Archives de catégorie : Cinémanalyse

Occasionnellement, il m’arrivera de faire des analyses de film dans une rubrique que j’ai nommé cinémanalyse. Le but étant de faire partager aux lecteurs des œuvres qui m’ont marqué sur le plan cinématographique. Il ne sera pas ici question d’en faire la critique comme mes habituelles rubriques de cinéma, mais plutôt d’analyser le propos du film, donc attention je risque de spoiler. D’ailleurs les œuvres que j’ai choisis pour cette chronique m’ont inévitablement marqué. Oubliez donc tout de suite une analyse de 50 Nuances de Grey; ça n’arrivera pas notamment en raison de l’insignifiance de ce genre de productions cinématographique, bien qu’il puisse m’arriver d’explorer certains nanars, mais il faut à la base que ces films m’aient amusée ou dégoûtée au point qu’ils aient marqué ma conscience.

Cinémanalyse : Die Welle (La Vague)

Le cinéma allemand a produit des œuvres à la fois politique, dramatique et intelligente que l’on pense à Goodbye Lénine où La part de l’autre pour ne nommer qu’eux. On pourrait aussi citer Michael Haneke dont le cinéma très politique et souvent critiqué pour sa froideur est régulièrement porteur de messages. Il faut dire que l’Allemagne a un passé assez trouble et que le spectre des dictatures passées que l’on pense au régime nazi où le communisme présent en Allemagne de l’Est. Cette histoire a ainsi influencé la société allemande dans son entier et l’amène régulièrement à se remettre en question. Pourtant certains notamment les jeunes qui n’ont pas connu la réunification allemande du tournant des années 1990 peuvent croire qu’il s’agit d’un passé révolu. Ce phénomène n’est sans doute pas unique à l’Allemagne, mais à l’Occident en entier. En 2008, le cinéaste allemand Dennis Gransel s’y penche en réalisant Die Welle (La Vague).

Basé sur une expérience menée par le professeur américain Don Jones en 1967 dans le but de tester sur des élèves de secondaire de Palo Alto les conditions propres à la formation d’un régime autoritaire, le film relate l’histoire de Rainer Wenger, un professeur d’histoire chargé de donner un cours sur l’autoritarisme à ses étudiants. Afin de donner de la couleur à son cours et puisque ses élèves semblent résolument croire que l’autoritarisme est du passé, l’enseignant monte un mouvement dont il est désigné en tant que chef et se met à recréer les conditions propres à un régime autoritaire avec notamment un code vestimentaire et un symbole fort en l’occurrence la vague. Très rapidement cependant, l’expérience va trop loin et finit par totalement déraper. Ayant reçu des critiques mitigés à sa sortie et vu par ses détracteurs comme trop exagérés voir démagogique, le film qui a atteint un statut d’œuvre quasi culte est désormais régulièrement utilisé à l’école et avec raison. De plus s’attarder à cette œuvre dans le cadre du printemps 2015 a toute sa pertinence puisque l’on réalise qu’au-delà de son aspect dramatique, le film parvient à pousser une réflexion pertinente sur notre société actuelle.

Afin d’entamer cette analyse il est pertinent d’introduire les propos d’une des personnages qui dit : « Dans le monde actuel, contre quoi tu veux qu’on se rebelle, y a plus de vrais valeurs de toute façon. Tout le monde pense qu’à une seule chose, son petit nombril. Ce qui manque à notre génération, tu sais ce que c’est? Un truc fédérateur, un truc qui puisse nous rassembler ». La jeunesse du film parait désillusionnée et individualiste et certains en sont parfaitement conscients alors ils recherchent du plaisir dans les fêtes, les drogues et la boisson. On notera d’ailleurs que les propos en question se déroulent justement lors d’un party.

