Plaidoyer pour une réglementation du droit de grève et de la démocratie étudiante.

La première semaine dans le cadre du printemps 2015 qui vient d’être entamé a été forte en évènements. Déjà de nombreux étudiants sont en grève faisant la joie de l’ASSÉ et tous ceux qui soutiennent qu’il s’agit d’un moyen de pression non négligeable pour lutter contre les politiques d’austérité du gouvernement Couillard. Le mouvement de grève provoque aussi le malheur de tous ceux qui s’opposent à la grève étudiante cette année, la Fondation 1625 la première. Que dire à la base du mouvement étudiant printemps 2015? Il s’agit d’un mouvement de grève sociale qui croit que les politiques du gouvernement Couillard aura une grande dette sociale et écologique comme me l’a affirmé la porte-parole de l’ASSÉ Camille Godbout dans un entretien. Sur le plan éducationnel, l’Université Laval a d’ailleurs amorcé des coupes de 42 millions qui affecteront ses programmes et nuiront à l’emploi des chargés de cours. Ces coupes affecteront aussi le personnel de l’université, dont les commis de bibliothèques. Les revendications du printemps 2015 vont plus loin que la hausse des frais de scolarité à l’origine de la crise étudiante de 2012. C’est directement la qualité de l’éducation supérieure qui est affectée cette fois-ci

Je ne cacherai pas que je crois que les étudiants se doivent d’avoir des moyens qui fassent réellement pression et dans cette optique, le droit de grève étudiante a toute sa pertinence. Pourtant, il y a un énorme flou juridique sur la question. Du côté de l’ASSÉ, on croit que selon une convention, le droit de grève existe de facto et qu’il n’y a pas lieu à le remettre en question, ni même à tenter de l’encadrer. C’est là qu’entre en scène la Fondation 1625 fondée des suites de la crise étudiante de 2012. Son origine est liée aux revendications au moyen d’injonctions devant les tribunaux de la part de certains étudiants ne reconnaissant pas la grève étudiante ni même la démocratie étudiante, le premier étant Laurent Proulx. La Fondation 1625 est catégorique sur le sujet; le droit de grève octroyé aux étudiants, c’est non, peu importe qu’il soit encadré ou pas. En entretien, Miguaël Bergeron m’a affirmé que la grève ne pouvait pas être permise aux étudiants puisque ce sont les utilisateurs payeurs des services octroyés par les institutions éducationnelles. La grève selon eux ne devrait s’appliquer qu’aux travailleurs syndiqués qui négocient leurs conventions collectives avec leurs employeurs. La position de la Fondation 1625 va encore plus loin puisqu’elle conteste le pouvoir des associations étudiantes qui ont un mandat de représentativité sur les élèves et ont un pouvoir particulier. La position de la Fondation 1625 remet d’ailleurs en question la notion même de démocratie étudiante.

On peut comprendre aisément ce positionnement. La notion de démocratie étudiante n’est pas ce qu’il y a de plus « stable ». La plupart du temps, déterminée par des chartes cette démocratie varie d’une association à l’autre souvent dépendamment des exécutifs. Rien n’est véritablement encadré et ses défenseurs diront qu’ils se fient à la bonne foi des étudiants. C’est en quelque sorte le positionnement de l’ASSÉ bien qu’elle défende officiellement une démocratie plus participative et directe que certains de ses membres vont jusqu’à souhaiter pour l’ensemble de la société. Bien entendu, cela donne lieu à des altérations importantes lors de certains votes et parfois ces démocraties suivent l’intérêt de ceux qui la mènent et qui l’instrumentaliseront à leur volonté. Par exemple, lorsqu’un référendum en faveur de la grève s’avère négatif, on s’arrange pour qu’un autre vote ait lieu quelques jours plus tard selon une quelconque disposition de la charte parfois plus ou moins suivie par ses initiateurs à un moment où les « antigrèves » ne seront pas particulièrement portées à se présenter. Cependant, je peux aussi mentionner les associations dont l’exécutif est antigrève et qui malgré des pétitions représentants un pourcentage non négligeable d’étudiants prêt à tenir une assemblée générale de grève, n’en ont tout simplement pas tenue. En fait, il y a à se demander quelles démocraties étudiantes? Et là-dessus la Fondation 1625 et l’ASSÉ restent campés sur leurs positions.

La question de la démocratie étudiante est essentielle puisqu’avec les nombreux flous la concernant, elle se pose ironiquement comme un guide de la problématique concernant le droit de grève étudiant qui mériterait pourtant d’être reconnu comme un moyen de pression à la fois exceptionnel, mais non négligeable. Les institutions d’enseignements supérieurs ne sont pas de simples entreprises donneuses de service comme tend à le voir la Fondation 1625 dans une vision essentiellement utilitariste. L’école forme ceux qui serviront le Québec, mais plus généralement le monde, ceux qui seront les contribuables de la société. Elle forme aussi à l’esprit et à la critique et je n’écrirais sans doute pas ce texte sans l’éducation que j’ai eue à l’école, du primaire à l’université, sans tous ces enseignants qui m’ont marqué et qui ont ouverts ma curiosité, me poussant aussi à approfondir davantage individuellement divers sujets. Non l’étudiant n’est pas un simple consommateur et c’est pour cela qu’il mérite de disposer lui aussi de moyens de pression lorsque son éducation en elle-même est en jeu. La grève si elle est décidée démocratiquement peut être l’un de ses moyens de pression en plus d’être pacifique. Cependant, ce moyen de pression se doit d’être formellement encadré afin de mettre fin au flou juridique et politique le concernant et cela passe aussi par un encadrement rigoureux de la démocratie étudiante. Si on maintient le statu quo comme le souhaite l’ASSÉ, les troubles continueront et l’utilisation d’injonction par ceux qui se rangent derrière le mouvement amorcé par Laurent Proulx persistera. De plus la démocratie continuera à être parfois bafouée selon la volonté des cliques et des groupes de pression qui dominent à certaines occasions les associations étudiantes. Les injonctions ont été consolidées par les tribunaux depuis 2012 et les associations continueront à en payer le prix. D’un autre côté la vision consumériste de l’éducation de la Fondation 1625 réduira le statut d’étudiant à celui d’utilisateur payeur et celui-ci se retrouvera dépourvu de moyen de pression significatif lorsque son éducation est affectée donc rien en bref pour décourager le désaveu de la population à l’égard de la politique et plus généralement la jeunesse.

Merci à Camille Godbout de l’ASSÉ et Miguaël Bergeron de la Fondation 1625 pour les entretiens que vous m’avez accordés.

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