Archives de catégorie : Cinéma

Mes flops cinématographiques de 2016

Comme à chaque année, 2016 nous aura montré du très bon comme du très mauvais. 2016 aura été l’année des attentes déçus. Quelques films dans ce top 5 seront dans cette liste d’espoirs dégonflés.

Mentions déshonorables à Independence Day Resurgence : il s’agit d’une tentative médiocre de relancer une franchise. Tout est plus gros, tout explose plus fort et tout fait plus boom boom. Le hic, l’action devient illisible et le film ne possède pas le côté décalé volontairement plus ou moins subtil du premier. Il s’essaie avec l’ironie et le second degré quasi parodique des films d’invasion extraterrestre qu’on avait vu dans le Independaence Day de 1996, mais n’y parvient pas trop. C’est un film de série Z à gros budget qui joue mal la carte du nanar qui cherche à s’assumer.

5. X Men Apocalypse : Je l’ai mis dans la liste parce qu’il est la manifestation que la franchise s’éparpille même si l’univers cinématographique des X-Men a pondu quelques bons films ces dernières années dont l’hilarant Deadpool. X-Men Apocalypse va un peu dans trop de sens différents en mettant trop d’intrigues sous-développés. L’aspect teen movie du film augure aussi mal pour la saga. Oui, X-Men parle à la base d’une école de mutants, mais on nous ramasse quelques clichés bancals du genre sans le faire vraiment efficacement tout comme le reste et tout comme Osacar Isaac qui joue un méchant méchant encore plus grotesque que la reine extraterrestre dans Independance Day Resurgence, surtout si on prend en compte que ladite reine est un gros cliché volontaire. Un film gâché qui aurait pu être plus sobre et plus nuancé comme plusieurs autres opus. Un film surtout prévisible et mal construit.

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4. Ouija : les origines : Ce film qui se veut une préquel du premier opus est mauvais, mais devient par moment plutôt hilarant. Je dis hilarant par moment parce que le film est d’une platitude, mais quelques passages sont involontairement drôles dans leur tentative de faire sursauter le téléspectateur puis ensuite on se morfond encore une fois dans l’ennuie. 2017 nous présentera sans doute un autre nanar de film d’horreur, mais celui-ci demeure gagne la palme de 2016 pour son rythme en dent de scie qui alterne entre la sporification et la rigolade avec des acteurs qui sous jouent sur le pilote automatique puis se mettent à surjouer quand viennent des moments d’horreur.

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3. Nitro Rush : Celle-là peut paraitre facile et pourtant l’industrie cinématographique québécoise n’a aucune excuse. Ceux qui détestent le cinéma québécois vont dire que c’est parce que nos réalisateurs sont juste incapables de produire de bonnes œuvres dédiées à un genre américain plus grand public. Non, des films comme Bon cop, Bad cop y sont parvenus. Plus récemment le film Feuille Morte qui exploite le genre post-apocalyptique a eu un petit succès dans le cinéma indépendant avec peu de budget. Nitro Rush se plante lamentablement et la faute vient d’un scénario mièvre, des personnages qui essaient un peu trop de se ranger dans des stéréotypes prééxistants. Nitro Rush est à ranger dans la catégorie du nanar québécois qui se la joue à l’américaine telle une œuvre involontairement elvisgratonnienne.

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2. Passengers : La bande-annonce nous annonçait un bon trailer de science-fiction doublé d’une romance. Le film réunissait deux chouchous du public, Chris Pratt et Jennifer Lawrence. En plus, le design du vaisseau présent dans le film était grandiose. Passenger est le cas typique du film qui à force d’en faire trop, ne fait plus grand-chose. Une œuvre ennuyante comme ce n’est pas possible même si techniquement c’est bien fait. Les acteurs font des efforts, mais ça ne passe apparemment pas entre Jennifer Lawrence et Chris Pratt. Aller voir ce film a été un gaspillage de temps, mais la bande-annonce reste sympathique même si trompeuse en mettant l’emphase sur des extraits du film finalement pas si important à l’histoire.

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1. Suicid Squad : J’ai beau chercher et pourtant Suicide Squad est de loin le pire film que j’ai vu cette année. Pourtant la bande annonce donnait envie et on avait tous hâte de voir Harley Quinn et le Joker de Jared Leto. Celui-ci est en fait trop sous-exploité pour s’en faire une opinion concrète. Le film apparemment très différent de la version d’origine manifeste en effet une post-production décrite comme catastrophique. Les coupures sont manifestes et certains personnages sont tout simplement inutiles ou simplement futiles. Le côté antihéroïque du concept est aussi très mal exploité. Certains personnages sont en fait peu amoraux et n’ont qu’un lourd passé, faisant passer le Batman nouvellement incarné par Ben Affleck lui-même pour un véritable antihéros. On pourra prendre exemple du Deadshot incarné par Will Smith qui bien entendu ne peut pas jouer un vrai vilain et est constamment mis de l’avant sans que sa présence ne soit cruciale au scénario parce que c’est Will Smith, que Will Smith ne veut pas qu’on l’identifie comme un être amoral et que bien entendu Will Smith a dû avoir son mot à dire dans la production. Ce film est mauvais du début jusqu’à la fin. Pourtant il a été un succès financier donc des navets de ce genre on risque d’en avoir encore et encore. Attention, je ne m’en prends pas au public. Le film a attiré plusieurs milliers de curieux, mais ça ne veut pas dire qu’un film marche, fait du profit en salle, qu’il est apprécié, simplement que les gens font parfois fi des critiques et veulent s’en faire une idée par eux-mêmes.