Pourtant, les personnages sont à peu près tous de jeunes, plus ou moins conscientisés. Leur esprit et leur sens critique n’apparaissent pas totalement développés et le professeur, Wenger lui-même, n’est pas sans défaut. C’est un pédagogue aux méthodes peu orthodoxes vivant avec une conjointe elle-même enseignante ayant visiblement plus de diplômes que lui et duquel il ressent une certaine envie. Au sein de cette expérience, Wenger trouvera rapidement une certaine fierté à être adulé par ses élèves qui en feront un véritable culte de la personnalité. En construisant son jeu, Wenger y prend lui-même part un peu trop et sa vie personnelle commence à en prendre un coup. On comprend aussi que quasi tous les personnages représentent en quelque sorte des acteurs de cette microsociété que constitue La Vague.

Le personnage de Tim est celui qui embarque le plus dans le jeu. Il s’agit d’un étudiant tourmenté, rejeté ou du moins ignoré par ses pairs qui n’a que peu de relations sociales. Au début du film la seule raison pour laquelle les gens lui adressent une considération, c’est en raison de sa capacité à trouver de la drogue qu’il donne gratuitement dans l’espoir d’avoir des amis. Il est malheureux et cherche sa place. Il cherche désespérément à être l’ami de la bande à Kevin, un enfant de riche insolant et peu discipliné que les jeunes fréquentent visiblement plus pour son argent que pour sa personnalité. La Vague donnera à Tim une raison d’être, un idéal. Pour une fois, Tim se sent apprécié à tels points que celui-ci se procure un pistolet, se fait le protecteur autoproclamé de son enseignant et n’accepte pas à la fin du long métrage pas le dénouement d’un jeu qui était devenu sa raison d’être et lui avait permis de mettre de côté sa condition de paria de la classe.

Un peu, dans une catégorie similaire notons le personnage de Marco. Fils d’une mère peu présente et dévergondée, il s’agit d’un jeune discipliné faisant partie de l’équipe de Waterpolo de son école, qui rêve de stabilité et qui trouve du réconfort chez sa petite amie Karo et la famille de celle-ci chez qui il passe beaucoup de temps. La Vague lui donnera une nouvelle raison d’être, contrairement à sa copine Karo, dissidente du mouvement. Le personnage de Karo considérée à tort ou à raison comme l’héroïne du film est marqué par un égocentrisme quasi exacerbé. En effet, c’est elle qui mène le couple constitué d’elle et de Marco, qu’elle incite même à aller étudier à Barcelone avec elle. De plus, les raisons qui l’a poussent à quitter le mouvement sont purement personnelles, voir nombrilistes. Tout d’abord, lorsque la classe cherche à se trouver un nom, le sien n’est pas choisi. De plus elle n’aime pas l’uniforme constitué d’une chemise blanche que les élèves décident de porter. Elle entrera dès lors en résistance en contre le mouvement en montant des tracts qu’elle cherchera à distribuer. Elle représente sans doute tous ceux qui sont rentrés en résistance dans les mouvements luttant contre les régimes autoritaires, lorsque ceux-ci les ont affectés de manière personnelle. Sa quête tout le long du film sera dès lors de mettre fin à la Vague, qui l’éloigne d’ailleurs de son copain. Il est aussi à noter que c’est lorsqu’elle et Marco se frapperont que Marco décidera lui-même de se dissocier du mouvement. Lui aussi devient un résistant lorsqu’il réalise le mal que lui fait la Vague qui désagrège son couple.

