Daredevil : bilan et analyse du grand coup netflixien de Marvel

Paru ce printemps sur Netflix, Marvel a marqué un grand coup avec l’arrivée de sa série Daredevil. Pour les non-habitués Daredevil de son vrai nom Matt Murdock est un avocat aveugle qui combat le crime dans les rues de New York et plus précisément dans le quartier Hell’s Kitchen. Force est de constater que le pari de Marvel est réussi et que Daredevil est un véritable chef-d’œuvre en son genre. La série se révèle davantage un polar noir avec des éléments d’action qu’un récit classique de super héros en lui-même.

Malgré des films de qualité sortis ce printemps dont le sympathique second opus des Avengers et l’amusant Antman, pour moi c’est Daredevil qui s’est démarqué auprès des fans et de la critique et je n’y fais pas exception. Se déroulant dans le Marvel Cinematic Univers, il semble difficile de croire que la trame sombre, voir glauque de la série se déroule dans le même univers que les aventures de Ironman, Capitaine America, Antman et Thor. Pas question ici de science-fiction et de fantastique, les aventures de Daredevil dans le quartier Hell’s Kitchen sont même criantes de réalisme bien que l’invasion extraterrestre orchestrée par Loki, frère mesquin de Thor soit responsable des problèmes que traverse le New York dans lequel Matt Murdock évolue. On y croit réellement et on se dit que les difficultés traversées par les habitants d’Hell’s Kitchen pourraient toujours avoir lieu dans un quartier malfamé près de chez nous. Un peu à la manière de la trilogie Batman de Christopher Nolan, on s’identifie aisément à cet univers tout comme le personnage de Daredevil/Matt Murdock nous apparait comme un type normal ayant décidé de porter un masque pour lutter contre la corruption et la criminalité présente dans son milieu. Bien qu’il ait des super pouvoirs qui lui confèrent des sens beaucoup plus aiguisés qu’un être humain normal et qui compense largement sa « non-voyance », Matt Murdock n’a rien du génie intellectuel d’un Tony Stark ou d’un Bruce Banner et n’a pas de capacités physiques aussi surdéveloppées qu’un Capitaine America ni même la surdroiture morale de ce dernier. On nous présente ainsi un personnage avec ses travers et qui malgré ses quelques superpouvoirs en arrache souvent durant les combats, mais aussi avec ses proches.

Matt Murdock incarné efficacement par le Britannique Charlie Cox est un personnage purement et simplement humain, un idéaliste qui malgré son métier d’avocat, n’hésite pas à bafouer la loi. Ainsi le présente-t-on souvent dans la série via les divers autres personnages comme un justicier brutal, voir un ridicule marginal hors la loi et causeur de problème qui tente d’imposer sa vision des choses à l’ensemble d’Hell Kitchen. Les policiers ne l’apprécient d’ailleurs guère. Le personnage connait ses difficultés, échoue par moment se relève parfois. L’aspect fascinant du personnage c’est aussi une forme de piété à l’égard du catholicisme puisque Matt Murdock est un fervent croyant qui demande régulièrement conseil au prêtre de sa paroisse. Au fil de la série, on assiste à ses réflexions face à la notion de bien et de mal à ses questionnements et à ses égarements. Daredevil est l’expression d’un certain conservatisme moral. Il se bat pour sa cité, tente de la préserver en étant le plus en accord avec ses convictions religieuses, mais aussi avec ce que son père, un boxer déchu a tenté de lui inculquer. À ses côtés évolue son associé Foggy Nelson qui sert plus ou moins de relief comique à la série, l’infirmière Claire Temple qui malgré ses sentiments pour Matt Murdock est mitigée face à la croisade de celui-ci, la secrétaire du bureau d’avocat de Murdock, Karen Page, une jeune femme au passé trouble décidé à en finir avec l’organisation de Wilson Fisk et qui appuie ouvertement Daredevil dans son combat sans connaitre sa réelle identité et Ben Ulrich un journaliste certes cynique, mais intègre cherchant essentiellement à dévoiler la vérité au grand public face à aux magouilles des bandes criminelles qui évoluent dans Hell’s Kitchen.

La vedette de la série n’est cependant pas exclusivement Daredevil. Celui qui contribue véritablement à la force du nouveau produit de Marvel et de Netflix tout autant que le héros, si ce n’est même plus, c’est l’antagoniste que constitue que Wilson Fisk incarné avec vigueur par Vincent D’Onofrio. Wilson Fisk, s’il n’est pas introduit directement dans le premier épisode dans la série se dévoile peu à peu pour devenir le principal personnage avec Matt Murdock. S’il constitue le principal antagoniste, Wilson Fisk n’est pas un super vilain classique. On pourrait même le catégoriser comme un antihéros, un homme croyant que via ses méthodes douteuses, il contribue au bien et au redressement de la cité. C’est d’ailleurs à l’origine le but de Wilson Fisk, rétablir Hell’s Kitchen. Au fil des épisodes, on apprend à connaitre un homme au passé tragique élevé par un père aspirant politicien, mais violent. Fisk n’est pas un ennemi singulier, il est humain et on se surprend même à sympathiser pour celui-ci malgré toute la brutalité qui émane du personnage qui s’emporte souvent au fil de la série. D’ailleurs, Fisk vivra une histoire d’amour avec une femme nommée Vanessa. Contrairement aux autres séries du genre, c’est la romance d’un antagoniste que l’on suit et non celle du protagoniste. On découvre aussi un personnage qui entretient une amitié certaine à l’égard de son bras droit principal, James. L’emphase mis sur Fisk rend ainsi la frontière entre le bien et le mal flou et on en vient même à douter des motivations de Matt Murdock. Bien que la frontière entre le bien et le mal se place plus clairement à la fin, un peu à la va-vite d’ailleurs, et que Fisk réalise lui-même le mal qu’il représente et finit en quelque sorte par l’accepter, pour une fois on a droit un antagoniste véritablement complexe et humain, ce à quoi Marvel nous a peu habitués jusqu’à maintenant. On salue ainsi toute la dimension tragique apporté au personnage de Wilson Fisk. Marvel nous a habitués et des histoires manichéennes avec des tentatives fréquemment maladroites de faire de la nuance au sein de ses personnages. La série Daredevil redresse cette tendance.

Daredevil est une excellente série qui exploite avec force et de manière souvent nuancé la dualité entre le bien et le mal. Bien que ce sujet soit abordé dans la religion via la métaphore biblique et que ce traitement ne soit pas original, il reste pertinent. On appréciera d’ailleurs qu’à l’image d’un Batman, Matt Murdock ait à la fin de la série choisi un symbole, celui du diable pour terrifier ses adversaires. C’est peu original, mais efficace et c’est tant mieux. Une œuvre visuelle qui use de métaphores trop complexes et de surinterprétation finit par s’égarer et ce n’est pas le cas de Daredevil. Captivante à souhait elle mérite amplement son succès. La série est un excellent mélange de polar noir avec ses enquêtes et d’histoire de super héros et j’ai bien hâte à la saison 2 qui est supposé introduire le Punisher le célèbre justicier tueur et antihéros par excellence de Marvel. Avec l’introduction du Punisher on se demande ainsi comment les créateurs exploreront davantage la thématique de la justice et du bien et du mal. À suivre…

marvel daredevil

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