Fascisme, ce mot plus que jamais galvaudé que l’on utilise désormais à toutes les sauces.

Ce n’est pas une nouvelle tendance au Québec, mais il faut croire qu’elle est revenue plus que jamais à la mode chez certains bien-pensants. Désormais, les accusations de fascisme sont devenues une tendance et le terme sert désormais à disqualifier tout mouvement ou parti qui auraient le malheur de remettre en question la diversité culturelle, de critiquer une religion ou de s’inquiéter de son progrès dans une société séculière. Le fascisme sert aussi de prétexte pour qualifier toute manifestation la moindrement rigide d’autorité. En entretien avec l’Action Antifasciste MTL, j’ai eu l’occasion de discuter avec un mouvement qui embarque un peu plus explicitement dans cette tendance que les autres. Je dois dire que le simple fait de leur demander ce qu’était le fascisme ne m’a pas valu de réponse vraiment précise. Ils m’ont demandé d’abord d’aller chercher dans un dictionnaire et de lire sur le sujet, mais ne répondant pas à ma question, ce que je ne me suis pas gêné de leur faire remarquer, ils se sont mis à me nommer des organisations comme la Fédération des Québécois de souche et PEGIDA.

Posons-nous sur les deux organisations pour comprendre de quoi s’agit-il. PEGIDA est une organisation allemande opposée à l’islamisation de l’Europe. En Allemagne où son combat politique est principalement centré, elle cherche à lutter pour restreindre l’immigration, particulièrement les musulmans dont elle craint l’avancée. On peut accorder à PEGIDA d’avoir des visées discriminatoires, mais celles-ci ne se jouent qu’essentiellement sur un plan, celui de l’immigration, et ça ne va pas vraiment plus loin, bien que l’organisation cherche à se politiser davantage en amenant ses partisans à faire de la politique active. Pour ce qui est de la Fédération des Québécois de souche, il s’agit d’un groupuscule nationaliste qui fait la promotion de la défense identitaire du peuple québécois francophone de souche catholique et qui craint que l’immigration ne tue à petit feu le peuple québécois. Il n’a pas de revendication réellement précise si ce n’est de manifester bruyamment sur internet sa conception du nationalisme québécois. Ces deux mouvements ne se rapprochent pas réellement du fascisme si ce n’est par leur composante nationaliste exclusive ou leur opposition à l’immigration telle que pratiquée en Allemagne et au Québec actuellement. Le fascisme c’est cependant beaucoup plus que de la xénophobie ou une simple tendance d’opposition à l’immigration.

Le fascisme représente une réalité politique, économique et sociale tangible. C’est plus qu’une simple idéologie, c’est littéralement un système politique qui a fait sa marque dans l’histoire. Le fascisme, dont on ne niera pas les composantes autoritaires et peu démocratiques, intègre aussi le corporatisme via un encadrement concret des entreprises même privées sur lequel le gouvernement exerce souvent un contrôle assez direct. Le fascisme se caractérise aussi par une présence influente et généralement concrète de l’Église ou de l’élite religieuse qui prend souvent part directement aux décisions étatiques. Le fascisme peut avoir théoriquement certaines composantes démocratiques, mais c’est le plus souvent un parti à lui seul ou une clique d’individus qui dominent l’État et s’arrangent pour taire l’opposition. Rendu-là, il devient assez difficile d’intégrer PEGIDA et la Fédération des Québécois de souche dans le prisme de cette idéologie sans tomber dans l’accusation fallacieuse et à peu près tous les partis politiques du Québec, posséderaient une composante fasciste, de Québec Solidaire au Parti Libéral.

Le problème c’est que vu ce qu’il représente, on ne peut pas utiliser le fascisme à toutes les sauces et il y a des mots mieux adaptés qui s’appliquent aux organisations comme PEGIDA et la Fédération des Québécois de souche. Dire de la première que ses partisans sont islamophobes ne manque souvent pas d’exactitude tout comme dire que la seconde prône un nationalisme plutôt fermé. À cela des organisations comme l’Action antifasciste MTL répondront que ces mouvements sont cryptofascistes, ce qui signifie qu’ils ont un agenda caché fasciste. Il est facile d’utiliser le terme « crypto » pour établir une quelconque théorie d’agenda caché, mais il est moins aisé de le prouver et il faut donc faire preuve de prudence face à certains mots.

À cela j’émettrais l’hypothèse que l’utilisation du mot fascisme dans le langage populaire est relié à un certain manque d’éducation historique comme si plusieurs avaient oubliés la réalité représentée ne comprenant pas toute l’ampleur d’une telle idéologie et je me surprends moi-même à voir des universitaires dans le domaine des sciences sociales l’utiliser à tout vent lorsque quelqu’un manifeste une pensée politique différente de la leur. Je pourrais aussi le relier au fait que ce mot redevient tendance comme si nous préférions suivre le langage à la mode plutôt que d’en mesurer le poids. Il est pourtant important de se dire que certains mots s’utilisent moins aisément que d’autres. Il faut donc se méfier de ce mot fascisme et même lorsqu’il est utilisé comme insulte, ce qui est très souvent le cas, ce n’est pas un terme que l’on devrait se permettre de galvauder au gout du jour. Je ne parle pas ici d’utiliser la langue de bois, je parle d’utiliser le mot fascisme selon sa réelle signification.

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