Il y a un second personnage de résistant sur lequel il est intéressant de s’attarder notamment dans le contexte actuel particulièrement au Québec et c’est celui de Mona. Elle est fortement à gauche dans ses convictions et son allure vestimentaire (elle porte des dreadlocks et on la voit avec un foulard kéfié que les militants de gauche arborent régulièrement). Elle s’oppose à mondialisation capitaliste et est totalement contre le nationalisme et ce, malgré le fait qu’elle comprenne la nécessité de l’histoire nationale, sans doute plus que les autres élèves au début du film. On l’entend ainsi dire : « Pendant la dernière coupe du monde de football on a bien vu comment tous ces drapeaux allemands s’affichaient partout, c’était de la folie ». Elle est d’ailleurs fière de son individualité et représente en quelque sorte un archétype, celui d’une certaine gauche altermondialiste se prétendant « inclusive ». Pourtant le personnage n’est pas exempt de défauts et lorsqu’elle forme « la résistance » elle est prête à créer une fausse nouvelle sensationnaliste afin de lever la grogne contre la Vague. Critiquant la vague, elle n’est donc nullement mieux que ses adhérents puisqu’elle est prête à tout pour arriver à ses fins. C’est l’archétype d’une gauche résolument bienpensante et parfois malhonnête qui pourrait elle-même tout à fait tomber dans l’autoritarisme.

On appréciera ainsi que le film ne présente pas de véritable héros. Tous les personnages se démarquent par leur humanité et personne n’est au-dessus des autres, qu’on les aime ou qu’on les déteste. Le film nous rappelle pourtant qu’il est facile de sombrer dans une forme de dictature et les réseaux sociaux l’ont démontré à de nombreuses reprises. Qui débat le moindrement de politique a peut-être vécu l’exclusion et le rejet de certains de ses pairs. On peut aussi noter que dans le cadre du printemps 2015 et ce fut aussi le cas en 2012, nous avons vu de nombreux simulacres de démocratie qui cachaient une réalité beaucoup plus sombre souvent menée par des idéologues des deux côtés du conflit qui parvenaient à mener une clique pour arriver à leur fin. Le film a d’ailleurs la capacité de vulgariser amplement bien le sujet, de le mettre d’actualité et rappeler que les jeunes générations ne sont pas à l’abri de l’autoritarisme et du zèle lié au fait de faire partie d’un groupe, d’avoir une cause. Pourrait-on d’ailleurs expliquer comme telles les actions de certains casseurs, voir aussi l’acharnement de membres de forces de l’ordre contre des manifestants? La force de ce film est surtout de nous rappeler qu’une connaissance de l’histoire ne suffit pas à elle seule à éviter de répéter le passé et nous apporte des questions sur le comment, comment éviter que le totalitarisme se répète. Est-ce qu’une bonne éducation civique suffit-elle aussi à éviter de sombrer dans l’exaltation idéologique et autoritaire? Ces questions demeurent et doivent constamment être posées.

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Cinémanalyse : The Room

La plupart des films que l’on classe généralement dans la catégorie de nanar, c’est-à-dire de la médiocrité cinématographique sont généralement oubliés à la vitesse de l’éclair une fois consommé. Chaque année voit son lot de nanars sortir. Parmi ceux que je considère comme des nanars typiques on retrouve autant des mégaproductions telles que Pearl Harbor, le récent Éxodus de Ridley Scott, 50 Shades of Grey ou les multiples films d’horreur clichés que le cinéma nous offrent chaque année, tout comme les comédies d’Adam Sandler et de la clique à Judd Apatow qui ne cessent de faire courir les foules même s’ils proposent constamment la même chose à quelques variations près. Cependant, il faut dire que dans mon cas, certaines de ses œuvres sont des plaisirs pleinement assumés. Le nanar c’est aussi souvent des films à petits budgets qui faute de moyens et surtout de créativité ne parviennent pas à se démarquer et font plus rire de pitié finissant au final par nous assurer un bon divertissement. Le plus célèbre réalisateur de nanar est sans doute le légendaire Ed Wood qui a reconnu un regain de popularité grâce au biopic éponyme réalisé par Tim Burton et mettant en vedette Johnny Depp. Pourtant en 2003, un film dramatique nanardesque est parvenu à faire date et à s’imposer progressivement dans la culture cinématographique comme un véritable chef d’œuvre du mauvais goût. Je parle ici du désormais culte The Room, réalisé, produit et joué par Tommy Wiseau.