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Mes pires films de 2015 + mes déceptions majeures

2015 a été une année de bons crus, mais comme chaque année on a eu aussi droit à des films de qualité douteuse. Attention, si vous avez aimé ces films, ne le prenez pas personnel. Il s’agit de mon opinion, tout simplement

5. Jurassic World : Nostalgie quand tu nous tiens. Ce film bourré de clichés et d’une relative platitude aurait pu amorcer un bon renouvellement à la saga Jurassic Park et pourtant à force d’en faire trop et de reprendre divers clichés du genre, il ne tient qu’au film hommage sans grand intérêt. Mention spéciale à la scène des ptérodactyles et autres lézards ailés qui s’échappent de la volière du parc et s’en prennent aux visiteurs, c’est d’un narnardesque sans nom et si le réalisateur voulait faire un hommage à Birds d’Alfred Hitchcock, c’est tout simplement risible.

4. Terminator Genisys : Il s’agit d’une autre tentative de repartir une saga culte. On nous a certes ramené Schwarzenegger et ses « one-liners », mais à part de cela, le film est profondément ennuyant. Le jeu des acteurs est discutable et à part Schwarzeneger, on ne s’attache pas à eux et ça explose partout tout en perdant de la cohérence. Terminator est une saga qui se porte mal et ce nouvel opus ne lui rend pas justice. Je me suis d’ailleurs partiellement endormi en le visionnant.

3. The Boy Next Door: Est-ce un signe de la part de Jennifer Lopez qui démontrerait qu’elle est rendue une has been à accepter de jouer dans ce film d’horreur de série B quelconque? Jennifer se débrouille pourtant pas mal pour ce qu’on lui demande. Le film commençait pourtant bien avec une femme séparée qui a une aventure avec son jeune voisin beau gosse, mais qu’on découvre dérangé. Là où le film s’égare ce n’est pas tant dans le scénario quasi générique est un zeste incohérent, mais avec Ryan Guzman qui joue le jeune voisin psychopathe. Un personnage aux traits tellement grossier et qui est incapable de doser l’aspect beau gosse serviable avec celui du débile sadique. Si vous voulez voir une involontairement mauvaise performance d’acteur de 2015, regardez The Boy Next Door, mais c’est cette même performance qui détruit le peu d’intérêt du film.

2. Le 4 Fantastiques:………………………………………………………………………sans plus de commentaires.

1. 50 nuances de Grey : Ce film est le summum de l’insignifiance cinématographique de 2015. Un film que j’avais d’ailleurs surnommé lors de sa sortie et après un visionnement pénible 50 nuances de clichés. Un nanar de luxe, un vrai, un film involontairement mauvais, mais dont la facture visuelle correcte, l’exotisme de certaines scènes et le jeu générique des acteurs ne lui fait pas atteindre l’étiquette du film si mauvais qu’il est bon. Dans ce cas-là, on a juste droit à un film atrocement mauvais. J’ai détesté chaque minute de ce film. J’ai même dû me demander si j’allais endurer ce supplice cinématographique encore longtemps. En bref, un film à ne pas voir qui fait passer Twilight, œuvre qui a inspiré le roman dont est adapté le long-métrage, pour un chef d’œuvre. Vraiment, il fallait le faire.

Mes déceptions : Mes déceptions sont des films dont je m’attendais à nettement mieux, des films dont on m’avait dit essentiellement du bien, mais qui ne sont pas selon moi des « chef d’oeuvre » et qui sont très critiquables. Les deux films ci-dessous ont d’ailleurs été très appréciés par la critique en général et par une grande partie du public donc si vous les avez aimé tant mieux. Je n’ai qu’une opinion parmi d’autres.

Carol : Selon moi, il s’agit du film surévalué de 2015. Une histoire d’amour lesbienne entre une jeune femme de la classe ouvrière et une riche bourgeoise dans les années 1950 abordée de manière générique et un zeste mélodramatique. La  facture visuelle est soignée et l’esthétique visuelle du film est bien quoi que qu’elle rende le long métrage assez lourd dans sa mise en scène, mais dans l’essentiel, ça ne peut compenser le fait que Carol est une œuvre assez moyenne. Un film qui au final, ne présente qu’une romance un peu bancale et le fait que ce soit un amour lesbien ne change rien à la chose. Avec des choix moins judicieux de production et de réalisation, ce film aurait pu facilement atteindre un niveau de médiocrité à presque comparable à 50 nuances de Grey.

Le Mirage : J’en attendais beaucoup de Ricardo Trogi et de Louis Morissette. Au final, nous n’avons eu droit qu’à une énième comédie québécoise sur la société de consommation, la vie de banlieue et l’infidélité mettant en vedette un type qui remet en doute ses choix de vie et fantasme sur d’autres femmes que sa blonde. Certains gags, surtout au début, sont efficaces, mais le film est si peu original qu’il finit par s’essouffler progressivement pour une finale peu surprenante .

