La Church of Jediisme : quand Star Wars inspire la foi

Avec l’arrivée d’un nouvel opus de la célèbre saga Star Wars sur grand écran on peut constater l’ampleur de la saga créée par George Lucas, ne serait-ce que parce qu’elle a inspiré des mouvements religieux et spirituels regroupés sous l’appellation de « jediisme » dont la « Church of Jediism » qui compte des milliers de fidèles à travers le monde.

Les mouvements « jediistes » apparaissent comme des modes de croyance contemporains et émergents à une époque, où plus que jamais, la place de la religion dans les sociétés occidentales est remise en question. Vue comme l’un des plus importants mouvements jediistes au monde, la Church of Jediism fondée en Grande-Bretagne en 2008 regroupe plus 100 000 pratiquants selon Daniel Jones, Gallois joint à sa résidence de Holyhead au Pays de Galles, musicien et membre du « Conseil Jedi » qui dirige la Church of Jediisme. « Nos adeptes sont dispersés à travers tous les continents. Il y a non seulement des Occidentaux qui adhèrent à notre religion, mais aussi des habitants de pays moins développés, comme le Pakistan, qui comptent plusieurs membres importants de notre Église », explique-t-il.

Une religion qui se définit universelle

Daniel Jones attribue la popularité croissante de sa religion au message universel issu de la saga Star Wars : « Lorsque l’on s’intéresse à la philosophie Jedi [présentée dans la saga], on réalise que les valeurs qu’elle prône sont universelles. On parle de paix, de l’importance de savoir gérer ses émotions, de ne pas céder à ses passions. Ce sont des choses qui nous permettent d’avoir une vie saine et équilibrée lorsqu’on les applique quotidiennement », affirme-t-il. Pour mettre en pratique ces enseignements, la « Church of Jediisme » dispose d’un programme mettant de l’avant les bases de la méditation transcendantale et la pratique d’arts martiaux. Pour ce qui est de la force, Daniel Jones croit «[qu’]il s’agit d’un concept servant à donner un sens à la vie, qui distingue littéralement ce qui est vivant de ce qui ne l’est pas, qui est indicible, même pour la science ». Malgré cette « foi » en la force, il raconte que certains membres de l’Église se définissent comme des athées alors que d’autres combinent la pratique du jediisme avec celles d’autres religions comme l’islam ou le christianisme. « Notre Église rejoint des gens de toutes origines qui sont libres de conserver leurs autres croyances ».

Questionné au sujet des autres mouvements jediistes, Daniel Jones estime qu’ils ont tenté d’amalgamer la voie Jedi à celle des autres religions. Il décrit d’ailleurs le « Temple of Jedi Order », l’un des grands mouvements jediistes avec la « Church of Jediism », comme « une secte chrétienne » qui s’est appropriée des éléments de l’ordre Jedi présents dans Star Wars pour les mélanger avec le christianisme.

Pourtant, lorsqu’on questionne Daniel Jones sur ceux qui ridiculisent ces mouvements, il réplique : « C’est vrai que des mouvements jediistes sont des parodies de religion, mais [avec la « Church of Jediisme »], tout ce que nous avons fait, c’est de nous servir des concepts présents dans Star Wars pour mieux définir notre spiritualité et améliorer notre qualité de vie».Sans titre

Légende photo: le signe en jaune sur la feuille est le symbole de la « Church of Jediiste ».

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La tangible comédie burlesque du Niqabgate

L’événement est arrivé en plein dans la campagne électorale alors que l’incertitude sur qui formerait un gouvernement se faisait sentir et que le NPD de Thomas Mulcair meneur dans les sondages commençait perdre du soutien. La Cour d’appel fédérale a accepté la demande de la Pakistanaise d’origine, Zunera Ishaq de prêter serment de citoyenneté canadienne avec son niqab. Le dernier résultat de cette bataille juridique a eu des conséquences à l’étonnement apparent de la principale concernée qui qualifiait le port de son niqab comme « un choix personnel »[1]. Dès l’arrivée de la décision de la Cour d’appel, le Parti conservateur qui s’y opposait a récupéré l’affaire qui est devenue un enjeu électoral sur lequel le Bloc Québécois a aussi surfé. Il faut dire que le chef du PLC, Justin Trudeau, et celui du NPD, ne s’opposait pas à cette décision.