Ce qui peut paraitre paradoxal pour un nanar c’est que The Room est l’un des rares films que je suis capable d’écouter en boucle tout en continuant de revivre et à rire des beaux malaises qui m’ont autant amusé à mon premier visionnement. Parce que oui, je le revendique, The Room est en quelque sorte l’un de mes films préférés, il est entré dans mon cœur comme dans ma mémoire comme une œuvre d’une telle bêtise que je ne peux qu’y être ému.

Rapidement qu’est-ce que raconte The Room ? Johnny interprété avec classe par Tommy Wiseau, un banquier « séduisant » et « charismatique » est fiancé à la belle Lisa (Juliette Danielle). Cependant celle-ci fatiguée de son bellâtre, commence à le tromper avec le meilleur ami de Johnny, Mark (Greg Sestero). Ce scénario mélodramatique semble à la base plutôt banal. On se retrouve avec une histoire classique mettant en scène un triangle amoureux. De scène en scène, on retrouve nos personnages avec leur conversation de la vie quotidienne et leurs divers problèmes.

L’apologie surréaliste du vide

C’est que ces conversations dans la plupart des cas n’ont aucun rapport avec l’intrigue du film, elles ne servent tout simplement à rien, ne font pas progresser l’histoire et surtout se démarquent par leur insignifiance absolue et parfois grotesque. Autour du triangle composé de Johnny, Mark et Lisa, évoluent une ribambelle de personnages aussi bizarres qu’inattendus, parmi lesquels on retrouve la mère de Lisa qui voue une confiance absolue à Johnny vu comme le parti par excellence pour sa fille, le couple d’amis Mike et Michelle qui s’envoient en l’air dans la demeure de Johnny, mais aussi et surtout Denny un « adulescent » aussi pervers qu’étrange qui voit dans sa relation avec le personnage incarné par Tommy Wiseau un lien père fils. Durant une scène particulièrement déstabilisante alors que Johnny et Lisa s’apprêtent à s’envoyer en l’air, Denny va les épier comme s’il voulait faire un trip à trois. Dans une autre scène dont on ne comprend pas trop le lien dans l’intrigue, Denny a des problèmes avec un dealer de drogue et c’est Johnny et Mark qui se portent à sa défense. D’autres scènes ne semblent tout simplement pas avoir leur place dans le film comme si elles visaient à combler les 1h.40 de cette bizarrerie cinématographique. Parmi elles, on retrouve les passages de Johnny chez le fleuriste pour se faire complimenter par la caissière et son chien installé sur le comptoir. On peut surtout citer ces étranges passages où Johnny et ses amis se lancent un ballon de football et dont l’une d’elle atteint des sommets absurdités alors que les personnages sont vêtus de smoking. Au premier visionnement, on finit par se demander où cela va-t-il aboutir et on finit par croire qu’on en a peut-être fumer du bon, que l’on rêve ou si on ne s’est pas intoxiqué alors qu’on est face à un long métrage qui est bien réel. Une telle ineptie nous semble n’avoir aucun sens et on se retrouve dans un néant engendré par une bêtise à la fois fascinante et malaisante. Ce sentiment n’est que renforcé par les décors bâclés et les écrans verts peu subtils pour représenter la ville de San Francisco où se déroule l’intrigue.