Star Wars Le réveil de la force : au service des fans conservateurs de la saga

Après dix ans et demi d’attente, le septième opus de la saga Star Wars était attendu de pied ferme par les fans de la saga après une prélogie aux qualités discutables. L’arrivée de J.J. Abraham à la réalisation de ce nouveau film avait de quoi nourrir les plus hautes espérances vu l’excellent travail que le cinéaste avait fait en renouvelant au goût du jour Star Trek avec deux films de qualité. Par ailleurs la campagne de Marketing de ce Star Wars alimentait le buzz en cachant des éléments du scénario tout en annonçant le retour en force des personnages cultes de la saga que sont Han Solo, Chewbacca (dans des rôles de premier plan), Leia et Luke Skywalker. Les fans étaient ravis, le secret concernant les éléments principaux de la trame allait être gardé jusqu’au jour fatidique du 16 décembre alors que le space opera, sans doute le plus adulé dans le genre, sortait pour le grand public sur les écrans européens puis le jour suivant en Amérique du Nord. Le long-métrage suscitait les attentes les plus folles et pendant deux semaines la sortie de ce Star Wars avait fini par prendre autant de place si ce n’est même occulter des sujets aussi chauds que la grève des enseignants et le front contre les mesures d’austérité du gouvernement Couillard, la question des réfugiés syriens et les attentats perpétrés par DAESH. Je me suis ainsi rendu voir ce long-métrage le 17 décembre dans une salle remplie de fans déguisés en leur personnage fétiche de la saga qui discutaient des épisodes qu’ils connaissaient par coeur, de « freaks » pour citer ce père de famille installé derrière moi et amenant son jeune fils voir son premier Star Wars et qui portait ironiquement un vieux chandail vintage de Star Wars épisode IV : Un nouvel espoir. La salle avait de véritables allures de convention. C’était une véritable messe composée de fans attendant la révélation, l’épisode qui allait réhabiliter la saga, les spectateurs présents à cette séance ne se gênant pas pour pester consensuellement contre les trois derniers épisodes réalisés par Georges Lucas. L’attente arrivait à terme, puis la célèbre introduction présentant d’abord le célèbre « A long time ago in a galaxy far far away ». Dès que les premières notes de la célèbre musique composée par John Williams arrivèrent, les spectateurs applaudirent ou crièrent leur joie. 135 minutes plus tard, qu’en fut-il finalement? L’épisode est au service des fans qui se sont régalés de la trilogie originale sans apporter de significatifs renouvellements.

À la base de ce septième épisode, on retrouve tous les éléments qui ont fait le succès de la saga originale : des batailles spatiales nerveuses, des fusillades épiques, un humour décalé qui manquait à la prélogie, des combats de sabre laser plus réalistes que l’excès chorégraphique des trois derniers épisodes. On peut aussi saluer des effets techniques qui sont eux aussi plus réalistes avec une modération dans les effets numériques trop excessifs dans la prélogie. Sur le plan technique et de la mise en scène, il n’y a pas grand-chose à dire. C’est bien fait sauf quelques éléments ponctuels par-ci par-là, mais le tout est mineur et ne gâche rien de significatif à l’ensemble. Mon seul vrai bémol est concernant le Chef suprême Snoke, meneur du premier ordre incarné par Andy Serkis qui a l’air d’un croisement entre le Gollum joué par le même acteur et le Voldemort de Ralph Fiennes. Il s’agit d’une tentative plutôt ratée jusqu’à maintenant de rendre effrayant le leader d’un groupe de fanatiques surarmés et nostalgiques de l’Empire.

Parce que c’est de là que part la trame de l’histoire. L’Empire galactique en déroute a été remplacé par le Premier Ordre, un groupe de nostalgiques fanatisés des années Palpatine persuadés idéologiquement que l’Empire était mieux à même d’assurer la stabilité dans une galaxie en proie au désordre et dans laquelle une nouvelle république renaissante s’avère elle-même incapable de ramener un peu d’ordre. C’est du moins le discours du Général Hux, un haut gradé surjoué par Domnhall Gleeson, héritier spirituel et hyperactif de l’amiral Tarkin de l’épisode IV épaulé par l’apprenti du Chef Suprême, un jeune adepte suivant des dogmes du côté obscur surnommé Kylo Ren qui veut exterminer les Jedi suivant le modèle d’un certain Darth Vader. Un groupe aux allures paramilitaires héritier de l’Alliance Rebelle et menée Leia Oragana, s’oppose à la menace de ce Premier Ordre. Leia envoie un pilote, Poe Dameron (Oscar Isaac), dans le but de retrouver Luke Skywalker. La carte permettant de localiser le fils d’Anakin Skywalker finie dans les « circuits » de BB-8, le droïde astromécano de Poe alors que celui-ci est capturé par le Premier Ordre. Le droïde s’enfuit dans le désert de la planète Jakku et tombe sur une pilleuse d’antiquités nommée Rey. Le scénario de base rappelle ainsi celui de l’épisode IV. En fait, il s’agit presque d’un remake et c’est là  le problème principal de cet épisode.

De la part de J.J. Abraham on aurait pu s’attendre à davantage de renouvellement. Après Jurassic Park avec Jurassic World, c’est au tour de Star Wars de jouer la carte de la nostalgie parfois abusive. On retrouvera d’ailleurs des plans similaires entre les épisodes IV et VII et à l’image de Jurassic World on a pris des éléments d’épisode IV pour les rendre plus gros, plus puissants. Le meilleur exemple est sans doute la base de Starkiller. L’Étoile de la Mort, cette lune artificielle capable de détruire une planète, a été remplacée par une planète capable de détruire un système solaire en entier. Le Premier Ordre, sans avoir l’envergure de l’Empire, apparait comme beaucoup plus brutal et menaçant que son prédécesseur comme en montre une scène de massacre au début du film. Les antagonistes ont d’ailleurs des traits particulièrement grossiers et ont souvent des sautes d’humeur, par exemple les colères excessives de Kylo Ren qui ne gêne pas pour jouer du sabre laser quand il apprend une nouvelle insatisfaisante ou tout simplement l’enthousiasme passionné d’un Général Hux fanatique. Pourtant, j’accorderai une mention positive aux nouveaux héros. Non, ils ne sont pas particulièrement originaux, mais je me suis attaché à eux. J’adore Rey (excellente Daisy Ridley), protagoniste centrale dans la nouvelle trilogie qui apparait comme une version plus forte et indépendante de Luke Skywalker et qui risque de plaire aux féministes, j’apprécie Finn (Jon Boyega) qui joue un Stormtrooper repenti qui sert de relief comique à cet épisode avec BB-8 un petit droïde attachant qui risque de plaire aux plus jeunes. J’ai bien aimé aussi Poe Dameron, incarné par un Oscar Isaac charismatique à souhait dans le rôle de ce pilote enthousiaste.