La question du niqab est devenue dès lors un enjeu majeur de la campagne électorale fédérale, et ce, sans rappeler le fameux débat sur la Charte de la laïcité. D’un côté on affichait une opposition au niqab vu comme un symbole d’oppression de la femme et un caprice religieux identitaire dans une société d’accueil aux racines judéo-chrétienne. Ceux qui condamnaient le niqab y voyaient parfois tout simplement un manque de civisme et une marque de non-intégration à la société d’accueil canadienne. De l’autre côté, on accusait les conservateurs et dans une certaine mesure les bloquistes d’instrumentaliser la question identitaire pour se faire du capital politique sur le dos des immigrants. Pour comprendre la position des opposants à la position conservatrice, il faut savoir que madame Ishaq devait être en mesure de s’identifier avant de prêter serment, ce qui pouvait apparaitre raisonnable au premier abord.

Moi-même, pourtant pas le plus grand adepte du multiculturalisme et pas particulièrement sympathique au niqab et surtout aux obsessions religieuses de certains, je n’en voyais pas là matière à une énorme controverse. Pourtant, les deux bords se sont tiré la balle. On voyait même une certaine gauche inclusive abordée des enjeux « non identitaires » tout en tirant continuellement à la fin de leur discours les conservateurs et les nationalistes sur leur instrumentalisation du niqab, les accusant de diviser la population en misant sur la peur de l’autre. Il y avait une belle ironie à voir des individus anti conservateur faire une contre instrumentalisation de cet enjeu identitaire en apparence futile en misant sur la xénophobie que pouvait engendrer le Niqabgate. J’ai appelé moi-même appelé ce phénomène : jouer sur la « xénophobophobie » où peur de voir, d’être, ou de paraitre xénophobe. Le point culminant de cette instrumentalisation fut sans doute la motion contre l’islamophobie de la « porte-parole » de Québec solidaire, Françoise David. Il faut dire que la veille, une musulmane voilée et enceinte s’était fait agresser par des imbéciles dans un geste que j’ai moi-même condamné[2]. Cependant, si Françoise David voulait lancer un appel au calme et faire une sorte de doigt d’honneur bien senti aux nonos souvent véritablement xénophobes qui font de telles choses, elle a aussi encouragé les gens à se débarrasser des conservateurs.

L’enjeu du niqab est plus que jamais revenu dans les manchettes après qu’Élection Canada ait confirmé que les électeurs pouvaient voter masqués à condition qu’ils prêtent serment d’électeur papiers à l’appui[3]. Un mouvement populaire organisé sur Facebook a récupéré l’affaire et encouragé les citoyens à voter masqués. De nombreux citoyens se sont présentés aux bureaux de vote vêtus de sacs de patates, de masques d’Halloween et autres attirails pour se cacher la face et faire un pied de nez au multiculturalisme.

Ce que remet ainsi en perspective l’enjeu du niqab est une confrontation des citoyens face au multiculturalisme et à sa conception « méta-individualiste »[4] de la société au nom des droits individuels pour promouvoir le vivre ensemble ou plutôt le vivre et laissez vivre. Pour plusieurs, lorsqu’un immigrant arrive dans sa société d’accueil il doit être en mesure de comprendre ses normes et sa culture et cela doit se faire par des compromis. Le niqab a encore une fois confronté cette perspective alors que la plupart des gens particulièrement au Québec éprouvent un malaise face à certains signes religieux qui dépassent certaines règles de civisme tacite comme le fait de se promener à visage découvert et c’est ce qui a engendré une frustration des citoyens par rapport au niqab. Je me suis toujours demandé moi-même en quoi empêcher le niqab et autre forme de vêtements qui masquent le visage dans certaines circonstances pouvait être vues comme une atteinte absolue aux droits de la personne comme l’ont souligné de nombreux individus opposés au gouvernement conservateur. Pour ce qui est des mesures prises par Élections Canada pour permettre aux gens de voter masqués, elles sont carrément grotesques et peuvent engendrer des dérapages. Le fait de demander aux gens de se démasquer pour s’identifier permet simplement d’éviter les fraudes et d’assurer la sécurité des autres. Rendu là ce n’est même plus culturel, c’est du  civisme de base dont devrait se doter toute société démocratique et transparente.