Saint Tommy Wiseau

Ce long métrage apologie du vide et du non-sens le plus burlesque ne serait cependant rien sans son réalisateur, scénariste, producteur et acteur principal. Tommy Wiseau, véritable pierre angulaire du film, nous gratifie de sa remarquable présence et son jeu d’acteur transcendant. Aussi charismatique qu’une mouette ayant fait une overdose de patates frittes à Old Orchard et se démarquant par son accent aussi étrange qu’indéfinissable ainsi que par des dialogues parfois caractérisés par un petit rire aussi gossant, qu`étrange (haha), Tommy Wiseau vole la vedette à ses comparses de jeu. Tommy Wiseau avec son allure de vielle rock star toxicomane has been recyclée dans le porno, les cheveux longs noirs et la taille d’un vieux mononcle trop soul durant le temps des fêtes, n’hésite pas à nous faire comprendre à quel point son personnage est merveilleux et ce, gratifié par des scènes de sexes aussi sulfureuses que déstabilisantes. C’est simple, le seul défaut du personnage de Tommy Wiseau c’est qu’il est tellement parfait, riche, gentil, beau, compréhensif qu’il en devient ennuyant aux yeux de sa fiancée Lisa. C’est sûr qu’avec son allure, son rire bizarre, son accent, son comportement plus étrange qu’un schizophrène autiste et junkie, Johnny c’est l’homme idéal, le bellâtre suprême, celui que les femmes rêvent d’avoir comme amoureux. Lisa est d’ailleurs très vite présentée comme une méchante oscillant entre la bimbo cruche et la femme fatale puisqu’elle décide d’aller dans les bras de Mark, un autre bellâtre ayant autant de présence qu’une feuille de papier. Sous cette perspective, je peux comprendre que tout le monde trouve Johnny si fantastique si on le compare avec son meilleur ami. Malgré son jeu aussi faux que surréaliste, on finit en effet par s’attacher à Tommy Wiseau qui fait constamment l’apologie de sa personne vue comme une sorte de saint. The Room serait-elle l’œuvre d’un mégalomane?

Anatomie d’un nanar culte

Pourtant, la réalisation déconcertante de Tommy Wiseau est à un tel point mal foutu qu’on se dit que l’homme n’a sans doute pas les qualités de ce personnage. D’ailleurs on se demande comment un telle œuvre aussi grotesque que bâclée a t-elle pu sortir et on en vient à se questionner sur les motivations de son réalisateur, voir même sa personne, puisque tout est si mal fait que le film devient marrante à regarder, un nanar de cristal. On se prend à se demander si cela est volontaire ou involontaire. J’opte pour la seconde option, étant donné les essaies peu fructueux de Tommy Wiseau dans le domaine de l’humour après le succès progressif de The Room comme chef d’œuvre nanardesque comme si le réalisateur avait tenté de se justifier en disant que son film n’était en fait qu’une blague. Il n’en reste pas moins que The Room est parvenu à se hisser dans le cœur des cinéphiles comme un véritablement bijou de ce qui se fait de plus de mauvais. The Room a même désormais une place à part entière comme une œuvre incontournable du cinéma alternatif popularisée par une déferlante de critiques détruisant systématiquement le film et allant jusqu’à le hisser comme le pire long-métrage de l’histoire du cinéma. Je ne saurais cependant que vous le conseiller si vous voulez vivre une véritable expérience cinématographique déstabilisante s’éloignant très loin des carcans traditionnels du cinéma puisque c’est finalement ce que propose involontairement le film de Tommy Wiseau avec un beau tas de malaises au rendez-vous.

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Affiche du film

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Tommy Wiseau allias Johnny, mais aussi réalisateur, scénariste et producteur du film.

Source des images: http://www.nanarland.com

Cinémanalyse : Nightcrawler, la valse sombre du sensationnalisme télévisuel et du rêve américain

Paru à la fin de l’année 2014 dans les cinémas, le film Nightcrawler, intitulé au Québec dans sa version française, Le Rôdeur et en France, Night Call (un titre anglophone pour traduire le titre d’un film américain? Ces chers Français….), est selon moi l’un des petits bijoux de cette année ou d’excellents crus se sont pourtant démarqués. Il s’agit d’ailleurs de l’un des films qui m’a le plus marqué et avec raison. Tout d’abord pour la qualité du jeu de ces deux acteurs principaux, Jake Gyllenhal et Rene Russo qui offrent certainement leur meilleure performance à vie jusqu’à maintenant et pourtant Jake Gyllenhal offre rarement de mauvaises prestations. Le film tout comme ses comédiens furent d’ailleurs injustement boudés aux Oscars de 2015 pour une raison que j’ignore alors que de nombreux critiques et pas seulement moi les qualifiaient certainement des meilleures performances de l’année 2014 en plus d’offrir un film intelligent, de loin davantage à mon avis que les films en lice pour les Académie Awards sauf peut-être Birdman.

