Archives de catégorie : Cinéma

Le tireur : au tour de papy Sean Penn de faire pow pow.

C’est la nouvelle tendance depuis la parution des très rentables Taken mettant en vedette Liam Neeson et The Expendables dans lequel Sylvester Stalone et sa clique d’acteurs hollywoodiens has been mettent des volées à des gros méchants pas fins, je parle de cette mode de mettre de l’avant des acteurs un peu plus âgés à la gloire souvent d’antan dans des films d’action testostéronés. Avec Le tireur, c’est maintenant au tour de Sean Penn plus musclé que jamais de se lancer dans ce « sous-genre ».

Se voulant à mi-chemin entre le film d’action pure et le thriller similipolitique qui ne sert en fait que de prétexte pour donner un peu plus de substance à l’intrigue, Le Tireur réalisé par Pierre Morel, papa de Taken, raconte l’histoire de Jim, un mercenaire incarné par Sean Penn ayant assassiné un important ministre congolais au profit d’entreprises privées et qui se retrouvent pourchassé huit ans plus tard par de mystérieux individus. Que cherchent-ils et pourquoi en veulent-ils autant à Jim qui s’est pourtant retiré pour mener une vie paisible de simple travailleur humanitaire? Bien entendu, on devine que tout cela est lié aux commanditaires du fameux assassinat et au travers de fusillades et de bagarres à mains nues et au couteau bien nerveuses, Jim devra faire la lumière sur les évènements et son passé. Ainsi la quête de Jim qui bien entendu tente de reprendre les ponts avec son ex incarné Jasmine Trinca qui joue ici de manière fade et avec peu de nuances la demoiselle en détresse, en une de rédemption. Il faut aussi dire que le quinquagénaire se fait vieux, même s’il parvient à buter avec quasi aisance presque tous les petits jeunes qui se trouvent sur son chemin.

Le Tireur est un film dans l’ensemble efficace et même s’il n’est essentiellement qu’une épice pour pimenter le récit, le côté politique du long-métrage le sert plutôt bien. Sean Penn multi oscarisé démontre encore toute sa polyvalence en tant qu’acteur en incarnant un vieux mercenaire d’élite et cela lui va plutôt bien. Il a la gueule de l’emploi, bien que ses maux de tête récurrents dans le récit liés à l’usure mentale causée par son travail sont récurrents et deviennent même ridicules, par moment. L’un des problèmes majeurs du film c’est aussi qu’il n’exploite pas assez des acteurs aussi talentueux que Javier Bardem, risible et quasi caricatural et Idris Elba qui ne fait que quelques apparitions en agent d’Interpol qui joue en quelque sorte le gardien de la bonne conscience et de la loi et l’ordre. Malgré cela, Le Tireur ne souffre pas de défauts majeurs.

Sans être le film de ce début d’année, Le Tireur a le mérite de remplir sa mission, celle de divertir sans trop de prétention un public friand du genre ou tout ceux qui aiment Sean Penn peu importe ce qu’il fait vu son talent d’acteur. Si vous cherchez un vrai thriller politique ou un film d’action un peu plus recherché comme les James Bond de Daniel Craig, passez votre tour.

3/5

J’ai aimé :

Un film sans prétention qui remplit sa mission en nous offrant des scènes d’action bien dosées

Une intrigue qui se tient debout, peu importe ce qu’en diront les soi-disant « puristes »

Je n’ai pas aimé

Javier Bardem et Idris Elba sous-exploités, surtout le premier qui a en plus le défaut d’être trop caricatural