Le débat sur le niqab s’est ainsi transformé en tangible et burlesque comédie dans laquelle les partis politiques ont joué au pingpong argumentaire sur les questions identitaires et surtout dans laquelle une partie de la population s’est exprimée en se moquant du système. Pourtant derrière cette comédie, on comprend qu’au-delà des enjeux plus ou moins matérialistes que mettent de l’avant les anticonservateurs et antinationalistes de tout acabit, les questions identitaires ne doivent pas être négligées et représente en eux-mêmes une réalité au sein du Canada. Malgré la Charte de Trudeau, on voit aussi que le multiculturalisme en tant que concept politique et juridique enchâssé dans la loi, est régulièrement remis en cause.

[1] http://ici.radio-canada.ca/sujet/elections-canada-2015/2015/10/08/022-zunera-ishaq-niqab-femme-bouleverse-campagne.shtml

[2] Je condamnerai toujours les imbéciles qui font ce genre de choses, mais ils ne sont pas représentatifs de la société québécoise.

[3] http://www.journaldemontreal.com/2015/09/21/le-vote-a-visage-couvert-tolere-de-toutes-les-facons

[4] Meta signifie au-delà. L’expression « méta-individualisme » exprime l’utilisation de l’individualisme en le faisant transcender de sa définition stricte pour lui donner ironiquement un aspect collectiviste.

Les incertitudes de la loi 59

Actuellement, la loi 59 fait couler beaucoup d’encre. La loi octroie de nouveaux pouvoirs d’enquête de la Commission des droits de la personne tout en tentant de protéger les citoyens particulièrement ceux d’un groupe inscrit à l’article 10 de la Charte des droits de la personne lorsque cela concerne notamment les incitations à la violence et les discours haineux[1].

La critique principale selon moi est principalement liée la question du discours haineux. Qu’est-ce qu’un discours haineux selon cette loi? Il est là le litige et ce sera à la Commission puis au Tribunal des droits de la personne de statuer. Le rapport de la commission se penchera entre autres sur le nombre de dénonciations reçues et le nombre d’enquêtes tenues sur le sujet à plainte, mais cela ne répond pas plus à ce que l’on peut considérer comme haineux par rapport à ce qui ne l’est pas. Je sais par expérience que la définition de « haineux » est souvent variable d’un individu à l’autre et dépend bien souvent de la susceptibilité de la personne. Certains peuvent considérer toute forme de critique négative à leur égard ou à l’égard de leur communauté comme une offense haineuse. Par ailleurs la haine est une notion encore débattue d’un point de vue juridique, social et philosophique.

La loi 59 ferait donc-t-elle selon la logique de la chose du cas par cas? Ça donnerait donc des pouvoirs particuliers à des gens dogmatiques face aux critiques? Un imam radical qui prêche la Charia aurait-il gain de cause contre l’organisation Québec contre la Charia par exemple? L’ironie de la chose c’est que l’on a à se questionner ce qui se passera si par exemple un membre de la communauté LGBT décide de dénoncer le même imam pour un discours qu’il juge haineux. Est-ce face à ce genre de cas que le gouvernement de Philippe Couillard faisait référence dans sa lutte contre la radicalisation? Il pourrait donc y avoir possiblement confrontation entre deux types de groupes qui sont protégés par la Charte des droits et libertés[2]. En ce sens la Loi 59 pourrait bien contribuer à la division alors qu’elle vise pourtant à assurer une certaine cohésion et un respect au sein de la société québécoise. Elle ne pourrait qu’engendrer des litiges, principalement sur le plan juridique au sein de diverses communautés qui cohabitent au Québec. Elle pourrait aussi affecter notablement la question même de la liberté d’expression et de la critique face à des sujets plus tabous comme la question des genres, de la sexualité et surtout de la religion.

La loi 59 apparait beaucoup trop incertaine actuellement pour s’avérer un outil efficace pour lutter contre la radicalisation et pour contribuer à renforcer la cohésion au sein de notre société. Le fait qu’elle ajoute de nouveaux pouvoirs discrétionnaires au Tribunal des droits de la personne et dans une certaine mesure à la Commission des droits de la personne, qui a désormais plus que jamais un rôle d’enquêteur, a de quoi inquiéter les tenants de la liberté d’expression.

[1] Voir la Charte des droits et libertés de la personne (http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=/C_12/C12.HTM)

[2] Ibid.

Le Mirage : futile surconsommation

Ricardo Trogi est devenu un réalisateur emblématique de la génération X et Y. Ses œuvres sont souvent un gage de succès pour les producteurs québécois. Après 1987, suite de 1981 et biopic sur sa jeunesse, le cinéaste nous offre Le Mirage une comédie dramatique critique de la société surconsommation d’aujourd’hui. Le Mirage est le fruit d’une collaboration avec Louis Morissette acteur majeur de l’humour québécois actuel qui signe le scénario en plus d’incarner le protagoniste.

