Cinémanalyse : The Room

La plupart des films que l’on classe généralement dans la catégorie de nanar, c’est-à-dire de la médiocrité cinématographique sont généralement oubliés à la vitesse de l’éclair une fois consommé. Chaque année voit son lot de nanars sortir. Parmi ceux que je considère comme des nanars typiques on retrouve autant des mégaproductions telles que Pearl Harbor, le récent Éxodus de Ridley Scott, 50 Shades of Grey ou les multiples films d’horreur clichés que le cinéma nous offrent chaque année, tout comme les comédies d’Adam Sandler et de la clique à Judd Apatow qui ne cessent de faire courir les foules même s’ils proposent constamment la même chose à quelques variations près. Cependant, il faut dire que dans mon cas, certaines de ses œuvres sont des plaisirs pleinement assumés. Le nanar c’est aussi souvent des films à petits budgets qui faute de moyens et surtout de créativité ne parviennent pas à se démarquer et font plus rire de pitié finissant au final par nous assurer un bon divertissement. Le plus célèbre réalisateur de nanar est sans doute le légendaire Ed Wood qui a reconnu un regain de popularité grâce au biopic éponyme réalisé par Tim Burton et mettant en vedette Johnny Depp. Pourtant en 2003, un film dramatique nanardesque est parvenu à faire date et à s’imposer progressivement dans la culture cinématographique comme un véritable chef d’œuvre du mauvais goût. Je parle ici du désormais culte The Room, réalisé, produit et joué par Tommy Wiseau.

Ce qui peut paraitre paradoxal pour un nanar c’est que The Room est l’un des rares films que je suis capable d’écouter en boucle tout en continuant de revivre et à rire des beaux malaises qui m’ont autant amusé à mon premier visionnement. Parce que oui, je le revendique, The Room est en quelque sorte l’un de mes films préférés, il est entré dans mon cœur comme dans ma mémoire comme une œuvre d’une telle bêtise que je ne peux qu’y être ému.

Rapidement qu’est-ce que raconte The Room ? Johnny interprété avec classe par Tommy Wiseau, un banquier « séduisant » et « charismatique » est fiancé à la belle Lisa (Juliette Danielle). Cependant celle-ci fatiguée de son bellâtre, commence à le tromper avec le meilleur ami de Johnny, Mark (Greg Sestero). Ce scénario mélodramatique semble à la base plutôt banal. On se retrouve avec une histoire classique mettant en scène un triangle amoureux. De scène en scène, on retrouve nos personnages avec leur conversation de la vie quotidienne et leurs divers problèmes.

L’apologie surréaliste du vide

C’est que ces conversations dans la plupart des cas n’ont aucun rapport avec l’intrigue du film, elles ne servent tout simplement à rien, ne font pas progresser l’histoire et surtout se démarquent par leur insignifiance absolue et parfois grotesque. Autour du triangle composé de Johnny, Mark et Lisa, évoluent une ribambelle de personnages aussi bizarres qu’inattendus, parmi lesquels on retrouve la mère de Lisa qui voue une confiance absolue à Johnny vu comme le parti par excellence pour sa fille, le couple d’amis Mike et Michelle qui s’envoient en l’air dans la demeure de Johnny, mais aussi et surtout Denny un « adulescent » aussi pervers qu’étrange qui voit dans sa relation avec le personnage incarné par Tommy Wiseau un lien père fils. Durant une scène particulièrement déstabilisante alors que Johnny et Lisa s’apprêtent à s’envoyer en l’air, Denny va les épier comme s’il voulait faire un trip à trois. Dans une autre scène dont on ne comprend pas trop le lien dans l’intrigue, Denny a des problèmes avec un dealer de drogue et c’est Johnny et Mark qui se portent à sa défense. D’autres scènes ne semblent tout simplement pas avoir leur place dans le film comme si elles visaient à combler les 1h.40 de cette bizarrerie cinématographique. Parmi elles, on retrouve les passages de Johnny chez le fleuriste pour se faire complimenter par la caissière et son chien installé sur le comptoir. On peut surtout citer ces étranges passages où Johnny et ses amis se lancent un ballon de football et dont l’une d’elle atteint des sommets absurdités alors que les personnages sont vêtus de smoking. Au premier visionnement, on finit par se demander où cela va-t-il aboutir et on finit par croire qu’on en a peut-être fumer du bon, que l’on rêve ou si on ne s’est pas intoxiqué alors qu’on est face à un long métrage qui est bien réel. Une telle ineptie nous semble n’avoir aucun sens et on se retrouve dans un néant engendré par une bêtise à la fois fascinante et malaisante. Ce sentiment n’est que renforcé par les décors bâclés et les écrans verts peu subtils pour représenter la ville de San Francisco où se déroule l’intrigue.