Une mise en scène parfois un peu grotesque

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Cinémanalyse : The Room

La plupart des films que l’on classe généralement dans la catégorie de nanar, c’est-à-dire de la médiocrité cinématographique sont généralement oubliés à la vitesse de l’éclair une fois consommé. Chaque année voit son lot de nanars sortir. Parmi ceux que je considère comme des nanars typiques on retrouve autant des mégaproductions telles que Pearl Harbor, le récent Éxodus de Ridley Scott, 50 Shades of Grey ou les multiples films d’horreur clichés que le cinéma nous offrent chaque année, tout comme les comédies d’Adam Sandler et de la clique à Judd Apatow qui ne cessent de faire courir les foules même s’ils proposent constamment la même chose à quelques variations près. Cependant, il faut dire que dans mon cas, certaines de ses œuvres sont des plaisirs pleinement assumés. Le nanar c’est aussi souvent des films à petits budgets qui faute de moyens et surtout de créativité ne parviennent pas à se démarquer et font plus rire de pitié finissant au final par nous assurer un bon divertissement. Le plus célèbre réalisateur de nanar est sans doute le légendaire Ed Wood qui a reconnu un regain de popularité grâce au biopic éponyme réalisé par Tim Burton et mettant en vedette Johnny Depp. Pourtant en 2003, un film dramatique nanardesque est parvenu à faire date et à s’imposer progressivement dans la culture cinématographique comme un véritable chef d’œuvre du mauvais goût. Je parle ici du désormais culte The Room, réalisé, produit et joué par Tommy Wiseau.

Ce qui peut paraitre paradoxal pour un nanar c’est que The Room est l’un des rares films que je suis capable d’écouter en boucle tout en continuant de revivre et à rire des beaux malaises qui m’ont autant amusé à mon premier visionnement. Parce que oui, je le revendique, The Room est en quelque sorte l’un de mes films préférés, il est entré dans mon cœur comme dans ma mémoire comme une œuvre d’une telle bêtise que je ne peux qu’y être ému.

Rapidement qu’est-ce que raconte The Room ? Johnny interprété avec classe par Tommy Wiseau, un banquier « séduisant » et « charismatique » est fiancé à la belle Lisa (Juliette Danielle). Cependant celle-ci fatiguée de son bellâtre, commence à le tromper avec le meilleur ami de Johnny, Mark (Greg Sestero). Ce scénario mélodramatique semble à la base plutôt banal. On se retrouve avec une histoire classique mettant en scène un triangle amoureux. De scène en scène, on retrouve nos personnages avec leur conversation de la vie quotidienne et leurs divers problèmes.

L’apologie surréaliste du vide

C’est que ces conversations dans la plupart des cas n’ont aucun rapport avec l’intrigue du film, elles ne servent tout simplement à rien, ne font pas progresser l’histoire et surtout se démarquent par leur insignifiance absolue et parfois grotesque. Autour du triangle composé de Johnny, Mark et Lisa, évoluent une ribambelle de personnages aussi bizarres qu’inattendus, parmi lesquels on retrouve la mère de Lisa qui voue une confiance absolue à Johnny vu comme le parti par excellence pour sa fille, le couple d’amis Mike et Michelle qui s’envoient en l’air dans la demeure de Johnny, mais aussi et surtout Denny un « adulescent » aussi pervers qu’étrange qui voit dans sa relation avec le personnage incarné par Tommy Wiseau un lien père fils. Durant une scène particulièrement déstabilisante alors que Johnny et Lisa s’apprêtent à s’envoyer en l’air, Denny va les épier comme s’il voulait faire un trip à trois. Dans une autre scène dont on ne comprend pas trop le lien dans l’intrigue, Denny a des problèmes avec un dealer de drogue et c’est Johnny et Mark qui se portent à sa défense. D’autres scènes ne semblent tout simplement pas avoir leur place dans le film comme si elles visaient à combler les 1h.40 de cette bizarrerie cinématographique. Parmi elles, on retrouve les passages de Johnny chez le fleuriste pour se faire complimenter par la caissière et son chien installé sur le comptoir. On peut surtout citer ces étranges passages où Johnny et ses amis se lancent un ballon de football et dont l’une d’elle atteint des sommets absurdités alors que les personnages sont vêtus de smoking. Au premier visionnement, on finit par se demander où cela va-t-il aboutir et on finit par croire qu’on en a peut-être fumer du bon, que l’on rêve ou si on ne s’est pas intoxiqué alors qu’on est face à un long métrage qui est bien réel. Une telle ineptie nous semble n’avoir aucun sens et on se retrouve dans un néant engendré par une bêtise à la fois fascinante et malaisante. Ce sentiment n’est que renforcé par les décors bâclés et les écrans verts peu subtils pour représenter la ville de San Francisco où se déroule l’intrigue.