Tout est là donc pour plaire aux puristes les plus conservateurs de la saga qui retrouveront ce qu’ils voulaient malgré un manque flagrant d’originalité et finalement essentiellement peu de nouveautés. Dans la salle, les fans semblaient satisfaits et l’arrivée du générique a donné lieu à une ovation. Parlant avec d’autres spectateurs à la sortie de la salle, les commentaires que j’ai recueillis étaient tous très positifs. Les futurs épisodes et les « spin-off » sauront dire si la saga se renouvelle réellement. À suivre…

7/10

Note: La seconde photo montre des fans de Star Wars de Québec déguisés en TB-TT, ces véhicules quadripodes impériaux qui s’en prennent à la base de Hoth dans l’épisode V, dans le cadre de la sortie du septième épisode de la saga.

star wars the force awakens                      walker Star wars fan

Mad Max: la route du Chaos : il était une fois dans le désert post-apocalyptique

Ça y est, 30 ans après l’arrivée du troisième opus de la série de films de science-fiction d’anticipation post apocalyptique mettant en vedette Mel Gibson, voilà qu’est sorti le quatrième opus de la série avec Tom Hardy dans le rôle-titre. Mad Max raconte les pérégrinations d’un ancien policier dans un monde post-apocalyptique désertique à partir du second opus. Mad Max n’a qu’un principal but et c’est de survivre, mais dans chaque opus à l’exception du premier il donne un coup de main à un groupe d’individus un comme le célèbre cowboy incarné par Clint Eastwood dans les Westerns spaghettis de Sergio Leone. On peut ainsi dire que le scénario de ce quatrième opus ne fait pas exception. Cette fois-ci Mad Max à affaire un chef de guerre Immortan Joe, dirigeant une communauté dépendant des ressources d’eau potable qu’abrite la citadelle que l’homme dirige en despote. Il croisera du même coup l’imperator Furiosa, lieutenante dissidente d’Immortan Joe à recherche de terres verdoyantes qui incarne en quelque sorte le protagoniste à côté duquel le Max de Tom Hardy passe pour un acteur de soutien. C’est en fait littéralement Furiosa incarné par Charlize Theron qui prend toute la place dans le film et fait ombre aux autres personnages qui manque parfois un peu trop de développement.

Ce nouveau Mad Max reprend les ingrédients qui ont fait le succès de l’univers conçu par George Miller. On retrouve de grandioses poursuites en bagnoles modifiées et des combats merveilleusement chorégraphiés. De plus, l’absence relative d’effets spéciaux numériques est un plus qui distingue le film des autres grandes productions du genre. On pourra dire de Mad Max : la route du chaos en terme de mise en scène qu’il est un retour aux sources des films d’action des années 1980 à 2000 et on retrouve dans Max ce bon vieux modèle du loup solitaire si cher à deux décennies de films du genre. Les scènes se succèdent sans aucun temps mort et le fan du genre se retrouvera inévitablement satisfait tout comme l’amateur de films de bolides qui y retrouvera une alternative non négligeable et quant à moi de meilleures qualités que la très populaire série des Rapide et dangereux.

On saluera aussi le côté artistique et l’esthétique punk/métal qui a toujours fait le succès de la saga et que George Miller rend ici encore très bien. Mad Max est une véritable ode à la contre-culture qui s’est développé avec la scène punk et métal durant les années 1970. On retrouve aussi des références à la religion dont Immortan Joe se sert visiblement pour motiver ses troupes et consolider sa domination sur eux et certains pourront voir dans ce film extrêmement brillant une critique excellemment bien amenée du phénomène religieux. Pourtant et contrairement à la plupart des films du genre, la force de Mad Max c’est qu’il ne prend pas le spectateur par la main et le laisse à son jugement sans expliquer de manière trop explicite les enjeux du film. Avoir un film d’action et de science-fiction qui ne prend pas trop le spectateur pour un con, ça fait du bien.

Mad Max est donc un film d’action à voir, une œuvre qui risque de satisfaire tous les amateurs du genre et sans doute un incontournable de l’été 2015 que je mettrais même devant les Avengers 2.

4/5.

J’ai aimé

L’esthétique mise en place par George Miller dans le film.

Des scènes d’action réalistes et prenantes

Je n’ai pas aimé

Le personnage de Charlize Therron un peu trop présent qui tend à faire de l’ombre aux autres même au Max de Tom Hardy, même si elle forme un personnage féminin fort. Elle aurait d’ailleurs pu laisser un peu de place aux autres personnages féminins.

Note de la fin : Mad Max est-il un film vraiment féministe?