Le Mirage raconte l’histoire de Patrick, père de famille propriétaire d’une franchise de magasin de sport et menant une vie rangé qui s’ennuie profondément. En couple avec Isabelle (Julie Perreault) en congé pour burnout, Patrick ne trouve refuge que dans la pornographie qu’il consomme abondamment. Patrick et Isabelle passent souvent leur soirée avec un couple d’amis, Roxanne (Christine Beaulieu) et Michel (Patrice Robitaille qui joue une fois de plus dans un personnage de conjoint et d’ami macho). De plus en plus endetté, il ne trouve plus le bonheur dans cette vie. Pour ne rien arranger, Patrick fantasme de plus en plus sur Roxane.

La première partie du film est plutôt humoristique bien que l’on sent de plus en plus l’épuisement de Patrick. On se prend à rire de nos propres tendances au travers de Patrick. La seconde partie du film est cependant de plus en plus dramatique et l’humour prend ainsi le bord au fur et à mesure que le désespoir de Patrick croit et on retrouve les bonnes vielles mimiques thématiques de Trogi dont le thème de la tentation souvent présent dans son œuvre. Il faut quand même dire que Trogi est un bon metteur en scène. Le traitement sonore est efficace sans être criant d’originalité. On a d’ailleurs droit à une scène de tristesse alors que la vie de Patrick éclate de plus en plus suite à une mauvaise nouvelle avec en fond la musique de Radiohead, un cliché de plus en plus fréquent au sein de ce genre de comédie dramatique qui ne semble pas épargner Ricardo Trogi. Il y a cependant une absence de dialogue dans de nombreuses scènes du film. Ces scènes renforcent le propos du film et misent essentiellement sur le jeu physique de ses acteurs.

Malgré sa mise en scène, Le Mirage n’apporte rien de neuf au paysage cinématographique québécois. Les thématiques qu’il aborde ont d’ailleurs déjà été traitées dans d’autres œuvres québécoises dont la Vie secrète des gens heureux, le Bonheur des autres où le sous-estimé L’Âge des Ténèbres avec lequel Le Mirage partage une fin légèrement similaire. Le film doit essentiellement sa force par son côté humoristique et son traitement visuel et sonore. C’est malheureux parce que la réflexion aurait pu aller un peu ailleurs, mais elle révèle plutôt générique.

2.5/5

J’ai aimé

Traitement visuel et sonore intéressant

Un humour cinglant efficace durant la première partie du film

Je n’ai pas aimé

Une énième critique cinématographique de la société de surconsommation nord-américaine qui se révèle plutôt générique qui n’apporte rien de neuf dans son propos à la filmographie québécoise.

le mirage

Daredevil : bilan et analyse du grand coup netflixien de Marvel

Paru ce printemps sur Netflix, Marvel a marqué un grand coup avec l’arrivée de sa série Daredevil. Pour les non-habitués Daredevil de son vrai nom Matt Murdock est un avocat aveugle qui combat le crime dans les rues de New York et plus précisément dans le quartier Hell’s Kitchen. Force est de constater que le pari de Marvel est réussi et que Daredevil est un véritable chef-d’œuvre en son genre. La série se révèle davantage un polar noir avec des éléments d’action qu’un récit classique de super héros en lui-même.

Malgré des films de qualité sortis ce printemps dont le sympathique second opus des Avengers et l’amusant Antman, pour moi c’est Daredevil qui s’est démarqué auprès des fans et de la critique et je n’y fais pas exception. Se déroulant dans le Marvel Cinematic Univers, il semble difficile de croire que la trame sombre, voir glauque de la série se déroule dans le même univers que les aventures de Ironman, Capitaine America, Antman et Thor. Pas question ici de science-fiction et de fantastique, les aventures de Daredevil dans le quartier Hell’s Kitchen sont même criantes de réalisme bien que l’invasion extraterrestre orchestrée par Loki, frère mesquin de Thor soit responsable des problèmes que traverse le New York dans lequel Matt Murdock évolue. On y croit réellement et on se dit que les difficultés traversées par les habitants d’Hell’s Kitchen pourraient toujours avoir lieu dans un quartier malfamé près de chez nous. Un peu à la manière de la trilogie Batman de Christopher Nolan, on s’identifie aisément à cet univers tout comme le personnage de Daredevil/Matt Murdock nous apparait comme un type normal ayant décidé de porter un masque pour lutter contre la corruption et la criminalité présente dans son milieu. Bien qu’il ait des super pouvoirs qui lui confèrent des sens beaucoup plus aiguisés qu’un être humain normal et qui compense largement sa « non-voyance », Matt Murdock n’a rien du génie intellectuel d’un Tony Stark ou d’un Bruce Banner et n’a pas de capacités physiques aussi surdéveloppées qu’un Capitaine America ni même la surdroiture morale de ce dernier. On nous présente ainsi un personnage avec ses travers et qui malgré ses quelques superpouvoirs en arrache souvent durant les combats, mais aussi avec ses proches.