Saint Tommy Wiseau

Ce long métrage apologie du vide et du non-sens le plus burlesque ne serait cependant rien sans son réalisateur, scénariste, producteur et acteur principal. Tommy Wiseau, véritable pierre angulaire du film, nous gratifie de sa remarquable présence et son jeu d’acteur transcendant. Aussi charismatique qu’une mouette ayant fait une overdose de patates frittes à Old Orchard et se démarquant par son accent aussi étrange qu’indéfinissable ainsi que par des dialogues parfois caractérisés par un petit rire aussi gossant, qu`étrange (haha), Tommy Wiseau vole la vedette à ses comparses de jeu. Tommy Wiseau avec son allure de vielle rock star toxicomane has been recyclée dans le porno, les cheveux longs noirs et la taille d’un vieux mononcle trop soul durant le temps des fêtes, n’hésite pas à nous faire comprendre à quel point son personnage est merveilleux et ce, gratifié par des scènes de sexes aussi sulfureuses que déstabilisantes. C’est simple, le seul défaut du personnage de Tommy Wiseau c’est qu’il est tellement parfait, riche, gentil, beau, compréhensif qu’il en devient ennuyant aux yeux de sa fiancée Lisa. C’est sûr qu’avec son allure, son rire bizarre, son accent, son comportement plus étrange qu’un schizophrène autiste et junkie, Johnny c’est l’homme idéal, le bellâtre suprême, celui que les femmes rêvent d’avoir comme amoureux. Lisa est d’ailleurs très vite présentée comme une méchante oscillant entre la bimbo cruche et la femme fatale puisqu’elle décide d’aller dans les bras de Mark, un autre bellâtre ayant autant de présence qu’une feuille de papier. Sous cette perspective, je peux comprendre que tout le monde trouve Johnny si fantastique si on le compare avec son meilleur ami. Malgré son jeu aussi faux que surréaliste, on finit en effet par s’attacher à Tommy Wiseau qui fait constamment l’apologie de sa personne vue comme une sorte de saint. The Room serait-elle l’œuvre d’un mégalomane?

Anatomie d’un nanar culte

Pourtant, la réalisation déconcertante de Tommy Wiseau est à un tel point mal foutu qu’on se dit que l’homme n’a sans doute pas les qualités de ce personnage. D’ailleurs on se demande comment un telle œuvre aussi grotesque que bâclée a t-elle pu sortir et on en vient à se questionner sur les motivations de son réalisateur, voir même sa personne, puisque tout est si mal fait que le film devient marrante à regarder, un nanar de cristal. On se prend à se demander si cela est volontaire ou involontaire. J’opte pour la seconde option, étant donné les essaies peu fructueux de Tommy Wiseau dans le domaine de l’humour après le succès progressif de The Room comme chef d’œuvre nanardesque comme si le réalisateur avait tenté de se justifier en disant que son film n’était en fait qu’une blague. Il n’en reste pas moins que The Room est parvenu à se hisser dans le cœur des cinéphiles comme un véritablement bijou de ce qui se fait de plus de mauvais. The Room a même désormais une place à part entière comme une œuvre incontournable du cinéma alternatif popularisée par une déferlante de critiques détruisant systématiquement le film et allant jusqu’à le hisser comme le pire long-métrage de l’histoire du cinéma. Je ne saurais cependant que vous le conseiller si vous voulez vivre une véritable expérience cinématographique déstabilisante s’éloignant très loin des carcans traditionnels du cinéma puisque c’est finalement ce que propose involontairement le film de Tommy Wiseau avec un beau tas de malaises au rendez-vous.

the room affiche

Affiche du film

tommy wiseau affiche

Tommy Wiseau allias Johnny, mais aussi réalisateur, scénariste et producteur du film.

