Cinémanalyse : Die Welle (La Vague)

Le cinéma allemand a produit des œuvres à la fois politique, dramatique et intelligente que l’on pense à Goodbye Lénine où La part de l’autre pour ne nommer qu’eux. On pourrait aussi citer Michael Haneke dont le cinéma très politique et souvent critiqué pour sa froideur est régulièrement porteur de messages. Il faut dire que l’Allemagne a un passé assez trouble et que le spectre des dictatures passées que l’on pense au régime nazi où le communisme présent en Allemagne de l’Est. Cette histoire a ainsi influencé la société allemande dans son entier et l’amène régulièrement à se remettre en question. Pourtant certains notamment les jeunes qui n’ont pas connu la réunification allemande du tournant des années 1990 peuvent croire qu’il s’agit d’un passé révolu. Ce phénomène n’est sans doute pas unique à l’Allemagne, mais à l’Occident en entier. En 2008, le cinéaste allemand Dennis Gransel s’y penche en réalisant Die Welle (La Vague).

Basé sur une expérience menée par le professeur américain Don Jones en 1967 dans le but de tester sur des élèves de secondaire de Palo Alto les conditions propres à la formation d’un régime autoritaire, le film relate l’histoire de Rainer Wenger, un professeur d’histoire chargé de donner un cours sur l’autoritarisme à ses étudiants. Afin de donner de la couleur à son cours et puisque ses élèves semblent résolument croire que l’autoritarisme est du passé, l’enseignant monte un mouvement dont il est désigné en tant que chef et se met à recréer les conditions propres à un régime autoritaire avec notamment un code vestimentaire et un symbole fort en l’occurrence la vague. Très rapidement cependant, l’expérience va trop loin et finit par totalement déraper. Ayant reçu des critiques mitigés à sa sortie et vu par ses détracteurs comme trop exagérés voir démagogique, le film qui a atteint un statut d’œuvre quasi culte est désormais régulièrement utilisé à l’école et avec raison. De plus s’attarder à cette œuvre dans le cadre du printemps 2015 a toute sa pertinence puisque l’on réalise qu’au-delà de son aspect dramatique, le film parvient à pousser une réflexion pertinente sur notre société actuelle.

Afin d’entamer cette analyse il est pertinent d’introduire les propos d’une des personnages qui dit : « Dans le monde actuel, contre quoi tu veux qu’on se rebelle, y a plus de vrais valeurs de toute façon. Tout le monde pense qu’à une seule chose, son petit nombril. Ce qui manque à notre génération, tu sais ce que c’est? Un truc fédérateur, un truc qui puisse nous rassembler ». La jeunesse du film parait désillusionnée et individualiste et certains en sont parfaitement conscients alors ils recherchent du plaisir dans les fêtes, les drogues et la boisson. On notera d’ailleurs que les propos en question se déroulent justement lors d’un party.

Pourtant, les personnages sont à peu près tous de jeunes, plus ou moins conscientisés. Leur esprit et leur sens critique n’apparaissent pas totalement développés et le professeur, Wenger lui-même, n’est pas sans défaut. C’est un pédagogue aux méthodes peu orthodoxes vivant avec une conjointe elle-même enseignante ayant visiblement plus de diplômes que lui et duquel il ressent une certaine envie. Au sein de cette expérience, Wenger trouvera rapidement une certaine fierté à être adulé par ses élèves qui en feront un véritable culte de la personnalité. En construisant son jeu, Wenger y prend lui-même part un peu trop et sa vie personnelle commence à en prendre un coup. On comprend aussi que quasi tous les personnages représentent en quelque sorte des acteurs de cette microsociété que constitue La Vague.

Le personnage de Tim est celui qui embarque le plus dans le jeu. Il s’agit d’un étudiant tourmenté, rejeté ou du moins ignoré par ses pairs qui n’a que peu de relations sociales. Au début du film la seule raison pour laquelle les gens lui adressent une considération, c’est en raison de sa capacité à trouver de la drogue qu’il donne gratuitement dans l’espoir d’avoir des amis. Il est malheureux et cherche sa place. Il cherche désespérément à être l’ami de la bande à Kevin, un enfant de riche insolant et peu discipliné que les jeunes fréquentent visiblement plus pour son argent que pour sa personnalité. La Vague donnera à Tim une raison d’être, un idéal. Pour une fois, Tim se sent apprécié à tels points que celui-ci se procure un pistolet, se fait le protecteur autoproclamé de son enseignant et n’accepte pas à la fin du long métrage pas le dénouement d’un jeu qui était devenu sa raison d’être et lui avait permis de mettre de côté sa condition de paria de la classe.

