Archives de catégorie : Politique

Charlie un an plus tard….

 

« Je suis contre ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire .» Voltaire

J’ai écrit ce texte dans le doute et dans le pessimisme. Au lendemain des attentats de Charlie Hebdo, on aurait pu croire que l’Occident réaliserait l’importance de la lutte contre les extrémistes tout comme celle pour la liberté d’expression qui nous est si précieuse. Un an plus tard, force est de constater que ce mouvement d’unisson d’un grand nombre de citoyens derrière le slogan « Je suis Charlie » ne fut qu’une tendance éphémère et que la liberté d’expression semble toujours difficile à mettre en pratique.

Depuis ces attentats, j’ai aussi observé des situations concernant des individus qui le 7 janvier se faisaient chantre de la liberté d’expression, mais qui dans les faits n’ont su appliquer ces principes. J’ai ainsi pu côtoyer des militants d’extrême gauche supposément antifascistes, souvent des anarchistes d’ailleurs, qui ne se gênaient pas pour censurer ceux qui osaient remettre leur idéologie en question après leur avoir lancé des insultes. L’un d’eux très impliqué dans le mouvement de grève de 2015 allait même jusqu’à calomnier les critiques en question ou de simples journalistes qui s’informaient sur le mouvement en tentant de les museler. Je ne blâme pas ici l’extrême gauche, mais simplement une poignée d’individus s’y réclamant. De manière beaucoup plus troublante, cependant, j’ai vu cette censure de la part de rédacteurs en chef d’un hebdomadaire étudiant qui muselaient ceux qui les critiquaient avec des faits empiriques et démontrables alors qu’eux se permettaient allègrement de critiquer et de blâmer leur bénévole tout en cédant aux complaintes de certains individus particulièrement militants. J’ai subit cette censure de la part du rédacteurs en chef d’impact Campus et de la Chef de pupitre aux actualités du journal devenue elle-même rédactrice en chef de l’hebdomadaire étudiant plus tard en 2015.  Bien entendu, les cas que j’ai mentionnés et plusieurs autres individus liés à diverses idéologies se disaient Charlie à la suite des attentats du 7 janvier. Simplement, ils n’ont été Charlie que quand ça leur arrangeait. Les deux cas que j’ai décrits constituaient l’exemple radical de cette contradiction.

2015 fut ainsi une année où le doute quant à la liberté de s’exprimer fut plus que jamais présent et les attentats de Paris. Rappelons-nous à ce sujet l’hécatombe liée à la blague douteuse de Jean-François Mercier sur les femmes habillées en petite tenue dans des clubs et les Éthiopiens. Rappelons-nous aussi l’émergence de la loi 59 qui condamne les discours haineux sans définir ce qui est considéré comme « haineux », ce qui rend la loi plutôt risquée puisque désormais toute critique des groupes religieux ou même simplement minoritaire pourrait être potentiellement considérée comme haineuse. Il faudra donc marcher sur des œufs.

Je crois certes, qu’il y a des limites à la liberté d’expression dont la diffamation et qu’on ne doit idéalement pas en abuser pour insulter à tout vent ceux qui expriment des idées contrairement aux nôtres. Il y a un an après ces attentats lorsque j’avais d’ailleurs écrit : « La liberté d’expression je l’aime, je crois qu’on l’aime tous, mais au final je crois qu’on doit la défendre, mais y faire attention pour pas qu’elle déborde, qu’on se croit tout permis avec ». Malgré cela, je crois qu’on doit lutter face à ceux qui la menacent. Avec ce fameux slogan, « Je suis Charlie », il apparait que cette notion de liberté est devenue pour plusieurs une simple étiquette pour se donner bonne conscience. En ce début d’année, je réalise pourtant que j’ai mal à cette liberté qui pourrait pourtant se porter mieux. Finalement, à tous ceux qui bafouent cette liberté tout en se réclamant d’elle quand ça vous arrange en tentant de museler ceux qui ont des idées divergentes aux vôtres ou vous émettent des critiques, vous faites honte à tous ceux qui se battent quotidiennement pour elle que ce soit en Occident ou ailleurs. La liberté d’expression n’a pas à être à géométrie variable au gré de votre susceptibilité ou de votre volonté d’avoir votre  « safe space ».

Sur ce je conclus par cette citation de Nelson Mandela qui bien que je crois à la liberté d’expression n’est pas absolue, s’applique souvent très bien à celle-ci. : “Un homme qui prive un autre homme de sa liberté est [notamment] prisonnier de l’étroitesse d’esprit.”

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Les incertitudes de la loi 59

Actuellement, la loi 59 fait couler beaucoup d’encre. La loi octroie de nouveaux pouvoirs d’enquête de la Commission des droits de la personne tout en tentant de protéger les citoyens particulièrement ceux d’un groupe inscrit à l’article 10 de la Charte des droits de la personne lorsque cela concerne notamment les incitations à la violence et les discours haineux[1].

La critique principale selon moi est principalement liée la question du discours haineux. Qu’est-ce qu’un discours haineux selon cette loi? Il est là le litige et ce sera à la Commission puis au Tribunal des droits de la personne de statuer. Le rapport de la commission se penchera entre autres sur le nombre de dénonciations reçues et le nombre d’enquêtes tenues sur le sujet à plainte, mais cela ne répond pas plus à ce que l’on peut considérer comme haineux par rapport à ce qui ne l’est pas. Je sais par expérience que la définition de « haineux » est souvent variable d’un individu à l’autre et dépend bien souvent de la susceptibilité de la personne. Certains peuvent considérer toute forme de critique négative à leur égard ou à l’égard de leur communauté comme une offense haineuse. Par ailleurs la haine est une notion encore débattue d’un point de vue juridique, social et philosophique.