La réponse est en fait assez ambigüe. Le personnage de l’Imperator Furiosa prend certes beaucoup de place et elle agit véritablement comme une héroïne déterminée à vaincre ses ennemis, mais en même temps et mise à part certains membres de sa tribu, les femmes sont plutôt reléguées au second rang. Il faut dire que l’antagoniste du film est un despote polygame qui se sert des femmes pour assurer sa descendance et que l’une des ressources dont s’abreuvent les personnages du film est le lait maternel qu’Immortan Joe obtient grâce à de véritables usines féminines traitées comme des vaches à lait. On pourrait d’ailleurs voir un contraste entre Furiosa qui tente de libérer les femmes de ce régime et Immortan Joe incarnant un traditionalisme patriarcal évocateur d’un conservatisme des plus puritains. Pourtant dans un monde comme celui de Mad Max où la société tente de renaitre via la création de clans tribaux pourrait-on voir dans la domination de l’homme sur la femme une sorte de réflexe naturelle? J’aimerais rappeler que le troisième épisode de Mad Max sortie en 1985 présente une société dominée par une femme. Pourtant, on ne peut répondre à cette question puisque comme l’affirme ma critique, George Miller qui a lui-même scénarisé son film ne donne pas de réponse explicite à ce genre de questionnement et laisse le spectateur à ses questionnements. En conclusion il est donc risqué de faire une analyse trop poussée du féminisme dans Mad Max sans s’égarer et divaguer dans des interprétations tellement poussées qu’elles finissent par s’éloigner du film lui-même. On peut au moins donner à George Miller le fait d’avoir mis de l’avant un personnage féminin fort qui ne se laisse par marcher sur les pieds au sein d’un genre où les femmes sont encore trop sous-représentées.

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Confession d’un cinéphile : mon ambiguïté face au Junk Food cinématographique hollywoodien

Je tombais récemment sur cette citation de Lionel Groulx que je considère encore d’actualité aujourd’hui.

« [..] Jamais, à aucune époque de notre histoire, notre peuple ne s’est aussi inconsciemment gavé du pire exotisme. Le cinéma est devenu le premier et l’unique livre, le roman, le feuilleton, le théâtre populaire. Dans la masse de nos familles, on en vit et on en rêve. Quelle tristesse que d’y songer! Nos petites gens, nos enfants, notre dernière réserve, qui ignorent les héros et la noblesse de notre histoire, se passionnent à cœur d’année pour des bandits illustres, pour des… cabotins de bas étage, pour des drames de pistolet et de cours d’assises, pour un art vulgaire et bouffon, pour tous les tristes héros des magazines américains ou du mélodrame étranger. N’y a-t-il pas là quelque chose de très grave? Croire que l’on puisse se gaver impunément de tels spectacles, n’est-ce pas s’avouer étrangement ignorant de la plus élémentaire psychologie? N’en doutons pas: une morale désastreuse entre dans les âmes avec ces histoires louches et cet art criard; l’échelle des valeurs se renverse; nos instincts artistiques se dépravent; peu à peu, le fond de nos vielles traditions familiales s’altère; nous commençons à penser et à sentir à l’américaine, en attendant de parler et de vivre à l’américaine. Ne nous flattons point de garder longtemps notre langue et notre âme héréditaire avec des idées et des mœurs qui repoussent l’une et l’autre. […] Mesdames, Messieurs, n’est-il pas grand temps que l’on s’avise de ce danger et que l’on réforme le cinéma? »

Pour l’Action Française (article de 1926), le chanoine Lionel GROULX

Je le confesse j’ai toujours été friand du cinéma Hollywoodien. Mes premiers coups de cœur cinématographiques furent les films de Georges Lucas et Steven Spielberg. Qu’est-ce que vous voulez, j’ai grandi avec les Indiana Jones, Jurassic Park, Mad Max et surtout Star Wars dont je suis un fan fini. J’ai surtout vécu ma tendre enfance en écoutant des films d’action testostéronés mettant en vedette Sylvester Stallone, Arnold Schwarzenegger, Will Smith, Bruce Willis, Mel Gibson, Tom Cruise, Harrison Ford, (surtout lui en fait puisqu’il a joué Han Solo et Indiana Jones). Mon entourage me faisait aussi écouter les vieux classiques mettant en vedette Clint Eastwood dans le rôle du Cowboy solitaire à la gâchette facile où Dirty Harry, ce flic aux méthodes expéditives avez la gâchette encore plus facile. Ce sont ces films d’action et parfois de science-fiction qui ont été mon initiation au cinéma et c’est parce que ces films me faisaient rêver que je me suis mis à me passionner pour le septième art. En vieillissant, je me suis mis à écouter de plus en plus de films de genre différents pour finalement apprécier le cinéma dans son ensemble. J’ai cependant toujours consommé des films hollywoodiens. En fait, je peux dire qu’ils me divertissent régulièrement souvent comme du bon Junk Food. La plupart du temps, je ne m’attends pas être renversé, je veux seulement être rassasié et généralement je ne sors pas vraiment déçu.