Source des images: http://www.nanarland.com

L’ascension de Jupiter : un conte de fées à la sauce science-fiction plutôt fade

L’ascension de Jupiter, le dernier film des frères Wachowski,   générait de nombreuses attentes auprès des admirateurs des créateurs de la trilogie Matrix, œuvre importante du tournant de la dernière décennie qui a propulsé ses réalisateurs au rang d’incontournables du cinéma de science-fiction grand public et des effets visuels. Le moins que l’on puisse dire est que le résultat est relativement mitigé.

Je suis de ceux qui n’espéraient pas grand-chose de ce film. Il y a longtemps que je n’attends plus beaucoup de la paire de réalisateurs. Pour dire vrai, je ne suis pas un amateur de la trilogie Matrix. Si j’apprécie les effets visuels de ce film tout comme son esthétique cyber punk et ses combats audacieusement chorégraphiés, l’ensemble m’a toujours laissé de marbre. Pourtant je suis un adorateur de la science-fiction et je suis donc allé voir ce film en espérant être repu. Le film raconte l’histoire de Jupiter, une sans-papier d’origine russe travaillant comme femme de ménage à Chicago. La jeune femme incarnée par Mila Kunis, se révèle avoir la même génétique qu’une reine décédée et possédant les droits de propriété de la terre. Considérée comme la réincarnation de la souveraine c’est donc à elle que revient la possession de la planète. Traquée par les enfants de la défunte et leurs armées de mercenaires, celle-ci se retrouve au cœur des manigances de la famille royale et sera protégée par un homme-loup (Channing Tatum plus kick ass que jamais) dont elle tombe rapidement sur le charme.

Avec une telle histoire, la dernière réalisation de Wachowski aurait pu être intéressante, bien qu’elle possède de nombreux points positifs. Premièrement, l’univers du film est riche et cohérent et il y aurait de quoi l’explorer davantage. L’univers est disputé par des familles qui luttent en entre elles à coup de magouilles et de complots divers pour le temps considéré comme la ressource la plus importante puisqu’elle permet de prolonger la vie des individus. Les luttes claniques royales afin de mettre la main sur la précieuse ressource récoltée d’une manière assez douteuse sont donc une part principale de la trame de l’histoire. La terre est un important gisement pour cette ressource et c’est là l’importance du personnage interprété par Mila Kunis. Il y a d’ailleurs à se demander s’il s’agit d’une critique de la peur de la vieillesse chez les Occidentaux et c’est là que le film est intelligent tout comme il dépeint la bureaucratie foireuse et bordélique même dans une société intergalactique multimillénaire. On appréciera d’ailleurs certains éléments intéressants comme le fait que la profession d’avocat est essentiellement pratiquée par des robots, donnant au film un aspect critique et intelligent de la société contemporaine dans le prisme de la science-fiction. De plus l’esthétique à mi-chemin entre l’ère coloniale industrielle du 18ème, 19ème siècle et le futur avancé est excellemment bien pensée et forme un beau croisement entre le steam punk et la science-fiction plus « conventionnelle » telle que présentée notamment dans Star Trek.

Pourtant toutes ces trouvailles intéressantes sont partiellement gâchées par l’histoire en elle-même. Classique dans sa construction, le tout est rapidement trop prévisible. Malgré sa condition modeste, Jupiter est une sorte de princesse de conte de fées à la cendrillon qui rêve à un prince charmant. Elle agit davantage en tant que demoiselle en détresse et se révèle un personnage féminin trop peu imposant. Dommage puisqu’il aurait été intéressant de donner des caractéristiques plus fortes à l’héroïne qui aurait pu être davantage débrouillarde, ayant grandi dans un milieu modeste. Quant au personnage de Channing Tatum, si on peut apprécier le fait qu’il soit présenté comme une sorte de bête assez solitaire ayant vécu l’exclusion, il ne dégage rien de vraiment transcendant. Cette sorte d’anti prince charmant passe son temps à sauver la demoiselle en détresse à la manière des héros chevaleresques classiques. Quant à l’antagoniste principal surjoué par Eddy Redmayne, il se révèle trop superficiel et exagérément perfide pour être intéressant.   Le conte de fées présenté dans le film de Wachowski est donc au final ce qu’il y a de plus générique, le tout enrobé d’une surenchère d’effets spéciaux bien gras et juteux et des scènes d’action confuses qui minent l’aspect visuel pourtant à la base intéressant du film.