La loi 59 ferait donc-t-elle selon la logique de la chose du cas par cas? Ça donnerait donc des pouvoirs particuliers à des gens dogmatiques face aux critiques? Un imam radical qui prêche la Charia aurait-il gain de cause contre l’organisation Québec contre la Charia par exemple? L’ironie de la chose c’est que l’on a à se questionner ce qui se passera si par exemple un membre de la communauté LGBT décide de dénoncer le même imam pour un discours qu’il juge haineux. Est-ce face à ce genre de cas que le gouvernement de Philippe Couillard faisait référence dans sa lutte contre la radicalisation? Il pourrait donc y avoir possiblement confrontation entre deux types de groupes qui sont protégés par la Charte des droits et libertés[2]. En ce sens la Loi 59 pourrait bien contribuer à la division alors qu’elle vise pourtant à assurer une certaine cohésion et un respect au sein de la société québécoise. Elle ne pourrait qu’engendrer des litiges, principalement sur le plan juridique au sein de diverses communautés qui cohabitent au Québec. Elle pourrait aussi affecter notablement la question même de la liberté d’expression et de la critique face à des sujets plus tabous comme la question des genres, de la sexualité et surtout de la religion.

La loi 59 apparait beaucoup trop incertaine actuellement pour s’avérer un outil efficace pour lutter contre la radicalisation et pour contribuer à renforcer la cohésion au sein de notre société. Le fait qu’elle ajoute de nouveaux pouvoirs discrétionnaires au Tribunal des droits de la personne et dans une certaine mesure à la Commission des droits de la personne, qui a désormais plus que jamais un rôle d’enquêteur, a de quoi inquiéter les tenants de la liberté d’expression.

[1] Voir la Charte des droits et libertés de la personne (http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=/C_12/C12.HTM)

[2] Ibid.

Cinémanalyse : Die Welle (La Vague)

Le cinéma allemand a produit des œuvres à la fois politique, dramatique et intelligente que l’on pense à Goodbye Lénine où La part de l’autre pour ne nommer qu’eux. On pourrait aussi citer Michael Haneke dont le cinéma très politique et souvent critiqué pour sa froideur est régulièrement porteur de messages. Il faut dire que l’Allemagne a un passé assez trouble et que le spectre des dictatures passées que l’on pense au régime nazi où le communisme présent en Allemagne de l’Est. Cette histoire a ainsi influencé la société allemande dans son entier et l’amène régulièrement à se remettre en question. Pourtant certains notamment les jeunes qui n’ont pas connu la réunification allemande du tournant des années 1990 peuvent croire qu’il s’agit d’un passé révolu. Ce phénomène n’est sans doute pas unique à l’Allemagne, mais à l’Occident en entier. En 2008, le cinéaste allemand Dennis Gransel s’y penche en réalisant Die Welle (La Vague).

Basé sur une expérience menée par le professeur américain Don Jones en 1967 dans le but de tester sur des élèves de secondaire de Palo Alto les conditions propres à la formation d’un régime autoritaire, le film relate l’histoire de Rainer Wenger, un professeur d’histoire chargé de donner un cours sur l’autoritarisme à ses étudiants. Afin de donner de la couleur à son cours et puisque ses élèves semblent résolument croire que l’autoritarisme est du passé, l’enseignant monte un mouvement dont il est désigné en tant que chef et se met à recréer les conditions propres à un régime autoritaire avec notamment un code vestimentaire et un symbole fort en l’occurrence la vague. Très rapidement cependant, l’expérience va trop loin et finit par totalement déraper. Ayant reçu des critiques mitigés à sa sortie et vu par ses détracteurs comme trop exagérés voir démagogique, le film qui a atteint un statut d’œuvre quasi culte est désormais régulièrement utilisé à l’école et avec raison. De plus s’attarder à cette œuvre dans le cadre du printemps 2015 a toute sa pertinence puisque l’on réalise qu’au-delà de son aspect dramatique, le film parvient à pousser une réflexion pertinente sur notre société actuelle.

Afin d’entamer cette analyse il est pertinent d’introduire les propos d’une des personnages qui dit : « Dans le monde actuel, contre quoi tu veux qu’on se rebelle, y a plus de vrais valeurs de toute façon. Tout le monde pense qu’à une seule chose, son petit nombril. Ce qui manque à notre génération, tu sais ce que c’est? Un truc fédérateur, un truc qui puisse nous rassembler ». La jeunesse du film parait désillusionnée et individualiste et certains en sont parfaitement conscients alors ils recherchent du plaisir dans les fêtes, les drogues et la boisson. On notera d’ailleurs que les propos en question se déroulent justement lors d’un party.