Matt Murdock incarné efficacement par le Britannique Charlie Cox est un personnage purement et simplement humain, un idéaliste qui malgré son métier d’avocat, n’hésite pas à bafouer la loi. Ainsi le présente-t-on souvent dans la série via les divers autres personnages comme un justicier brutal, voir un ridicule marginal hors la loi et causeur de problème qui tente d’imposer sa vision des choses à l’ensemble d’Hell Kitchen. Les policiers ne l’apprécient d’ailleurs guère. Le personnage connait ses difficultés, échoue par moment se relève parfois. L’aspect fascinant du personnage c’est aussi une forme de piété à l’égard du catholicisme puisque Matt Murdock est un fervent croyant qui demande régulièrement conseil au prêtre de sa paroisse. Au fil de la série, on assiste à ses réflexions face à la notion de bien et de mal à ses questionnements et à ses égarements. Daredevil est l’expression d’un certain conservatisme moral. Il se bat pour sa cité, tente de la préserver en étant le plus en accord avec ses convictions religieuses, mais aussi avec ce que son père, un boxer déchu a tenté de lui inculquer. À ses côtés évolue son associé Foggy Nelson qui sert plus ou moins de relief comique à la série, l’infirmière Claire Temple qui malgré ses sentiments pour Matt Murdock est mitigée face à la croisade de celui-ci, la secrétaire du bureau d’avocat de Murdock, Karen Page, une jeune femme au passé trouble décidé à en finir avec l’organisation de Wilson Fisk et qui appuie ouvertement Daredevil dans son combat sans connaitre sa réelle identité et Ben Ulrich un journaliste certes cynique, mais intègre cherchant essentiellement à dévoiler la vérité au grand public face à aux magouilles des bandes criminelles qui évoluent dans Hell’s Kitchen.

La vedette de la série n’est cependant pas exclusivement Daredevil. Celui qui contribue véritablement à la force du nouveau produit de Marvel et de Netflix tout autant que le héros, si ce n’est même plus, c’est l’antagoniste que constitue que Wilson Fisk incarné avec vigueur par Vincent D’Onofrio. Wilson Fisk, s’il n’est pas introduit directement dans le premier épisode dans la série se dévoile peu à peu pour devenir le principal personnage avec Matt Murdock. S’il constitue le principal antagoniste, Wilson Fisk n’est pas un super vilain classique. On pourrait même le catégoriser comme un antihéros, un homme croyant que via ses méthodes douteuses, il contribue au bien et au redressement de la cité. C’est d’ailleurs à l’origine le but de Wilson Fisk, rétablir Hell’s Kitchen. Au fil des épisodes, on apprend à connaitre un homme au passé tragique élevé par un père aspirant politicien, mais violent. Fisk n’est pas un ennemi singulier, il est humain et on se surprend même à sympathiser pour celui-ci malgré toute la brutalité qui émane du personnage qui s’emporte souvent au fil de la série. D’ailleurs, Fisk vivra une histoire d’amour avec une femme nommée Vanessa. Contrairement aux autres séries du genre, c’est la romance d’un antagoniste que l’on suit et non celle du protagoniste. On découvre aussi un personnage qui entretient une amitié certaine à l’égard de son bras droit principal, James. L’emphase mis sur Fisk rend ainsi la frontière entre le bien et le mal flou et on en vient même à douter des motivations de Matt Murdock. Bien que la frontière entre le bien et le mal se place plus clairement à la fin, un peu à la va-vite d’ailleurs, et que Fisk réalise lui-même le mal qu’il représente et finit en quelque sorte par l’accepter, pour une fois on a droit un antagoniste véritablement complexe et humain, ce à quoi Marvel nous a peu habitués jusqu’à maintenant. On salue ainsi toute la dimension tragique apporté au personnage de Wilson Fisk. Marvel nous a habitués et des histoires manichéennes avec des tentatives fréquemment maladroites de faire de la nuance au sein de ses personnages. La série Daredevil redresse cette tendance.