Saint Tommy Wiseau

Ce long métrage apologie du vide et du non-sens le plus burlesque ne serait cependant rien sans son réalisateur, scénariste, producteur et acteur principal. Tommy Wiseau, véritable pierre angulaire du film, nous gratifie de sa remarquable présence et son jeu d’acteur transcendant. Aussi charismatique qu’une mouette ayant fait une overdose de patates frittes à Old Orchard et se démarquant par son accent aussi étrange qu’indéfinissable ainsi que par des dialogues parfois caractérisés par un petit rire aussi gossant, qu`étrange (haha), Tommy Wiseau vole la vedette à ses comparses de jeu. Tommy Wiseau avec son allure de vielle rock star toxicomane has been recyclée dans le porno, les cheveux longs noirs et la taille d’un vieux mononcle trop soul durant le temps des fêtes, n’hésite pas à nous faire comprendre à quel point son personnage est merveilleux et ce, gratifié par des scènes de sexes aussi sulfureuses que déstabilisantes. C’est simple, le seul défaut du personnage de Tommy Wiseau c’est qu’il est tellement parfait, riche, gentil, beau, compréhensif qu’il en devient ennuyant aux yeux de sa fiancée Lisa. C’est sûr qu’avec son allure, son rire bizarre, son accent, son comportement plus étrange qu’un schizophrène autiste et junkie, Johnny c’est l’homme idéal, le bellâtre suprême, celui que les femmes rêvent d’avoir comme amoureux. Lisa est d’ailleurs très vite présentée comme une méchante oscillant entre la bimbo cruche et la femme fatale puisqu’elle décide d’aller dans les bras de Mark, un autre bellâtre ayant autant de présence qu’une feuille de papier. Sous cette perspective, je peux comprendre que tout le monde trouve Johnny si fantastique si on le compare avec son meilleur ami. Malgré son jeu aussi faux que surréaliste, on finit en effet par s’attacher à Tommy Wiseau qui fait constamment l’apologie de sa personne vue comme une sorte de saint. The Room serait-elle l’œuvre d’un mégalomane?

Anatomie d’un nanar culte

Pourtant, la réalisation déconcertante de Tommy Wiseau est à un tel point mal foutu qu’on se dit que l’homme n’a sans doute pas les qualités de ce personnage. D’ailleurs on se demande comment un telle œuvre aussi grotesque que bâclée a t-elle pu sortir et on en vient à se questionner sur les motivations de son réalisateur, voir même sa personne, puisque tout est si mal fait que le film devient marrante à regarder, un nanar de cristal. On se prend à se demander si cela est volontaire ou involontaire. J’opte pour la seconde option, étant donné les essaies peu fructueux de Tommy Wiseau dans le domaine de l’humour après le succès progressif de The Room comme chef d’œuvre nanardesque comme si le réalisateur avait tenté de se justifier en disant que son film n’était en fait qu’une blague. Il n’en reste pas moins que The Room est parvenu à se hisser dans le cœur des cinéphiles comme un véritablement bijou de ce qui se fait de plus de mauvais. The Room a même désormais une place à part entière comme une œuvre incontournable du cinéma alternatif popularisée par une déferlante de critiques détruisant systématiquement le film et allant jusqu’à le hisser comme le pire long-métrage de l’histoire du cinéma. Je ne saurais cependant que vous le conseiller si vous voulez vivre une véritable expérience cinématographique déstabilisante s’éloignant très loin des carcans traditionnels du cinéma puisque c’est finalement ce que propose involontairement le film de Tommy Wiseau avec un beau tas de malaises au rendez-vous.

the room affiche

Affiche du film

tommy wiseau affiche

Tommy Wiseau allias Johnny, mais aussi réalisateur, scénariste et producteur du film.

Source des images: http://www.nanarland.com

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