Pourtant, les personnages sont à peu près tous de jeunes, plus ou moins conscientisés. Leur esprit et leur sens critique n’apparaissent pas totalement développés et le professeur, Wenger lui-même, n’est pas sans défaut. C’est un pédagogue aux méthodes peu orthodoxes vivant avec une conjointe elle-même enseignante ayant visiblement plus de diplômes que lui et duquel il ressent une certaine envie. Au sein de cette expérience, Wenger trouvera rapidement une certaine fierté à être adulé par ses élèves qui en feront un véritable culte de la personnalité. En construisant son jeu, Wenger y prend lui-même part un peu trop et sa vie personnelle commence à en prendre un coup. On comprend aussi que quasi tous les personnages représentent en quelque sorte des acteurs de cette microsociété que constitue La Vague.

Le personnage de Tim est celui qui embarque le plus dans le jeu. Il s’agit d’un étudiant tourmenté, rejeté ou du moins ignoré par ses pairs qui n’a que peu de relations sociales. Au début du film la seule raison pour laquelle les gens lui adressent une considération, c’est en raison de sa capacité à trouver de la drogue qu’il donne gratuitement dans l’espoir d’avoir des amis. Il est malheureux et cherche sa place. Il cherche désespérément à être l’ami de la bande à Kevin, un enfant de riche insolant et peu discipliné que les jeunes fréquentent visiblement plus pour son argent que pour sa personnalité. La Vague donnera à Tim une raison d’être, un idéal. Pour une fois, Tim se sent apprécié à tels points que celui-ci se procure un pistolet, se fait le protecteur autoproclamé de son enseignant et n’accepte pas à la fin du long métrage pas le dénouement d’un jeu qui était devenu sa raison d’être et lui avait permis de mettre de côté sa condition de paria de la classe.

Un peu, dans une catégorie similaire notons le personnage de Marco. Fils d’une mère peu présente et dévergondée, il s’agit d’un jeune discipliné faisant partie de l’équipe de Waterpolo de son école, qui rêve de stabilité et qui trouve du réconfort chez sa petite amie Karo et la famille de celle-ci chez qui il passe beaucoup de temps. La Vague lui donnera une nouvelle raison d’être, contrairement à sa copine Karo, dissidente du mouvement. Le personnage de Karo considérée à tort ou à raison comme l’héroïne du film est marqué par un égocentrisme quasi exacerbé. En effet, c’est elle qui mène le couple constitué d’elle et de Marco, qu’elle incite même à aller étudier à Barcelone avec elle. De plus, les raisons qui l’a poussent à quitter le mouvement sont purement personnelles, voir nombrilistes. Tout d’abord, lorsque la classe cherche à se trouver un nom, le sien n’est pas choisi. De plus elle n’aime pas l’uniforme constitué d’une chemise blanche que les élèves décident de porter. Elle entrera dès lors en résistance en contre le mouvement en montant des tracts qu’elle cherchera à distribuer. Elle représente sans doute tous ceux qui sont rentrés en résistance dans les mouvements luttant contre les régimes autoritaires, lorsque ceux-ci les ont affectés de manière personnelle. Sa quête tout le long du film sera dès lors de mettre fin à la Vague, qui l’éloigne d’ailleurs de son copain. Il est aussi à noter que c’est lorsqu’elle et Marco se frapperont que Marco décidera lui-même de se dissocier du mouvement. Lui aussi devient un résistant lorsqu’il réalise le mal que lui fait la Vague qui désagrège son couple.

Il y a un second personnage de résistant sur lequel il est intéressant de s’attarder notamment dans le contexte actuel particulièrement au Québec et c’est celui de Mona. Elle est fortement à gauche dans ses convictions et son allure vestimentaire (elle porte des dreadlocks et on la voit avec un foulard kéfié que les militants de gauche arborent régulièrement). Elle s’oppose à mondialisation capitaliste et est totalement contre le nationalisme et ce, malgré le fait qu’elle comprenne la nécessité de l’histoire nationale, sans doute plus que les autres élèves au début du film. On l’entend ainsi dire : « Pendant la dernière coupe du monde de football on a bien vu comment tous ces drapeaux allemands s’affichaient partout, c’était de la folie ». Elle est d’ailleurs fière de son individualité et représente en quelque sorte un archétype, celui d’une certaine gauche altermondialiste se prétendant « inclusive ». Pourtant le personnage n’est pas exempt de défauts et lorsqu’elle forme « la résistance » elle est prête à créer une fausse nouvelle sensationnaliste afin de lever la grogne contre la Vague. Critiquant la vague, elle n’est donc nullement mieux que ses adhérents puisqu’elle est prête à tout pour arriver à ses fins. C’est l’archétype d’une gauche résolument bienpensante et parfois malhonnête qui pourrait elle-même tout à fait tomber dans l’autoritarisme.

On appréciera ainsi que le film ne présente pas de véritable héros. Tous les personnages se démarquent par leur humanité et personne n’est au-dessus des autres, qu’on les aime ou qu’on les déteste. Le film nous rappelle pourtant qu’il est facile de sombrer dans une forme de dictature et les réseaux sociaux l’ont démontré à de nombreuses reprises. Qui débat le moindrement de politique a peut-être vécu l’exclusion et le rejet de certains de ses pairs. On peut aussi noter que dans le cadre du printemps 2015 et ce fut aussi le cas en 2012, nous avons vu de nombreux simulacres de démocratie qui cachaient une réalité beaucoup plus sombre souvent menée par des idéologues des deux côtés du conflit qui parvenaient à mener une clique pour arriver à leur fin. Le film a d’ailleurs la capacité de vulgariser amplement bien le sujet, de le mettre d’actualité et rappeler que les jeunes générations ne sont pas à l’abri de l’autoritarisme et du zèle lié au fait de faire partie d’un groupe, d’avoir une cause. Pourrait-on d’ailleurs expliquer comme telles les actions de certains casseurs, voir aussi l’acharnement de membres de forces de l’ordre contre des manifestants? La force de ce film est surtout de nous rappeler qu’une connaissance de l’histoire ne suffit pas à elle seule à éviter de répéter le passé et nous apporte des questions sur le comment, comment éviter que le totalitarisme se répète. Est-ce qu’une bonne éducation civique suffit-elle aussi à éviter de sombrer dans l’exaltation idéologique et autoritaire? Ces questions demeurent et doivent constamment être posées.

