le amené à un mouvement de contre-contestation de ce moyen de pression mené à l’époque par Laurent Proulx puis Jean-François Morasse.

En effet, non seulement la grève, mais la démocratie directe d’assemblée connait ses propres problèmes qui se sont dévoilés durant la crise étudiante de 2012. J’ai abordé principalement la polarisation quasi inévitablement présente dans les assemblées de grèves qui a parfois donné lieu à des affrontements tant verbaux que physiques. Non régularisé si ce n’est par une norme informelle donnant de facto le droit de grève aux étudiants, les assemblées concernant ce moyen de pression ont souvent produit des irrégularités concernant le vote, mais aussi des dérapages la démocratie directe des assemblées étudiantes s’avère donc souvent difficilement gérable notamment en contexte de grève vu l’enjeu qu’elle implique. Certains exécutifs d’associations étudiantes n’hésiteront parfois pas malgré leur mandat de représentativité à prendre position en faveur d’une option et mettre tout en son pouvoir pour qu’elle passe. Cette problématique menant ultimement à la contre-contestation de Laurent Proulx et à l’arrivée d’injonctions via les tribunaux ne reconnaissant pas le droit de grève a donc poussé certains dont l’auteur de ce texte à se poser en faveur de la réglementation définitive de la grève étudiante et les modalités menant à son vote. Dans le contexte de la détermination d’une grève et dans l’intérêt de la démocratie étudiante la plus représentative, un vote électronique serait donc une avenue intéressante à réfléchir, notamment afin de composer avec les affres de la démocratie directe des assemblées étudiantes.

[1] http://www.unionlibre.net/voteelectronique/

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