Confession d’un cinéphile : mon ambiguïté face au Junk Food cinématographique hollywoodien

Je tombais récemment sur cette citation de Lionel Groulx que je considère encore d’actualité aujourd’hui.

« [..] Jamais, à aucune époque de notre histoire, notre peuple ne s’est aussi inconsciemment gavé du pire exotisme. Le cinéma est devenu le premier et l’unique livre, le roman, le feuilleton, le théâtre populaire. Dans la masse de nos familles, on en vit et on en rêve. Quelle tristesse que d’y songer! Nos petites gens, nos enfants, notre dernière réserve, qui ignorent les héros et la noblesse de notre histoire, se passionnent à cœur d’année pour des bandits illustres, pour des… cabotins de bas étage, pour des drames de pistolet et de cours d’assises, pour un art vulgaire et bouffon, pour tous les tristes héros des magazines américains ou du mélodrame étranger. N’y a-t-il pas là quelque chose de très grave? Croire que l’on puisse se gaver impunément de tels spectacles, n’est-ce pas s’avouer étrangement ignorant de la plus élémentaire psychologie? N’en doutons pas: une morale désastreuse entre dans les âmes avec ces histoires louches et cet art criard; l’échelle des valeurs se renverse; nos instincts artistiques se dépravent; peu à peu, le fond de nos vielles traditions familiales s’altère; nous commençons à penser et à sentir à l’américaine, en attendant de parler et de vivre à l’américaine. Ne nous flattons point de garder longtemps notre langue et notre âme héréditaire avec des idées et des mœurs qui repoussent l’une et l’autre. […] Mesdames, Messieurs, n’est-il pas grand temps que l’on s’avise de ce danger et que l’on réforme le cinéma? »

Pour l’Action Française (article de 1926), le chanoine Lionel GROULX

Je le confesse j’ai toujours été friand du cinéma Hollywoodien. Mes premiers coups de cœur cinématographiques furent les films de Georges Lucas et Steven Spielberg. Qu’est-ce que vous voulez, j’ai grandi avec les Indiana Jones, Jurassic Park, Mad Max et surtout Star Wars dont je suis un fan fini. J’ai surtout vécu ma tendre enfance en écoutant des films d’action testostéronés mettant en vedette Sylvester Stallone, Arnold Schwarzenegger, Will Smith, Bruce Willis, Mel Gibson, Tom Cruise, Harrison Ford, (surtout lui en fait puisqu’il a joué Han Solo et Indiana Jones). Mon entourage me faisait aussi écouter les vieux classiques mettant en vedette Clint Eastwood dans le rôle du Cowboy solitaire à la gâchette facile où Dirty Harry, ce flic aux méthodes expéditives avez la gâchette encore plus facile. Ce sont ces films d’action et parfois de science-fiction qui ont été mon initiation au cinéma et c’est parce que ces films me faisaient rêver que je me suis mis à me passionner pour le septième art. En vieillissant, je me suis mis à écouter de plus en plus de films de genre différents pour finalement apprécier le cinéma dans son ensemble. J’ai cependant toujours consommé des films hollywoodiens. En fait, je peux dire qu’ils me divertissent régulièrement souvent comme du bon Junk Food. La plupart du temps, je ne m’attends pas être renversé, je veux seulement être rassasié et généralement je ne sors pas vraiment déçu.

Pour meilleur exemple récent, je donnerai les films de l’univers cinématographique Marvel. À la sortie d’Iron Man en 2008, j’étais vers la fin de l’adolescence. Je découvrais des films d’auteur, j’envisageais des études en cinéma, je commençais à me gaver de cinéma québécois et mon intérêt pour les films hollywoodiens devenait moindre. Je cherchais en fait un quelque chose de plus. Je ne l’ai pas trouvé avec Iron Man malgré les qualités de ce film en tant que Blockbuster. Le film n’avait pas de défauts majeurs, mais rien de transcendant. Ce n’était qu’un bon film. Ce film m’a cependant le goût d’embarquer dans cet univers de superhéros et je n’ai jamais trouvé mauvais les films faisant partie de cette écurie cinématographique Marvel, mais rien qui ne m’ait jamais donné de coup de cœur. J’ai bien aimé le premier Avengers, tout autant le deuxième, aboutissements de ce que l’univers cinématographique Marvel appelle ses phases et ils remplissaient excellemment bien leur mandat. On peut donner de nombreux points positifs aux films de l’univers Marvel. Ils ont continué dans la même veine que les X-Men de Bryan Singer en proposant des héros plus travaillés psychologiquement. La plupart des films de l’univers cinématographique Marvel se démarquent aussi pour un certain penchant un peu plus poussé vers la comédie que les autres films d’action. Pourtant, il n’y a rien dans ces films qui m’aient vraiment accroché significativement comme la plupart des films hollywoodiens que j’ai vus ces cinq dernières années. Il s’agit de l’exemple par excellence du Junk Food cinématographique puisqu’aucun de ces films n’a une place particulière dans mon cœur de cinéphile et il m’arrive parfois de les oublier malgré leur qualité.