Un peu, dans une catégorie similaire notons le personnage de Marco. Fils d’une mère peu présente et dévergondée, il s’agit d’un jeune discipliné faisant partie de l’équipe de Waterpolo de son école, qui rêve de stabilité et qui trouve du réconfort chez sa petite amie Karo et la famille de celle-ci chez qui il passe beaucoup de temps. La Vague lui donnera une nouvelle raison d’être, contrairement à sa copine Karo, dissidente du mouvement. Le personnage de Karo considérée à tort ou à raison comme l’héroïne du film est marqué par un égocentrisme quasi exacerbé. En effet, c’est elle qui mène le couple constitué d’elle et de Marco, qu’elle incite même à aller étudier à Barcelone avec elle. De plus, les raisons qui l’a poussent à quitter le mouvement sont purement personnelles, voir nombrilistes. Tout d’abord, lorsque la classe cherche à se trouver un nom, le sien n’est pas choisi. De plus elle n’aime pas l’uniforme constitué d’une chemise blanche que les élèves décident de porter. Elle entrera dès lors en résistance en contre le mouvement en montant des tracts qu’elle cherchera à distribuer. Elle représente sans doute tous ceux qui sont rentrés en résistance dans les mouvements luttant contre les régimes autoritaires, lorsque ceux-ci les ont affectés de manière personnelle. Sa quête tout le long du film sera dès lors de mettre fin à la Vague, qui l’éloigne d’ailleurs de son copain. Il est aussi à noter que c’est lorsqu’elle et Marco se frapperont que Marco décidera lui-même de se dissocier du mouvement. Lui aussi devient un résistant lorsqu’il réalise le mal que lui fait la Vague qui désagrège son couple.

Il y a un second personnage de résistant sur lequel il est intéressant de s’attarder notamment dans le contexte actuel particulièrement au Québec et c’est celui de Mona. Elle est fortement à gauche dans ses convictions et son allure vestimentaire (elle porte des dreadlocks et on la voit avec un foulard kéfié que les militants de gauche arborent régulièrement). Elle s’oppose à mondialisation capitaliste et est totalement contre le nationalisme et ce, malgré le fait qu’elle comprenne la nécessité de l’histoire nationale, sans doute plus que les autres élèves au début du film. On l’entend ainsi dire : « Pendant la dernière coupe du monde de football on a bien vu comment tous ces drapeaux allemands s’affichaient partout, c’était de la folie ». Elle est d’ailleurs fière de son individualité et représente en quelque sorte un archétype, celui d’une certaine gauche altermondialiste se prétendant « inclusive ». Pourtant le personnage n’est pas exempt de défauts et lorsqu’elle forme « la résistance » elle est prête à créer une fausse nouvelle sensationnaliste afin de lever la grogne contre la Vague. Critiquant la vague, elle n’est donc nullement mieux que ses adhérents puisqu’elle est prête à tout pour arriver à ses fins. C’est l’archétype d’une gauche résolument bienpensante et parfois malhonnête qui pourrait elle-même tout à fait tomber dans l’autoritarisme.

On appréciera ainsi que le film ne présente pas de véritable héros. Tous les personnages se démarquent par leur humanité et personne n’est au-dessus des autres, qu’on les aime ou qu’on les déteste. Le film nous rappelle pourtant qu’il est facile de sombrer dans une forme de dictature et les réseaux sociaux l’ont démontré à de nombreuses reprises. Qui débat le moindrement de politique a peut-être vécu l’exclusion et le rejet de certains de ses pairs. On peut aussi noter que dans le cadre du printemps 2015 et ce fut aussi le cas en 2012, nous avons vu de nombreux simulacres de démocratie qui cachaient une réalité beaucoup plus sombre souvent menée par des idéologues des deux côtés du conflit qui parvenaient à mener une clique pour arriver à leur fin. Le film a d’ailleurs la capacité de vulgariser amplement bien le sujet, de le mettre d’actualité et rappeler que les jeunes générations ne sont pas à l’abri de l’autoritarisme et du zèle lié au fait de faire partie d’un groupe, d’avoir une cause. Pourrait-on d’ailleurs expliquer comme telles les actions de certains casseurs, voir aussi l’acharnement de membres de forces de l’ordre contre des manifestants? La force de ce film est surtout de nous rappeler qu’une connaissance de l’histoire ne suffit pas à elle seule à éviter de répéter le passé et nous apporte des questions sur le comment, comment éviter que le totalitarisme se répète. Est-ce qu’une bonne éducation civique suffit-elle aussi à éviter de sombrer dans l’exaltation idéologique et autoritaire? Ces questions demeurent et doivent constamment être posées.

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