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Fascisme, ce mot plus que jamais galvaudé que l’on utilise désormais à toutes les sauces.

Ce n’est pas une nouvelle tendance au Québec, mais il faut croire qu’elle est revenue plus que jamais à la mode chez certains bien-pensants. Désormais, les accusations de fascisme sont devenues une tendance et le terme sert désormais à disqualifier tout mouvement ou parti qui auraient le malheur de remettre en question la diversité culturelle, de critiquer une religion ou de s’inquiéter de son progrès dans une société séculière. Le fascisme sert aussi de prétexte pour qualifier toute manifestation la moindrement rigide d’autorité. En entretien avec l’Action Antifasciste MTL, j’ai eu l’occasion de discuter avec un mouvement qui embarque un peu plus explicitement dans cette tendance que les autres. Je dois dire que le simple fait de leur demander ce qu’était le fascisme ne m’a pas valu de réponse vraiment précise. Ils m’ont demandé d’abord d’aller chercher dans un dictionnaire et de lire sur le sujet, mais ne répondant pas à ma question, ce que je ne me suis pas gêné de leur faire remarquer, ils se sont mis à me nommer des organisations comme la Fédération des Québécois de souche et PEGIDA.

Posons-nous sur les deux organisations pour comprendre de quoi s’agit-il. PEGIDA est une organisation allemande opposée à l’islamisation de l’Europe. En Allemagne où son combat politique est principalement centré, elle cherche à lutter pour restreindre l’immigration, particulièrement les musulmans dont elle craint l’avancée. On peut accorder à PEGIDA d’avoir des visées discriminatoires, mais celles-ci ne se jouent qu’essentiellement sur un plan, celui de l’immigration, et ça ne va pas vraiment plus loin, bien que l’organisation cherche à se politiser davantage en amenant ses partisans à faire de la politique active. Pour ce qui est de la Fédération des Québécois de souche, il s’agit d’un groupuscule nationaliste qui fait la promotion de la défense identitaire du peuple québécois francophone de souche catholique et qui craint que l’immigration ne tue à petit feu le peuple québécois. Il n’a pas de revendication réellement précise si ce n’est de manifester bruyamment sur internet sa conception du nationalisme québécois. Ces deux mouvements ne se rapprochent pas réellement du fascisme si ce n’est par leur composante nationaliste exclusive ou leur opposition à l’immigration telle que pratiquée en Allemagne et au Québec actuellement. Le fascisme c’est cependant beaucoup plus que de la xénophobie ou une simple tendance d’opposition à l’immigration.

Le fascisme représente une réalité politique, économique et sociale tangible. C’est plus qu’une simple idéologie, c’est littéralement un système politique qui a fait sa marque dans l’histoire. Le fascisme, dont on ne niera pas les composantes autoritaires et peu démocratiques, intègre aussi le corporatisme via un encadrement concret des entreprises même privées sur lequel le gouvernement exerce souvent un contrôle assez direct. Le fascisme se caractérise aussi par une présence influente et généralement concrète de l’Église ou de l’élite religieuse qui prend souvent part directement aux décisions étatiques. Le fascisme peut avoir théoriquement certaines composantes démocratiques, mais c’est le plus souvent un parti à lui seul ou une clique d’individus qui dominent l’État et s’arrangent pour taire l’opposition. Rendu-là, il devient assez difficile d’intégrer PEGIDA et la Fédération des Québécois de souche dans le prisme de cette idéologie sans tomber dans l’accusation fallacieuse et à peu près tous les partis politiques du Québec, posséderaient une composante fasciste, de Québec Solidaire au Parti Libéral.

Le problème c’est que vu ce qu’il représente, on ne peut pas utiliser le fascisme à toutes les sauces et il y a des mots mieux adaptés qui s’appliquent aux organisations comme PEGIDA et la Fédération des Québécois de souche. Dire de la première que ses partisans sont islamophobes ne manque souvent pas d’exactitude tout comme dire que la seconde prône un nationalisme plutôt fermé. À cela des organisations comme l’Action antifasciste MTL répondront que ces mouvements sont cryptofascistes, ce qui signifie qu’ils ont un agenda caché fasciste. Il est facile d’utiliser le terme « crypto » pour établir une quelconque théorie d’agenda caché, mais il est moins aisé de le prouver et il faut donc faire preuve de prudence face à certains mots.