Pour meilleur exemple récent, je donnerai les films de l’univers cinématographique Marvel. À la sortie d’Iron Man en 2008, j’étais vers la fin de l’adolescence. Je découvrais des films d’auteur, j’envisageais des études en cinéma, je commençais à me gaver de cinéma québécois et mon intérêt pour les films hollywoodiens devenait moindre. Je cherchais en fait un quelque chose de plus. Je ne l’ai pas trouvé avec Iron Man malgré les qualités de ce film en tant que Blockbuster. Le film n’avait pas de défauts majeurs, mais rien de transcendant. Ce n’était qu’un bon film. Ce film m’a cependant le goût d’embarquer dans cet univers de superhéros et je n’ai jamais trouvé mauvais les films faisant partie de cette écurie cinématographique Marvel, mais rien qui ne m’ait jamais donné de coup de cœur. J’ai bien aimé le premier Avengers, tout autant le deuxième, aboutissements de ce que l’univers cinématographique Marvel appelle ses phases et ils remplissaient excellemment bien leur mandat. On peut donner de nombreux points positifs aux films de l’univers Marvel. Ils ont continué dans la même veine que les X-Men de Bryan Singer en proposant des héros plus travaillés psychologiquement. La plupart des films de l’univers cinématographique Marvel se démarquent aussi pour un certain penchant un peu plus poussé vers la comédie que les autres films d’action. Pourtant, il n’y a rien dans ces films qui m’aient vraiment accroché significativement comme la plupart des films hollywoodiens que j’ai vus ces cinq dernières années. Il s’agit de l’exemple par excellence du Junk Food cinématographique puisqu’aucun de ces films n’a une place particulière dans mon cœur de cinéphile et il m’arrive parfois de les oublier malgré leur qualité.

En gros, et de là ma référence au Junk Food c’est comme un hamburger de chez Mc Do où une poutine de chez Ashton, calories en moins. C’est bon, typiquement nord-américain, je ne suis pas déçu, j’ai eu ce que je voulais consommer et je n’ai pas à me plaindre. Pourtant, j’espère que je trouverai une place où ils me proposeront une recette un peu plus recherchée où que Mc Do ou Ashton proposent quelque chose de significativement nouveau et que ça ne consistera pas seulement à rajouter de nouveaux ingrédients à la sauce où altérer la cuisson habituelle de viande. Cette métaphore exprime le rapport ambigu que j’entretiens avec le cinéma hollywoodien. J’admets que certains films hollywoodiens d’action de ces quinze dernières années m’ont drastiquement marqué. Je pense principalement au Batman : the Dark Night de Christopher Nolan pour les thèmes philosophiques qu’il aborde ainsi qu’une réalisation infaillible et surtout l’interprétation inoubliable du Joker par Heath Ledger et de Double-Face par Aaron Eckart qui fait que je le revois régulièrement. Il s’agit d’un grand blockbuster, un blockbuster d’une rare intelligence tout en étant d’une grande accessibilité. Pour une fois d’ailleurs un film d’action et de superhéros ne faisait pas l’apologie nécessairement des grandes valeurs américaines et se montrait même critique à leur égard en dénonçant une certaine forme d’hypocrisie dans la société actuelle, ce que d’autres films ont essayé de faire, mais avec moins de succès.

Pourtant, il y a toujours ce thème récurrent des valeurs américaines et ce, même dans la trilogie Batman de Christopher Nolan. Oui les États-Unis sont la principale puissance au monde, oui leur culture est largement diffusée même dans des pays qui se disent communistes comme la Chine et pourtant on oublie que malgré cela les États-Unis ne sont pas le centre du monde tout comme le hamburger n’est pas le plat universel par excellence même si de mon avis personnel il est souvent bon au goût et accessible puisque largement diffusé et c’est peut-être là où Lionel Groulx voulait en venir. À force de se gaver des mêmes produits américains grands public qui sont généralement bon sans être trop transcendant, on finit s’abâtardir culturellement de là peut-être la nécessité de consommer des films un peu plus local ou de chercher autre chose même si américain. Lorsque j’ai voyagé aux États-Unis ces dernières années je vivais plus ou moins consciemment avec le préjugé que la bière américaine consistait essentiellement à de la Budweiser et puis je me suis arrêté dans des petits bars locaux et j’ai découvert de l’excellente bière américaine dont on entendait moins parler. La même chose s’applique au cinéma et il y a des perles cinématographiques américaines pas nécessairement hollywoodiennes qui valent la peine qu’on s’y attarde et dont l’industrie devrait s’inspirer pour réformer un peu leur recette traditionnelle. Ces films disposent parfois d’un budget raisonnable, mais sont boudés par le public à qui l’industrie préfère vendre le même produit. Par exemple, un film comme le troublant Nightcrawler disposant essentiellement de la volonté de sa vedette Jake Gyllenhal aurait mérité que le public et que les grands promoteurs s’y attarde davantage. Il faut cependant prendre en compte qu’il peut parfois être épeurant et ardu de rechercher autre chose, de sortir de sa zone de confort et on se doit de valoriser ce qui fait d’un plus alternatif, mais aussi de local.

La French : connexion tiède

 

Il était une fois un commerce très lucratif de drogue bien ficelé et mis en place par des barons de la drogue du sud de la France et de la Méditerranée qui avaient alors leurs tentacules sur de nombreux commerces. Leur commerce allait aussi loin qu’à New York. Durant les années 1970, Hollywood flaira une bonne histoire alors que les autorités françaises et américaines menaient un combat sans merci notamment mené par le juge Pierre Michel contre cette lucrative filière. Ainsi sorti en 1971, le polar culte French Connection dont l’action se déroule et mettant en vedette Gene Hackman qui aborde le sujet. Près de 45 ans plus tard, le réalisateur Cédric Jimenez met en scène La French biopic racontant la lutte du juge Pierre Michel incarné par Jean Dujardin pour mettre fin au trafic d’héroïne principalement mené par Tany Zampa joué par Gilles Lelouche.

Superproduction française La French avait un grand potentiel en plus de bénéficier des services d’acteurs de qualité que sont Dujardin et Lelouche. D’ailleurs les décors sont grandioses et l’atmosphère retranscrit parfaitement bien le Marseille des années 1970. De plus la trame sonore présentant des succès de Blondie, Velvet Underground ou Serge Gainsbourg ajoute à l’immersion de ce film. Le jeu des acteurs est respectable, quoique Benoit Magimel qui incarne le célèbre mafieux Jacky Imbert est caricatural à souhait. On rajoutera aussi que le film qui se sert d’archives pour présenter certaines séquences le fait efficacement et celles-ci servent plutôt bien l’intrigue.