Au final l’Ascension de Jupiter est un film aux trouvailles intéressantes et à l’univers fascinant, mais à l’histoire fade qui plaira à ceux qui cherchent un divertissement sans trop de prises de tête. Ne cherchez pas dans ce film quelque chose de non conventionnel parce que ce n’est pas vraiment ce dont il est sujet. Il vaut cependant le coup d’œil pour son esthétique et certains de ses aspects adjacents au scénario plutôt intéressants.

2.5/5

J’ai aimé

L’esthétique du film

Un univers fort et cohérent et un zeste critique de la société occidentale

Je n’ai pas aimé

Un protagoniste féminin pas assez fort archétype de la demoiselle en détresse

Le scénario, un conte de fées plutôt fade

Des scènes d’action confuses et une surenchère d’effets spéciaux plus ou moins crédible

Cinémanalyse : Nightcrawler, la valse sombre du sensationnalisme télévisuel et du rêve américain

Paru à la fin de l’année 2014 dans les cinémas, le film Nightcrawler, intitulé au Québec dans sa version française, Le Rôdeur et en France, Night Call (un titre anglophone pour traduire le titre d’un film américain? Ces chers Français….), est selon moi l’un des petits bijoux de cette année ou d’excellents crus se sont pourtant démarqués. Il s’agit d’ailleurs de l’un des films qui m’a le plus marqué et avec raison. Tout d’abord pour la qualité du jeu de ces deux acteurs principaux, Jake Gyllenhal et Rene Russo qui offrent certainement leur meilleure performance à vie jusqu’à maintenant et pourtant Jake Gyllenhal offre rarement de mauvaises prestations. Le film tout comme ses comédiens furent d’ailleurs injustement boudés aux Oscars de 2015 pour une raison que j’ignore alors que de nombreux critiques et pas seulement moi les qualifiaient certainement des meilleures performances de l’année 2014 en plus d’offrir un film intelligent, de loin davantage à mon avis que les films en lice pour les Académie Awards sauf peut-être Birdman.

Nightcrawler, c’est à la fois un thriller et une critique pessimiste de la société contemporaine et des médias. L’histoire raconte les mésaventures de Lou Bloom interprété par Jake Gyllenhal, ici très inquiétant dans la peau d’un personnage asociale et sociopathe qui décide de gagner sa vie en filmant des scènes d’accidents et de crimes pour les revendre à des chaines de télévisés américaines. Il attire très rapidement l’attention de Nina, réalisatrice pour une chaine de nouvelles au caractère dégourdi qui tente de faire remonter ses côtes d’écoute en achetant les reportages amateurs de Lou. Au fur et à mesure que le film avance, Lou Bloom fait preuve de plus en plus d’audace en s’arrangeant pour devenir le reporter privilégié de la chaine. Il va même jusqu’à filmer des scènes de crime avant que les autorités n’arrivent et n’hésite pas à sacrifier la vie de ses partenaires tout en tentant d’obtenir des avances de la part de Nina qu’il fait chanter. Réciproquement, la réalisatrice le pousse toujours à aller plus loin, obsédée à l’idée d’obtenir plus de cotes d’écoute.

La première chose à noter de NightCrawler est son exploration des méandres les plus sombres et pessimistes de l’univers médiatique américain et plus généralement occidental tout en présentant un univers glauque et froid. L’action se situe dans la ville de Los Angeles et avec raison. La ville représente sans doute le contraste le plus flagrant des États-Unis. Los Angeles c’est d’une part la ville du rêve et du divertissement, centre névralgique de l’industrie médiatique représentée par Hollywood, dont on voit à de nombreuses reprises son célèbre panneau dans des plans larges, mais aussi par ses quartiers riches dont Beverly Hills. C’est aussi une ville industrielle, réputée pour ses banlieues malfamées et sa violence. Le fantasme hollywoodien est d’ailleurs rapidement étouffé par l’univers sombre de la jungle urbaine de Los Angeles, la violence et tous les personnages inquiétants qui y rôdent dont le protagoniste principal. Pourtant le rêve américain est persistant.