À cela j’émettrais l’hypothèse que l’utilisation du mot fascisme dans le langage populaire est relié à un certain manque d’éducation historique comme si plusieurs avaient oubliés la réalité représentée ne comprenant pas toute l’ampleur d’une telle idéologie et je me surprends moi-même à voir des universitaires dans le domaine des sciences sociales l’utiliser à tout vent lorsque quelqu’un manifeste une pensée politique différente de la leur. Je pourrais aussi le relier au fait que ce mot redevient tendance comme si nous préférions suivre le langage à la mode plutôt que d’en mesurer le poids. Il est pourtant important de se dire que certains mots s’utilisent moins aisément que d’autres. Il faut donc se méfier de ce mot fascisme et même lorsqu’il est utilisé comme insulte, ce qui est très souvent le cas, ce n’est pas un terme que l’on devrait se permettre de galvauder au gout du jour. Je ne parle pas ici d’utiliser la langue de bois, je parle d’utiliser le mot fascisme selon sa réelle signification.

Plaidoyer pour une réglementation du droit de grève et de la démocratie étudiante.

La première semaine dans le cadre du printemps 2015 qui vient d’être entamé a été forte en évènements. Déjà de nombreux étudiants sont en grève faisant la joie de l’ASSÉ et tous ceux qui soutiennent qu’il s’agit d’un moyen de pression non négligeable pour lutter contre les politiques d’austérité du gouvernement Couillard. Le mouvement de grève provoque aussi le malheur de tous ceux qui s’opposent à la grève étudiante cette année, la Fondation 1625 la première. Que dire à la base du mouvement étudiant printemps 2015? Il s’agit d’un mouvement de grève sociale qui croit que les politiques du gouvernement Couillard aura une grande dette sociale et écologique comme me l’a affirmé la porte-parole de l’ASSÉ Camille Godbout dans un entretien. Sur le plan éducationnel, l’Université Laval a d’ailleurs amorcé des coupes de 42 millions qui affecteront ses programmes et nuiront à l’emploi des chargés de cours. Ces coupes affecteront aussi le personnel de l’université, dont les commis de bibliothèques. Les revendications du printemps 2015 vont plus loin que la hausse des frais de scolarité à l’origine de la crise étudiante de 2012. C’est directement la qualité de l’éducation supérieure qui est affectée cette fois-ci

Je ne cacherai pas que je crois que les étudiants se doivent d’avoir des moyens qui fassent réellement pression et dans cette optique, le droit de grève étudiante a toute sa pertinence. Pourtant, il y a un énorme flou juridique sur la question. Du côté de l’ASSÉ, on croit que selon une convention, le droit de grève existe de facto et qu’il n’y a pas lieu à le remettre en question, ni même à tenter de l’encadrer. C’est là qu’entre en scène la Fondation 1625 fondée des suites de la crise étudiante de 2012. Son origine est liée aux revendications au moyen d’injonctions devant les tribunaux de la part de certains étudiants ne reconnaissant pas la grève étudiante ni même la démocratie étudiante, le premier étant Laurent Proulx. La Fondation 1625 est catégorique sur le sujet; le droit de grève octroyé aux étudiants, c’est non, peu importe qu’il soit encadré ou pas. En entretien, Miguaël Bergeron m’a affirmé que la grève ne pouvait pas être permise aux étudiants puisque ce sont les utilisateurs payeurs des services octroyés par les institutions éducationnelles. La grève selon eux ne devrait s’appliquer qu’aux travailleurs syndiqués qui négocient leurs conventions collectives avec leurs employeurs. La position de la Fondation 1625 va encore plus loin puisqu’elle conteste le pouvoir des associations étudiantes qui ont un mandat de représentativité sur les élèves et ont un pouvoir particulier. La position de la Fondation 1625 remet d’ailleurs en question la notion même de démocratie étudiante.

On peut comprendre aisément ce positionnement. La notion de démocratie étudiante n’est pas ce qu’il y a de plus « stable ». La plupart du temps, déterminée par des chartes cette démocratie varie d’une association à l’autre souvent dépendamment des exécutifs. Rien n’est véritablement encadré et ses défenseurs diront qu’ils se fient à la bonne foi des étudiants. C’est en quelque sorte le positionnement de l’ASSÉ bien qu’elle défende officiellement une démocratie plus participative et directe que certains de ses membres vont jusqu’à souhaiter pour l’ensemble de la société. Bien entendu, cela donne lieu à des altérations importantes lors de certains votes et parfois ces démocraties suivent l’intérêt de ceux qui la mènent et qui l’instrumentaliseront à leur volonté. Par exemple, lorsqu’un référendum en faveur de la grève s’avère négatif, on s’arrange pour qu’un autre vote ait lieu quelques jours plus tard selon une quelconque disposition de la charte parfois plus ou moins suivie par ses initiateurs à un moment où les « antigrèves » ne seront pas particulièrement portées à se présenter. Cependant, je peux aussi mentionner les associations dont l’exécutif est antigrève et qui malgré des pétitions représentants un pourcentage non négligeable d’étudiants prêt à tenir une assemblée générale de grève, n’en ont tout simplement pas tenue. En fait, il y a à se demander quelles démocraties étudiantes? Et là-dessus la Fondation 1625 et l’ASSÉ restent campés sur leurs positions.