Daredevil est une excellente série qui exploite avec force et de manière souvent nuancé la dualité entre le bien et le mal. Bien que ce sujet soit abordé dans la religion via la métaphore biblique et que ce traitement ne soit pas original, il reste pertinent. On appréciera d’ailleurs qu’à l’image d’un Batman, Matt Murdock ait à la fin de la série choisi un symbole, celui du diable pour terrifier ses adversaires. C’est peu original, mais efficace et c’est tant mieux. Une œuvre visuelle qui use de métaphores trop complexes et de surinterprétation finit par s’égarer et ce n’est pas le cas de Daredevil. Captivante à souhait elle mérite amplement son succès. La série est un excellent mélange de polar noir avec ses enquêtes et d’histoire de super héros et j’ai bien hâte à la saison 2 qui est supposé introduire le Punisher le célèbre justicier tueur et antihéros par excellence de Marvel. Avec l’introduction du Punisher on se demande ainsi comment les créateurs exploreront davantage la thématique de la justice et du bien et du mal. À suivre…

marvel daredevil

Terminator Genisys : Arnold is back…….

À tous les amateurs de la franchise Terminator : vous avez aimé le premier film, vous avez adoré le second film, vous avez trouvé le troisième et le quatrième moyen comme c’est le cas pour la majorité des fans et qu’il y a une espèce de consensus critique populaire auquel j’acquiesce personnellement sur ces deux derniers? Je ne sais pas si vous allez aimer le cinquième qui reçoit un accueil mitigé, mais si vous êtes le fan moyen de Terminator et à lire leur réaction, disons que c’est ça qui est ça.

On a promis un simili reboot de la série et presque tous les protagonistes ont changé de face. Bon, John Connor n’a jamais été incarné par la même personne comme si c’était une tradition. On est passé du fade Christian Bale au plus expressif Jason Clarke, c’est déjà ça. On a remplacé Linda Hamilton par Emilia Clarke en Sarah Connor hyperactive. Kyle Reese originalement joué par un Michael Biehn qui avait fait du père du futur chef de la résistance un être angoissé, mais déterminé et plutôt nuancé est maintenant incarné par Jai Courtney un acteur peu expressif qui aurait sans doute eu davantage sa place dans le rôle d’un Terminator. Il faut croire qu’ils lui ont préféré Matt Smith (ex Docteur Who), Byung Hun Lee (une vedette de cinéma coréenne qui a fait sa carrière en jouant des « bad ass » torturés qui ont pourtant peu de substance lorsqu’il s’aventure dans le cinéma occidental), Jason Clarke (parce que oui, Jason Clarke joue aussi un Terminator et ce n’est pas un spoiler si vous avez vu la bande-annonce) et surtout Arnold Schwarzenegger, seul à être de retour dans son rôle d’origine. D’ailleurs c’était ça l’argument majeur de Terminator Genisys : Schwarzy, LE Terminator lui-même, is back et avec tout ça une bonne dose de nostalgie plutôt la bienvenue enrobée dans une relecture du scénario original.