La face sombre du rêve américain

C’est dans ce contexte qu’entre en jeu, le protagoniste de Lou Bloom. Crapuleux et surtout asocial, le film tend à montrer au début que son incapacité à saisir les relations humaines. Il est tout bonnement présenté comme un raté, sans doute dérangé mentalement. À la recherche d’un moyen de faire de l’argent, il n’hésite pas à commettre des larcins pour survivre. Se cherchant du travail, on le prend rarement en compte. Une scène donne ainsi le ton au paradoxe américain. Alors qu’il vient de vendre du matériel volé à petit prix au directeur d’un chantier de construction et lui présente sa candidature pour un emploi, celui-ci refuse affirment qu’il refuse de travailler avec des voleurs. Paradoxe, comme si la moralité était volatile. D’un côté les larcins de Bloom permettent d’approvisionner des entrepreneurs qui d’un autre côté se donnent bonne conscience en refusant de travailler avec lui en raison de ses activités douteuses.   Le directeur de ce chantier incarne sans doute le citoyen lambda, celui qui adhère à la moralité quand elle l’arrange. Ce paradoxe sera exposé plus tard plus explicitement. C’est cependant un accident dans tous les sens du terme qui amène Bloom à se lancer dans sa nouvelle activité. En effet, tombant sur un carambolage, il rencontre un vidéaste amateur incarné par Bill Paxton qui filme des accidents de la manière la plus sensationnaliste possible. Léo Bloom décide lui aussi en achetant au rabais une caméra à exercer cette activité et obtient rapidement du succès grâce à l’attention qu’il obtient de la réalisatrice Nina. En éliminant ses rivales au passage et en sabotant leur équipement il parvient peu à peu à améliorer sa situation en obtenant du meilleur matériel et des sommes de plus en plus faramineuses pour ses reportages. Nina est bien consciente de l’amoralité du protagoniste, mais malgré le chantage qu’elle subit de sa part qui se traduit par des avances sexuelles et l’augmentation du budget attribué à Bloom en échange de ses reportages, elle cède, obsédée elle-même par ce succès que le crapuleux reporter indépendant apporte à la chaine télévision déclinante, mais aussi sans doute par ambition. La moralité est ainsi un instrument pour se donner conscience et pour normaliser les relations entre individus. On comprend qu’au fur et à mesure que le succès de Bloom grimpe elle se dissipe peu à peu et c’est sans doute ultimement le manque de moralité du protagoniste qui lui permet de s’enrichir et de faire grimper son entreprise, celui-ci ne faisant preuve d’aucun scrupule. Bloom lui-même s’arrange parfois subtilement pour mettre en scène indirectement des accidents et des meurtres, étant l’investigateur d’une mise en scène qui le mène au succès au détriment de ses alliés.

Conclusion : la désinformation glorieuse et pessimiste du sensationnalisme

Ce film illustre toute l’hypocrisie médiatique, des médias prêts à faire n’importe quoi pour obtenir du sensationnel quitte à collaborer avec les pires crapules et à faire preuve de désinformation, simplement pour attirer l’œil du public lambda prêt à se gaver d’insécurité et d’image d’horreurs pour satisfaire son besoin d’excitation. Est-ce que le film est une mise en garde contre ce genre de pratique? Peut-être, mais il n’en demeure pas moins qu’en le regardant on en sort troublé. Non seulement en raison de ses deux protagonistes, inquiétants et opportunistes, mais aussi parce qu’il prend le pari de présenter une vision ouvertement pessimiste de l’homme ambitieux vu comme un rapace. Et si justement, le personnage de Lou Bloom n’était-il pas une représentation outrancière de ces grands hommes de pouvoir qui n’ont pas hésité à faire fi de toute considération intègre à l’égard de ceux qu’ils ont croisés pour se hisser au sommet à l’image d’un Jordan Belfort, d’un Joseph Staline et d’un Al Capone? Il donnera cependant peut-être le goût à ceux qui le visionnent de se méfier, de rester critique face à ce que les grands médias présentent comme information et de ne pas se laisser emporter la valse sombre du sensationnalisme télévisuel.