La question de la démocratie étudiante est essentielle puisqu’avec les nombreux flous la concernant, elle se pose ironiquement comme un guide de la problématique concernant le droit de grève étudiant qui mériterait pourtant d’être reconnu comme un moyen de pression à la fois exceptionnel, mais non négligeable. Les institutions d’enseignements supérieurs ne sont pas de simples entreprises donneuses de service comme tend à le voir la Fondation 1625 dans une vision essentiellement utilitariste. L’école forme ceux qui serviront le Québec, mais plus généralement le monde, ceux qui seront les contribuables de la société. Elle forme aussi à l’esprit et à la critique et je n’écrirais sans doute pas ce texte sans l’éducation que j’ai eue à l’école, du primaire à l’université, sans tous ces enseignants qui m’ont marqué et qui ont ouverts ma curiosité, me poussant aussi à approfondir davantage individuellement divers sujets. Non l’étudiant n’est pas un simple consommateur et c’est pour cela qu’il mérite de disposer lui aussi de moyens de pression lorsque son éducation en elle-même est en jeu. La grève si elle est décidée démocratiquement peut être l’un de ses moyens de pression en plus d’être pacifique. Cependant, ce moyen de pression se doit d’être formellement encadré afin de mettre fin au flou juridique et politique le concernant et cela passe aussi par un encadrement rigoureux de la démocratie étudiante. Si on maintient le statu quo comme le souhaite l’ASSÉ, les troubles continueront et l’utilisation d’injonction par ceux qui se rangent derrière le mouvement amorcé par Laurent Proulx persistera. De plus la démocratie continuera à être parfois bafouée selon la volonté des cliques et des groupes de pression qui dominent à certaines occasions les associations étudiantes. Les injonctions ont été consolidées par les tribunaux depuis 2012 et les associations continueront à en payer le prix. D’un autre côté la vision consumériste de l’éducation de la Fondation 1625 réduira le statut d’étudiant à celui d’utilisateur payeur et celui-ci se retrouvera dépourvu de moyen de pression significatif lorsque son éducation est affectée donc rien en bref pour décourager le désaveu de la population à l’égard de la politique et plus généralement la jeunesse.

Merci à Camille Godbout de l’ASSÉ et Miguaël Bergeron de la Fondation 1625 pour les entretiens que vous m’avez accordés.

Le vote électronique, pourquoi pas? ou les affres de la démocratie directe d’assemblée étudiante.

Je me suis longtemps posé des questions sur l’efficacité démocratie directe d’assemblée, particulièrement depuis le printemps étudiant de 2012. Est-elle aussi efficace que ses défenseurs et promoteurs le disent? Je n’ai jamais rien eu contre les assemblées ni la démocratie directe en soi, bien que je la trouve difficilement applicable à l’échelle d’une société sans représentativité. À vrai dire, j’ai toujours aimé me rendre dans les assemblées étudiantes pour décider des positions à adopter, tant dans mon implication dans les partis politiques que dans les diverses organisations étudiantes. Il s’agit de la démocratie dans sa plus pure expression. En fait la démocratie directe d’assemblée, celle qui oriente directement le centre décisionnel d’un exécutif via une assemblée de membres ou de délégués me stimule. Pourtant, il m’arrive parfois de douter de sa pertinence dans certaines circonstances.

La grève m’apparait comme l’une d’elles. La grève c’est plus qu’une simple décision d’organisation, c’est la mise en place d’un moyen de pression concret et paralysant. Dans le cas qui nous intéresse, la grève vise à contrer les mesures d’austérité du gouvernement libéral de Philippe Couillard qui affecteront les universités et les cégeps dans une vision utilitariste et marchande (voir ce texte). Une consultation pour décider d’une mise en place ou pas de mesures de grève se doit donc de pouvoir consulter la totalité des étudiants d’une association. Dans ces cas le vote via un référendum électronique apparait comme une solution intéressante, si il bien encadré puisque tout le monde pourra voter. Certains contestent cette option. C’est le cas de Louis-Joseph Couturier et Chloé Poirier-Richard qui publie dans un texte leur opposition dans un texte d’Union libre, Journal indépendant des étudiants en droit et science politique de l’UQAM.

Au premier abord, les auteurs misent sur la démocratie directe, car ils croient que les assemblées générales offrent une grande qualité de débat que n’offrent pas la recherche personnelle ni les discussions entre individus, notamment de par sa diversité de point de vue. Pour se justifier, monsieur et Couturier et Poirier-Richard croient « que les idées dominantes de notre société, véhiculées par les médias, et autres idées reçues, primeront davantage sur des idées alternatives. »[1] Les assemblées permettraient donc de présenter une grande diversité de points de vue et d’alternatives à ce que présentent les médias de masse. De nombreux éléments me chicotent dans leur argumentaire. Apparemment, une recherche personnelle n’est pas assez valable pour permettre à quelqu’un de se faire une idée sur la pertinence ou pas d’une grève dans le cadre d’une cause précise. Pourtant n’est-ce pas à l’individu de s’informer sur les enjeux liés à un vote comme celui de la grève qui le privera temporairement de son éducation universitaire? L’éducation ne devrait-elle pas permettre à la personne d’acquérir un point de vue critique, de remettre en question ce qu’elle reçoit, d’acquérir une conscience politique et sociale? De plus les auteurs semblent croire que les assemblées générales permettent l’émergence et la diffusion d’idées alternatives. Il m’est difficile d’y acquiescer vu mon expérience des assemblées générales, et ce, tant dans les partis politiques que dans les assemblées étudiantes qui se retrouvent généralement plus polarisées qu’autrement. De plus le temps limité des assemblées ne permet généralement pas ladite diffusion de ces idées. Dans le cas des votes de grève, les camps sont simples : pour ou contre. Chacun des clans tentera donc de faire valoir son option sur l’autre et c’est justement la curiosité que devraient développer les individus en vertu d’une bonne éducation civique qui devraient leur permettre de rechercher et songer à des idées alternatives qui serviront plus qu’autrement à légitimer un camp face à l’autre dans le cas d’un vote de grève. Ce n’est donc pas à l’assemblée générale d’informer l’individu, mais à l’individu de s’informer lui-même. Affirmer le contraire c’est donc se moquer de l’éducation civique et politique que se doit d’acquérir un individu personnellement. Si je ne nie pas l’intérêt de tels débats dans le contexte de la grève, ils ne doivent pas prendre le pas sur une consultation qui doit rejoindre le plus de gens possible.