Cette intrigue est elle-même à première vue intéressante et même si on en connait les aboutissants on veut en savoir le comment et on apprécie la présentation d’une certaine dualité entre les personnages de Michel et de Zampa. C’est cependant là que le film présente ses défauts principaux. Biopic, le long-métrage prêche par un côté romanesque quétaine dans lequel on semble se préoccuper davantage sur les aboutissants des actions des personnages dans leur vie personnelle et dans leur couple que l’enquête en elle-même. Les scènes présentant les personnages interagir avec leurs enfants et dans leur couple sont la plupart du temps inutiles et rajoutent des longueurs à un film qui n’en manquent pas tout en lui donnant une dimension clichée. Le film aurait dû se concentrer essentiellement sur l’investigation de Pierre Michel et des autorités françaises en partenariat avec les Américains. De plus la narration est plutôt instable et se révèle une suite de péripéties sans trop de consistances et les différents enjeux du film deviennent confus à tel point que le long-métrage a des airs de série télé. Le montage en lui-même est désorientant et des scènes d’action trop nerveuse et brève suivent des plans longuets composés de longs dialogues pourtant peu consistants.

La French aurait pu être un excellent long métrage, mais son action confuse malgré une habile reconstitution des événements et des jeux d’acteur juste en font un biopic romanesque plutôt tiède. Dommage puisque le film de par son scénario avait un énorme potentiel.

2.5/5

J’ai aimé

La reconstitution des années 1970

La trame sonore.

Je n’ai pas aimé

Un sentimentalisme longuet

Un montage confus

la french

Cinémanalyse : Die Welle (La Vague)

Le cinéma allemand a produit des œuvres à la fois politique, dramatique et intelligente que l’on pense à Goodbye Lénine où La part de l’autre pour ne nommer qu’eux. On pourrait aussi citer Michael Haneke dont le cinéma très politique et souvent critiqué pour sa froideur est régulièrement porteur de messages. Il faut dire que l’Allemagne a un passé assez trouble et que le spectre des dictatures passées que l’on pense au régime nazi où le communisme présent en Allemagne de l’Est. Cette histoire a ainsi influencé la société allemande dans son entier et l’amène régulièrement à se remettre en question. Pourtant certains notamment les jeunes qui n’ont pas connu la réunification allemande du tournant des années 1990 peuvent croire qu’il s’agit d’un passé révolu. Ce phénomène n’est sans doute pas unique à l’Allemagne, mais à l’Occident en entier. En 2008, le cinéaste allemand Dennis Gransel s’y penche en réalisant Die Welle (La Vague).

Basé sur une expérience menée par le professeur américain Don Jones en 1967 dans le but de tester sur des élèves de secondaire de Palo Alto les conditions propres à la formation d’un régime autoritaire, le film relate l’histoire de Rainer Wenger, un professeur d’histoire chargé de donner un cours sur l’autoritarisme à ses étudiants. Afin de donner de la couleur à son cours et puisque ses élèves semblent résolument croire que l’autoritarisme est du passé, l’enseignant monte un mouvement dont il est désigné en tant que chef et se met à recréer les conditions propres à un régime autoritaire avec notamment un code vestimentaire et un symbole fort en l’occurrence la vague. Très rapidement cependant, l’expérience va trop loin et finit par totalement déraper. Ayant reçu des critiques mitigés à sa sortie et vu par ses détracteurs comme trop exagérés voir démagogique, le film qui a atteint un statut d’œuvre quasi culte est désormais régulièrement utilisé à l’école et avec raison. De plus s’attarder à cette œuvre dans le cadre du printemps 2015 a toute sa pertinence puisque l’on réalise qu’au-delà de son aspect dramatique, le film parvient à pousser une réflexion pertinente sur notre société actuelle.

Afin d’entamer cette analyse il est pertinent d’introduire les propos d’une des personnages qui dit : « Dans le monde actuel, contre quoi tu veux qu’on se rebelle, y a plus de vrais valeurs de toute façon. Tout le monde pense qu’à une seule chose, son petit nombril. Ce qui manque à notre génération, tu sais ce que c’est? Un truc fédérateur, un truc qui puisse nous rassembler ». La jeunesse du film parait désillusionnée et individualiste et certains en sont parfaitement conscients alors ils recherchent du plaisir dans les fêtes, les drogues et la boisson. On notera d’ailleurs que les propos en question se déroulent justement lors d’un party.

Pourtant, les personnages sont à peu près tous de jeunes, plus ou moins conscientisés. Leur esprit et leur sens critique n’apparaissent pas totalement développés et le professeur, Wenger lui-même, n’est pas sans défaut. C’est un pédagogue aux méthodes peu orthodoxes vivant avec une conjointe elle-même enseignante ayant visiblement plus de diplômes que lui et duquel il ressent une certaine envie. Au sein de cette expérience, Wenger trouvera rapidement une certaine fierté à être adulé par ses élèves qui en feront un véritable culte de la personnalité. En construisant son jeu, Wenger y prend lui-même part un peu trop et sa vie personnelle commence à en prendre un coup. On comprend aussi que quasi tous les personnages représentent en quelque sorte des acteurs de cette microsociété que constitue La Vague.