Cinémanalyse: introduction d’une nouvelle rubrique.

Occasionnellement, il m’arrivera de faire des analyses de film dans une rubrique que j’ai nommé Cinémanalyse. Le but étant de faire partager aux lecteurs des œuvres qui m’ont marqués sur le plan cinématographique. Il ne sera pas ici question d’en faire la critique comme mes habituelles rubriques de cinéma, mais plutôt d’analyser le propos d’un film, donc attention je risque de spoiler. D’ailleurs les œuvres que je choisirai pour cette chronique m’ont inévitablement marqué. Oubliez donc tout de suite une analyse de 50 Nuances de Grey; ça n’arrivera pas en raison de ce que je considère être de l’insignifiance cinématographique, bien qu’il puisse m’arriver d’explorer certains nanars, mais il faut à la base que ces films m’aient amusée ou dégoûtée au point qu’ils aient marqué ma conscience même si je les ai trouvés fondamentalement mauvais. C’est par exemple le cas d’un classique du mauvais goût comme The Room, voir de la série Twilight dont je pourrais bien faire l’analyse prochainement.

Au service du Fun

Kingsman : The Secret Services adapté du roman graphique The Secret Services est sorti le même jour que le mièvre 50 Shades of Grey et on ne peut pas dire que j’ai été déçu. J’ose espérer qu’il lui fera un peu d’ombre. Au premier abord, les bandes-annonces ne m’avaient pas beaucoup convaincu. J’anticipais encore un autre film pour adolescents dans lequel un jeune se transforme soudainement en super espion et sauve le monde jusqu’à ce que j’apprenne que Colin Firth et Samuel L. Jackson, deux acteurs que j’adore y jouent et surtout que Matthew Vaughn soit à la barre de ce long métrage. Mes attentes avaient dès lors augmenté de plusieurs crans et finalement on ne peut pas dire que j’aie été déçu. Au contraire, j’en redemandais et j’en redemande encore.

Le scénario parait plutôt simpliste; un espion vétéran joué par Colin Firth, plus classe que jamais, officiant dans une agence indépendante prend sous son aile un jeune bum de Londres, petite crapule baveuse au bon coeur qui s’avère être le fils d’un ancien agent décédé au combat plusieurs années avant la trame principale du film. Le protagoniste Eggsy incarné Taron Egerton a tout de l’antihéros et sa vie est bordélique, misérable, vivant avec sa mère au comportement autodestructeur depuis la mort de son conjoint et un beau père violent. Le héros à en devenir admire même l’antagoniste joué par Samuel L. Jackson. L’acteur américain est d’ailleurs tordant dans le rôle d’un milliardaire environnementaliste extrémiste qui veut régler le problème de la surpopulation mondiale, mais qui a peur du sang, voir même de tuer ses victimes lui-même. On reprend ici le schéma classique du héros tel que vu dans de nombreuses œuvres tels que les Star Wars, Harry Potter et autres Matrix avec en plus un caméo des plus amusants de Mark Hamill dans un contre-emploi. Pourtant on y embarque rapidement puisque le sujet est amené avec une telle légèreté et inclut de nombreuses références populaires. On s’attache aux personnages principaux tant du côté des protagonistes que des antagonistes et les scènes d’action s’avèrent nerveuses et jouissives à fond. Pourtant, le film n’est pas exempt de défauts et le rival tout autant que la collègue féminine des héros eux aussi apprentis-espions paraissent plutôt fades à côté de ces personnages hauts en couleur. Qui plus est, le changement d’Eggsy parait plutôt soudain et rapide, passant trop rapidement vers la fin, du petit voyou au super espion classe et flegmatique. On aurait peut-être souhaité que le personnage garde davantage de ce côté vulgaire, de ce manque de classe contrastant avec le mentor joué par Colin Firth.

Malgré ces petits défauts, Kingsman : The Secret Services demeure un divertissement dans ce qu’il y a de plus efficace, une œuvre à la fois décomplexée et maitrisée qui se moque des codes du genre et qui plaira tant au grand public qu’au cinéphile exigeant qui ne veut pas se casser la tête. Il s’agit d’un film qui fait du bien, qui se met au service du « fun ».