À cet argumentaire, les auteurs répondront que les votes électroniques évacuent la formulation de la grève, de son comment, de ses modes d’action et des stratégies de lutte employées. Il ne faut pourtant pas oublier que la grève en tant que moyen de pression tangible et exceptionnel fait pourtant partie d’une contestation beaucoup plus généralisée. De plus ces modalités peuvent être discutées elles-mêmes en assemblée générale afin d’être amenées vis-à-vis un vote électronique à plusieurs options. Je ne nie pas la pertinence de l’assemblée générale, mais je crois simplement et je le répète la grève est un moyen de pression exceptionnel. Dans certains cas elle hypothèquera plus ou moins temporairement le parcours des étudiants d’une association étudiante qu’elle affectera directement. Les dommages causés par la grève ainsi que les irrégularités vis-à-vis sa mise en place ont rappelons-le amené à un mouvement de contre-contestation de ce moyen de pression mené à l’époque par Laurent Proulx puis Jean-François Morasse.

En effet, non seulement la grève, mais la démocratie directe d’assemblée connait ses propres problèmes qui se sont dévoilés durant la crise étudiante de 2012. J’ai abordé principalement la polarisation quasi inévitablement présente dans les assemblées de grèves qui a parfois donné lieu à des affrontements tant verbaux que physiques. Non régularisé si ce n’est par une norme informelle donnant de facto le droit de grève aux étudiants, les assemblées concernant ce moyen de pression ont souvent produit des irrégularités concernant le vote, mais aussi des dérapages la démocratie directe des assemblées étudiantes s’avère donc souvent difficilement gérable notamment en contexte de grève vu l’enjeu qu’elle implique. Certains exécutifs d’associations étudiantes n’hésiteront parfois pas malgré leur mandat de représentativité à prendre position en faveur d’une option et mettre tout en son pouvoir pour qu’elle passe. Cette problématique menant ultimement à la contre-contestation de Laurent Proulx et à l’arrivée d’injonctions via les tribunaux ne reconnaissant pas le droit de grève a donc poussé certains dont l’auteur de ce texte à se poser en faveur de la réglementation définitive de la grève étudiante et les modalités menant à son vote. Dans le contexte de la détermination d’une grève et dans l’intérêt de la démocratie étudiante la plus représentative, un vote électronique serait donc une avenue intéressante à réfléchir, notamment afin de composer avec les affres de la démocratie directe des assemblées étudiantes.

[1] http://www.unionlibre.net/voteelectronique/

Cinémanalyse : Nightcrawler, la valse sombre du sensationnalisme télévisuel et du rêve américain

Paru à la fin de l’année 2014 dans les cinémas, le film Nightcrawler, intitulé au Québec dans sa version française, Le Rôdeur et en France, Night Call (un titre anglophone pour traduire le titre d’un film américain? Ces chers Français….), est selon moi l’un des petits bijoux de cette année ou d’excellents crus se sont pourtant démarqués. Il s’agit d’ailleurs de l’un des films qui m’a le plus marqué et avec raison. Tout d’abord pour la qualité du jeu de ces deux acteurs principaux, Jake Gyllenhal et Rene Russo qui offrent certainement leur meilleure performance à vie jusqu’à maintenant et pourtant Jake Gyllenhal offre rarement de mauvaises prestations. Le film tout comme ses comédiens furent d’ailleurs injustement boudés aux Oscars de 2015 pour une raison que j’ignore alors que de nombreux critiques et pas seulement moi les qualifiaient certainement des meilleures performances de l’année 2014 en plus d’offrir un film intelligent, de loin davantage à mon avis que les films en lice pour les Académie Awards sauf peut-être Birdman.

Nightcrawler, c’est à la fois un thriller et une critique pessimiste de la société contemporaine et des médias. L’histoire raconte les mésaventures de Lou Bloom interprété par Jake Gyllenhal, ici très inquiétant dans la peau d’un personnage asociale et sociopathe qui décide de gagner sa vie en filmant des scènes d’accidents et de crimes pour les revendre à des chaines de télévisés américaines. Il attire très rapidement l’attention de Nina, réalisatrice pour une chaine de nouvelles au caractère dégourdi qui tente de faire remonter ses côtes d’écoute en achetant les reportages amateurs de Lou. Au fur et à mesure que le film avance, Lou Bloom fait preuve de plus en plus d’audace en s’arrangeant pour devenir le reporter privilégié de la chaine. Il va même jusqu’à filmer des scènes de crime avant que les autorités n’arrivent et n’hésite pas à sacrifier la vie de ses partenaires tout en tentant d’obtenir des avances de la part de Nina qu’il fait chanter. Réciproquement, la réalisatrice le pousse toujours à aller plus loin, obsédée à l’idée d’obtenir plus de cotes d’écoute.