Nightcrawler, c’est à la fois un thriller et une critique pessimiste de la société contemporaine et des médias. L’histoire raconte les mésaventures de Lou Bloom interprété par Jake Gyllenhal, ici très inquiétant dans la peau d’un personnage asociale et sociopathe qui décide de gagner sa vie en filmant des scènes d’accidents et de crimes pour les revendre à des chaines de télévisés américaines. Il attire très rapidement l’attention de Nina, réalisatrice pour une chaine de nouvelles au caractère dégourdi qui tente de faire remonter ses côtes d’écoute en achetant les reportages amateurs de Lou. Au fur et à mesure que le film avance, Lou Bloom fait preuve de plus en plus d’audace en s’arrangeant pour devenir le reporter privilégié de la chaine. Il va même jusqu’à filmer des scènes de crime avant que les autorités n’arrivent et n’hésite pas à sacrifier la vie de ses partenaires tout en tentant d’obtenir des avances de la part de Nina qu’il fait chanter. Réciproquement, la réalisatrice le pousse toujours à aller plus loin, obsédée à l’idée d’obtenir plus de cotes d’écoute.

La première chose à noter de NightCrawler est son exploration des méandres les plus sombres et pessimistes de l’univers médiatique américain et plus généralement occidental tout en présentant un univers glauque et froid. L’action se situe dans la ville de Los Angeles et avec raison. La ville représente sans doute le contraste le plus flagrant des États-Unis. Los Angeles c’est d’une part la ville du rêve et du divertissement, centre névralgique de l’industrie médiatique représentée par Hollywood, dont on voit à de nombreuses reprises son célèbre panneau dans des plans larges, mais aussi par ses quartiers riches dont Beverly Hills. C’est aussi une ville industrielle, réputée pour ses banlieues malfamées et sa violence. Le fantasme hollywoodien est d’ailleurs rapidement étouffé par l’univers sombre de la jungle urbaine de Los Angeles, la violence et tous les personnages inquiétants qui y rôdent dont le protagoniste principal. Pourtant le rêve américain est persistant.