Note : 3,5/5

J’ai aimé 

Les scènes d’action nerveuses, jouissives et décomplexées

L’antagoniste joué par Samuel L. Jackson

Le mentor joué par Colin Firth et son protégé incarné par le rafraichissant Taron Egerton

Un film qui fait du bien en se jouant des codes du genre action/espionnage

Je n’ai pas aimé

Le changement de personnalité trop brusque du protagoniste vers la fin

Le personnage du rival et de la collègue apprentie espionne

American Sniper: American Army Bless Clint Eastwood and Bradley Cooper

Nominé dans de nombreuses catégories aux Oscars de 2015 et étant actuellement un beau gros succès dans les salles de cinéma, American Sniper réalisé par Clint Eastwood et mettant en vedette Bradley Cooper est un film de guerre typiquement américain mettant en scène les grandes valeurs patriotiques de la superpuissance symbolisée par son aigle à tête planche et qui fait sans sauter de joie la mascotte par excellence de la propagande de guerre américaine l’oncle Sam.

Ce biopic de Chris Kyle, sniper le plus meurtrier de l’histoire des États-Unis ayant tué plus de 160 individus se présente comme un film de guerre efficace. La mise en scène est grandiose et on se sent rapidement prendre par l’action de ce long métrage qui vante les valeurs de l’armée américaine ainsi que du sacrifice et de la foi. D’amblé le protagoniste excellemment interprété par Bradley Cooper est l’américain typique. Texan pieux et fervent de dieu rêvant de devenir un cowboy avant de s’engager dans les Navy Seals et devenir le tireur d’élite redoutable, Kyle semble avoir une sorte de don pour le tir à la carabine et cela est présenté dès le début. Chris Kyle s’est le soldat d’élite par excellente, le héros au sang froid qui aime profondément son pays et ses valeurs, qui est aussi attaché à l’armée qu’il ne l’est à sa famille. Malgré le fait que le film présente les conséquences du symptôme du stress post-traumatique que subit le héros ainsi que la problématique liée au fait qu’il passe plus de temps sur le front qu’avec sa femme et ses enfants, ces aspects du film sont trop sous-adjacents à l’action présentée dans les scènes de guerre qui offrent sans contredit un excellent divertissement. C’est dommage parce qu’on aurait aimé que les séquelles subies par Chris Kyle en raison de la guerre soient abordées avec davantage de profondeur au lieu de quelques petites scènes périodiques à laquelle l’action de la guerre au Moyen-Orient fait de l’ombre.

On a parfois vu selon moi à tort, le long-métrage comme une sorte de Western se déroulant dans le cadre de la guerre au Moyen-Orient. Je le verrais plutôt comme un film de superhéros se déroulant durant une guerre contemporaine, Chris Kyle devenant une sorte de Capitaine America réaliste. D’ailleurs très rapidement, celui-ci aura à faire face à un tireur d’élite islamiste de son calibre surnommé en français le boucher faisant office de némésis et que le soldat sera obsédé à abattre afin de sauver son unité régulièrement mise en déroute par son ennemi juré, mais aussi au nom de l’Amérique.

American Sniper ressemble ainsi à une longue publicité de 2h10 pour l’Armée américaine. Avec la menace que représentent l’État islamique et le terrorisme islamiste en Occident, l’armée américaine doit être fier du réalisateur Clint Eastwood, mais aussi de l’interprète principal du film Bradley Cooper qui fait de Chris Kyle un combattant plus grand que nature. Pourtant, sans être le meilleur film de Clint Eastwood , American Sniper est sans doute l’un de ses plus accessibles et un plutôt bon film de guerre qui souffre cependant d’un excès de patriotisme guimauve.

3/5

J’ai aimé

La performance de Bradley Cooper

La reconstitution de la guerre au Moyen-Orient et les scènes d’action grandiose qu’elle apporte

Je n’ai pas aimé

Une surdose de patriotisme américain

La problématique du stress post-traumatique du protagoniste principal pas assez explorée