La première chose à noter de NightCrawler est son exploration des méandres les plus sombres et pessimistes de l’univers médiatique américain et plus généralement occidental tout en présentant un univers glauque et froid. L’action se situe dans la ville de Los Angeles et avec raison. La ville représente sans doute le contraste le plus flagrant des États-Unis. Los Angeles c’est d’une part la ville du rêve et du divertissement, centre névralgique de l’industrie médiatique représentée par Hollywood, dont on voit à de nombreuses reprises son célèbre panneau dans des plans larges, mais aussi par ses quartiers riches dont Beverly Hills. C’est aussi une ville industrielle, réputée pour ses banlieues malfamées et sa violence. Le fantasme hollywoodien est d’ailleurs rapidement étouffé par l’univers sombre de la jungle urbaine de Los Angeles, la violence et tous les personnages inquiétants qui y rôdent dont le protagoniste principal. Pourtant le rêve américain est persistant.

La face sombre du rêve américain

C’est dans ce contexte qu’entre en jeu, le protagoniste de Lou Bloom. Crapuleux et surtout asocial, le film tend à montrer au début que son incapacité à saisir les relations humaines. Il est tout bonnement présenté comme un raté, sans doute dérangé mentalement. À la recherche d’un moyen de faire de l’argent, il n’hésite pas à commettre des larcins pour survivre. Se cherchant du travail, on le prend rarement en compte. Une scène donne ainsi le ton au paradoxe américain. Alors qu’il vient de vendre du matériel volé à petit prix au directeur d’un chantier de construction et lui présente sa candidature pour un emploi, celui-ci refuse affirment qu’il refuse de travailler avec des voleurs. Paradoxe, comme si la moralité était volatile. D’un côté les larcins de Bloom permettent d’approvisionner des entrepreneurs qui d’un autre côté se donnent bonne conscience en refusant de travailler avec lui en raison de ses activités douteuses.   Le directeur de ce chantier incarne sans doute le citoyen lambda, celui qui adhère à la moralité quand elle l’arrange. Ce paradoxe sera exposé plus tard plus explicitement. C’est cependant un accident dans tous les sens du terme qui amène Bloom à se lancer dans sa nouvelle activité. En effet, tombant sur un carambolage, il rencontre un vidéaste amateur incarné par Bill Paxton qui filme des accidents de la manière la plus sensationnaliste possible. Léo Bloom décide lui aussi en achetant au rabais une caméra à exercer cette activité et obtient rapidement du succès grâce à l’attention qu’il obtient de la réalisatrice Nina. En éliminant ses rivales au passage et en sabotant leur équipement il parvient peu à peu à améliorer sa situation en obtenant du meilleur matériel et des sommes de plus en plus faramineuses pour ses reportages. Nina est bien consciente de l’amoralité du protagoniste, mais malgré le chantage qu’elle subit de sa part qui se traduit par des avances sexuelles et l’augmentation du budget attribué à Bloom en échange de ses reportages, elle cède, obsédée elle-même par ce succès que le crapuleux reporter indépendant apporte à la chaine télévision déclinante, mais aussi sans doute par ambition. La moralité est ainsi un instrument pour se donner conscience et pour normaliser les relations entre individus. On comprend qu’au fur et à mesure que le succès de Bloom grimpe elle se dissipe peu à peu et c’est sans doute ultimement le manque de moralité du protagoniste qui lui permet de s’enrichir et de faire grimper son entreprise, celui-ci ne faisant preuve d’aucun scrupule. Bloom lui-même s’arrange parfois subtilement pour mettre en scène indirectement des accidents et des meurtres, étant l’investigateur d’une mise en scène qui le mène au succès au détriment de ses alliés.

Conclusion : la désinformation glorieuse et pessimiste du sensationnalisme

Ce film illustre toute l’hypocrisie médiatique, des médias prêts à faire n’importe quoi pour obtenir du sensationnel quitte à collaborer avec les pires crapules et à faire preuve de désinformation, simplement pour attirer l’œil du public lambda prêt à se gaver d’insécurité et d’image d’horreurs pour satisfaire son besoin d’excitation. Est-ce que le film est une mise en garde contre ce genre de pratique? Peut-être, mais il n’en demeure pas moins qu’en le regardant on en sort troublé. Non seulement en raison de ses deux protagonistes, inquiétants et opportunistes, mais aussi parce qu’il prend le pari de présenter une vision ouvertement pessimiste de l’homme ambitieux vu comme un rapace. Et si justement, le personnage de Lou Bloom n’était-il pas une représentation outrancière de ces grands hommes de pouvoir qui n’ont pas hésité à faire fi de toute considération intègre à l’égard de ceux qu’ils ont croisés pour se hisser au sommet à l’image d’un Jordan Belfort, d’un Joseph Staline et d’un Al Capone? Il donnera cependant peut-être le goût à ceux qui le visionnent de se méfier, de rester critique face à ce que les grands médias présentent comme information et de ne pas se laisser emporter la valse sombre du sensationnalisme télévisuel.