En gros, et de là ma référence au Junk Food c’est comme un hamburger de chez Mc Do où une poutine de chez Ashton, calories en moins. C’est bon, typiquement nord-américain, je ne suis pas déçu, j’ai eu ce que je voulais consommer et je n’ai pas à me plaindre. Pourtant, j’espère que je trouverai une place où ils me proposeront une recette un peu plus recherchée où que Mc Do ou Ashton proposent quelque chose de significativement nouveau et que ça ne consistera pas seulement à rajouter de nouveaux ingrédients à la sauce où altérer la cuisson habituelle de viande. Cette métaphore exprime le rapport ambigu que j’entretiens avec le cinéma hollywoodien. J’admets que certains films hollywoodiens d’action de ces quinze dernières années m’ont drastiquement marqué. Je pense principalement au Batman : the Dark Night de Christopher Nolan pour les thèmes philosophiques qu’il aborde ainsi qu’une réalisation infaillible et surtout l’interprétation inoubliable du Joker par Heath Ledger et de Double-Face par Aaron Eckart qui fait que je le revois régulièrement. Il s’agit d’un grand blockbuster, un blockbuster d’une rare intelligence tout en étant d’une grande accessibilité. Pour une fois d’ailleurs un film d’action et de superhéros ne faisait pas l’apologie nécessairement des grandes valeurs américaines et se montrait même critique à leur égard en dénonçant une certaine forme d’hypocrisie dans la société actuelle, ce que d’autres films ont essayé de faire, mais avec moins de succès.

Pourtant, il y a toujours ce thème récurrent des valeurs américaines et ce, même dans la trilogie Batman de Christopher Nolan. Oui les États-Unis sont la principale puissance au monde, oui leur culture est largement diffusée même dans des pays qui se disent communistes comme la Chine et pourtant on oublie que malgré cela les États-Unis ne sont pas le centre du monde tout comme le hamburger n’est pas le plat universel par excellence même si de mon avis personnel il est souvent bon au goût et accessible puisque largement diffusé et c’est peut-être là où Lionel Groulx voulait en venir. À force de se gaver des mêmes produits américains grands public qui sont généralement bon sans être trop transcendant, on finit s’abâtardir culturellement de là peut-être la nécessité de consommer des films un peu plus local ou de chercher autre chose même si américain. Lorsque j’ai voyagé aux États-Unis ces dernières années je vivais plus ou moins consciemment avec le préjugé que la bière américaine consistait essentiellement à de la Budweiser et puis je me suis arrêté dans des petits bars locaux et j’ai découvert de l’excellente bière américaine dont on entendait moins parler. La même chose s’applique au cinéma et il y a des perles cinématographiques américaines pas nécessairement hollywoodiennes qui valent la peine qu’on s’y attarde et dont l’industrie devrait s’inspirer pour réformer un peu leur recette traditionnelle. Ces films disposent parfois d’un budget raisonnable, mais sont boudés par le public à qui l’industrie préfère vendre le même produit. Par exemple, un film comme le troublant Nightcrawler disposant essentiellement de la volonté de sa vedette Jake Gyllenhal aurait mérité que le public et que les grands promoteurs s’y attarde davantage. Il faut cependant prendre en compte qu’il peut parfois être épeurant et ardu de rechercher autre chose, de sortir de sa zone de confort et on se doit de valoriser ce qui fait d’un plus alternatif, mais aussi de local.

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