La face sombre du rêve américain

C’est dans ce contexte qu’entre en jeu, le protagoniste de Lou Bloom. Crapuleux et surtout asocial, le film tend à montrer au début que son incapacité à saisir les relations humaines. Il est tout bonnement présenté comme un raté, sans doute dérangé mentalement. À la recherche d’un moyen de faire de l’argent, il n’hésite pas à commettre des larcins pour survivre. Se cherchant du travail, on le prend rarement en compte. Une scène donne ainsi le ton au paradoxe américain. Alors qu’il vient de vendre du matériel volé à petit prix au directeur d’un chantier de construction et lui présente sa candidature pour un emploi, celui-ci refuse affirment qu’il refuse de travailler avec des voleurs. Paradoxe, comme si la moralité était volatile. D’un côté les larcins de Bloom permettent d’approvisionner des entrepreneurs qui d’un autre côté se donnent bonne conscience en refusant de travailler avec lui en raison de ses activités douteuses.   Le directeur de ce chantier incarne sans doute le citoyen lambda, celui qui adhère à la moralité quand elle l’arrange. Ce paradoxe sera exposé plus tard plus explicitement. C’est cependant un accident dans tous les sens du terme qui amène Bloom à se lancer dans sa nouvelle activité. En effet, tombant sur un carambolage, il rencontre un vidéaste amateur incarné par Bill Paxton qui filme des accidents de la manière la plus sensationnaliste possible. Léo Bloom décide lui aussi en achetant au rabais une caméra à exercer cette activité et obtient rapidement du succès grâce à l’attention qu’il obtient de la réalisatrice Nina. En éliminant ses rivales au passage et en sabotant leur équipement il parvient peu à peu à améliorer sa situation en obtenant du meilleur matériel et des sommes de plus en plus faramineuses pour ses reportages. Nina est bien consciente de l’amoralité du protagoniste, mais malgré le chantage qu’elle subit de sa part qui se traduit par des avances sexuelles et l’augmentation du budget attribué à Bloom en échange de ses reportages, elle cède, obsédée elle-même par ce succès que le crapuleux reporter indépendant apporte à la chaine télévision déclinante, mais aussi sans doute par ambition. La moralité est ainsi un instrument pour se donner conscience et pour normaliser les relations entre individus. On comprend qu’au fur et à mesure que le succès de Bloom grimpe elle se dissipe peu à peu et c’est sans doute ultimement le manque de moralité du protagoniste qui lui permet de s’enrichir et de faire grimper son entreprise, celui-ci ne faisant preuve d’aucun scrupule. Bloom lui-même s’arrange parfois subtilement pour mettre en scène indirectement des accidents et des meurtres, étant l’investigateur d’une mise en scène qui le mène au succès au détriment de ses alliés.

Conclusion : la désinformation glorieuse et pessimiste du sensationnalisme

Ce film illustre toute l’hypocrisie médiatique, des médias prêts à faire n’importe quoi pour obtenir du sensationnel quitte à collaborer avec les pires crapules et à faire preuve de désinformation, simplement pour attirer l’œil du public lambda prêt à se gaver d’insécurité et d’image d’horreurs pour satisfaire son besoin d’excitation. Est-ce que le film est une mise en garde contre ce genre de pratique? Peut-être, mais il n’en demeure pas moins qu’en le regardant on en sort troublé. Non seulement en raison de ses deux protagonistes, inquiétants et opportunistes, mais aussi parce qu’il prend le pari de présenter une vision ouvertement pessimiste de l’homme ambitieux vu comme un rapace. Et si justement, le personnage de Lou Bloom n’était-il pas une représentation outrancière de ces grands hommes de pouvoir qui n’ont pas hésité à faire fi de toute considération intègre à l’égard de ceux qu’ils ont croisés pour se hisser au sommet à l’image d’un Jordan Belfort, d’un Joseph Staline et d’un Al Capone? Il donnera cependant peut-être le goût à ceux qui le visionnent de se méfier, de rester critique face à ce que les grands médias présentent comme information et de ne pas se laisser emporter la valse sombre du sensationnalisme télévisuel.

Cinémanalyse: introduction d’une nouvelle rubrique.

Occasionnellement, il m’arrivera de faire des analyses de film dans une rubrique que j’ai nommé Cinémanalyse. Le but étant de faire partager aux lecteurs des œuvres qui m’ont marqués sur le plan cinématographique. Il ne sera pas ici question d’en faire la critique comme mes habituelles rubriques de cinéma, mais plutôt d’analyser le propos d’un film, donc attention je risque de spoiler. D’ailleurs les œuvres que je choisirai pour cette chronique m’ont inévitablement marqué. Oubliez donc tout de suite une analyse de 50 Nuances de Grey; ça n’arrivera pas en raison de ce que je considère être de l’insignifiance cinématographique, bien qu’il puisse m’arriver d’explorer certains nanars, mais il faut à la base que ces films m’aient amusée ou dégoûtée au point qu’ils aient marqué ma conscience même si je les ai trouvés fondamentalement mauvais. C’est par exemple le cas d’un classique du mauvais goût comme The Room, voir de la série Twilight dont je pourrais bien faire l’analyse prochainement.