Le personnage de Tim est celui qui embarque le plus dans le jeu. Il s’agit d’un étudiant tourmenté, rejeté ou du moins ignoré par ses pairs qui n’a que peu de relations sociales. Au début du film la seule raison pour laquelle les gens lui adressent une considération, c’est en raison de sa capacité à trouver de la drogue qu’il donne gratuitement dans l’espoir d’avoir des amis. Il est malheureux et cherche sa place. Il cherche désespérément à être l’ami de la bande à Kevin, un enfant de riche insolant et peu discipliné que les jeunes fréquentent visiblement plus pour son argent que pour sa personnalité. La Vague donnera à Tim une raison d’être, un idéal. Pour une fois, Tim se sent apprécié à tels points que celui-ci se procure un pistolet, se fait le protecteur autoproclamé de son enseignant et n’accepte pas à la fin du long métrage pas le dénouement d’un jeu qui était devenu sa raison d’être et lui avait permis de mettre de côté sa condition de paria de la classe.

Un peu, dans une catégorie similaire notons le personnage de Marco. Fils d’une mère peu présente et dévergondée, il s’agit d’un jeune discipliné faisant partie de l’équipe de Waterpolo de son école, qui rêve de stabilité et qui trouve du réconfort chez sa petite amie Karo et la famille de celle-ci chez qui il passe beaucoup de temps. La Vague lui donnera une nouvelle raison d’être, contrairement à sa copine Karo, dissidente du mouvement. Le personnage de Karo considérée à tort ou à raison comme l’héroïne du film est marqué par un égocentrisme quasi exacerbé. En effet, c’est elle qui mène le couple constitué d’elle et de Marco, qu’elle incite même à aller étudier à Barcelone avec elle. De plus, les raisons qui l’a poussent à quitter le mouvement sont purement personnelles, voir nombrilistes. Tout d’abord, lorsque la classe cherche à se trouver un nom, le sien n’est pas choisi. De plus elle n’aime pas l’uniforme constitué d’une chemise blanche que les élèves décident de porter. Elle entrera dès lors en résistance en contre le mouvement en montant des tracts qu’elle cherchera à distribuer. Elle représente sans doute tous ceux qui sont rentrés en résistance dans les mouvements luttant contre les régimes autoritaires, lorsque ceux-ci les ont affectés de manière personnelle. Sa quête tout le long du film sera dès lors de mettre fin à la Vague, qui l’éloigne d’ailleurs de son copain. Il est aussi à noter que c’est lorsqu’elle et Marco se frapperont que Marco décidera lui-même de se dissocier du mouvement. Lui aussi devient un résistant lorsqu’il réalise le mal que lui fait la Vague qui désagrège son couple.

Il y a un second personnage de résistant sur lequel il est intéressant de s’attarder notamment dans le contexte actuel particulièrement au Québec et c’est celui de Mona. Elle est fortement à gauche dans ses convictions et son allure vestimentaire (elle porte des dreadlocks et on la voit avec un foulard kéfié que les militants de gauche arborent régulièrement). Elle s’oppose à mondialisation capitaliste et est totalement contre le nationalisme et ce, malgré le fait qu’elle comprenne la nécessité de l’histoire nationale, sans doute plus que les autres élèves au début du film. On l’entend ainsi dire : « Pendant la dernière coupe du monde de football on a bien vu comment tous ces drapeaux allemands s’affichaient partout, c’était de la folie ». Elle est d’ailleurs fière de son individualité et représente en quelque sorte un archétype, celui d’une certaine gauche altermondialiste se prétendant « inclusive ». Pourtant le personnage n’est pas exempt de défauts et lorsqu’elle forme « la résistance » elle est prête à créer une fausse nouvelle sensationnaliste afin de lever la grogne contre la Vague. Critiquant la vague, elle n’est donc nullement mieux que ses adhérents puisqu’elle est prête à tout pour arriver à ses fins. C’est l’archétype d’une gauche résolument bienpensante et parfois malhonnête qui pourrait elle-même tout à fait tomber dans l’autoritarisme.

On appréciera ainsi que le film ne présente pas de véritable héros. Tous les personnages se démarquent par leur humanité et personne n’est au-dessus des autres, qu’on les aime ou qu’on les déteste. Le film nous rappelle pourtant qu’il est facile de sombrer dans une forme de dictature et les réseaux sociaux l’ont démontré à de nombreuses reprises. Qui débat le moindrement de politique a peut-être vécu l’exclusion et le rejet de certains de ses pairs. On peut aussi noter que dans le cadre du printemps 2015 et ce fut aussi le cas en 2012, nous avons vu de nombreux simulacres de démocratie qui cachaient une réalité beaucoup plus sombre souvent menée par des idéologues des deux côtés du conflit qui parvenaient à mener une clique pour arriver à leur fin. Le film a d’ailleurs la capacité de vulgariser amplement bien le sujet, de le mettre d’actualité et rappeler que les jeunes générations ne sont pas à l’abri de l’autoritarisme et du zèle lié au fait de faire partie d’un groupe, d’avoir une cause. Pourrait-on d’ailleurs expliquer comme telles les actions de certains casseurs, voir aussi l’acharnement de membres de forces de l’ordre contre des manifestants? La force de ce film est surtout de nous rappeler qu’une connaissance de l’histoire ne suffit pas à elle seule à éviter de répéter le passé et nous apporte des questions sur le comment, comment éviter que le totalitarisme se répète. Est-ce qu’une bonne éducation civique suffit-elle aussi à éviter de sombrer dans l’exaltation idéologique et autoritaire? Ces questions demeurent et doivent constamment être posées.

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