À la veille de la victoire définitive contre Skynet, John Connor envoie son fidèle lieutenant Kyle Reese en 1984 afin de protéger sa mère contre le Terminator que l’intelligence artificielle génocidaire a envoyé via son outil suprême, une machine a voyagé dans le temps. Le problème c’est que Skynet, on ne sait trop pourquoi, connait la ligne du temps classique qui fait que Kyle Reese et Sarah Connor finissent par détruire le Terminator et conçoivent John Connor. Skynet décide donc d’envoyer un Terminator T-800 dans les années 1970 pour tuer Sarah Connor, un autre plus évolué, le T-1000 en 1984 en même temps que sa première tentative et puis surprise, envoie sa dernière création en 2017 après trois échecs successifs pour préparer le jugement dernier supposé se dérouler en 1997. John Connor définitivement prévoyant a cependant envoyé un T-800 (toujours avec les traits de Schwarzy comme le premier envoyé par Skynet en 1984) pour protéger sa mère dans les années 1970, ce qui explique les échecs successifs de Skynet qui me fait quasiment penser à Vil Coyote tant il s’essaie dans tous les films à en finir définitivement avec l’humanité et que ça ne fonctionne jamais malgré une grande ingéniosité et un talent divinatoire qui vient d’on ne sait où. Attention spoiler : ce film ne fait pas exception à la règle. Non Terminator Genisys n’est pas un film cohérent, la franchise ne l’a jamais été, elle fonctionnait en son temps quand le concept de voyage dans le temps n’était pas plus poussé et qu’on pouvait limite prétexter que Skynet n’était qu’une intelligence artificielle malgré des inventions surréalistes (la machine à voyager dans le temps en elle-même) et ne fera sans doute jamais preuve d’une quelconque cohérence. En regardant Terminator, il ne faut pas chercher à trop comprendre la logique scénaristique. Le film n’est qu’un prétexte à des scènes d’action continues, voire répétitives sans beaucoup de temps mort. Comme je l’ai mentionné, ne cherchez pas non de grande performance d’acteurs. Outre les one liners, du T-800 schwarzeneggerien qui feront souvent sourire où le petit rôle de Matt Smith en Terminator personnification d’un personnage fondamental de la franchise qui partage des points communs avec le docteur (je n’irai pas plus loin et c’est peut être ça qui a influencé son choix pour incarner le personnage en question), rien de très intéressant. Le film à l’image d’une Jurassic World joue sur la nostalgie sans le faire à l’excès comme ce dernier tout en se faisant bref et simplet critique d’une problématique contemporaine, celle d’internet et de l’interconnexion des gens et qui donne de nouvelles idées à Skynet (Mark Zuckerberg, Bill Gates, Steve Job et autres innovateurs milliardaire de l’industrie numérique et du net sont les géniteurs involontaires de l’apocalypse contemporaine initiée par Skynet).

Je ne ferai pas de cachette, je n’ai pas aimé ce Terminator. J’ai souri aux one-liners de Schwarzy, j’ai trouvé les effets spéciaux plutôt bien et puis j’ai trouvé intéressant qu’ils reprennent certaines scènes du premier film pour les intégrer et ajouter un tantinet de cohérence au scénario de ce smili reboot. Malgré cela, ça ne fonctionne pas. Le T-800 du premier volet affirme qu’il est vieillissant, il n’est pas obsolète, je dirais le contraire de la franchise Terminator. Dans son état actuel, elle est plus obsolète qu’elle a mal vieillie comme si le cinéma de ce genre était passé à autre chose quelque chose pour lui faire atteindre les standards actuels et qu’on se retrouvait encore dans les années 1980 malgré une problématique trop simplement mise à jour. Si je dis qu’elle n’a pas tant mal vieilli c’est parce que les deux premiers épisodes demeurent des classiques dans leur genre, que le scénario pas tant poussé garde encore un semblant de cohérence ironiquement pour cette raison, que les effets spéciaux rendent encore ces films très crédibles et que le jeu des acteurs accompagnant le T-800 de Schwarzy a engendré des personnages cultes que leurs successeurs peinent à remplacer. Au final, Terminator Genisys mérite selon moi le titre de pire blockbuster d’action de l’été 2015 et pourtant Jurassic World avait le potentiel de le concurrencer en tant que navet de luxe.

1.5/5

J’ai aimé

Les one-liners du Terminator de Schwarzenegger

Un peu de nostalgie pas mal venu

Je n’ai pas aimé

Trop d’incohérences, d’invraisemblance

Des performances d’acteurs discutables

Un film démontrant une franchise qui se perd elle-même

tgenisys shwarze

Le Gaucher : Raging Bull Jake Gyllenhaalien

La Boxe et les sports de combat en général sont abordés fréquemment par l’industrie du cinéma hollywoodien. Ces films abordent souvent le thème de la rédemption l’on pense au légendaire Raging Bull de Martin Scorsese mettant en vedette Robert DeNiro, ou les succès critiques du film Le lutteur ayant relancé la carrière de Mickey Rourke et sans doute son meilleur film de mon modeste avis ou Guerrier mettant en scène deux frères rivaux dans un tournoi de combat ultime brillamment incarné par Tom Hardy et Joel Edgerton. Le Gaucher réalisé par Antoine Fuqua s’inscrit encore une fois dans cette thématique.

Pour ceux qui ont vu la bande-annonce, le film ne cache rien de son intrigue durant les 2 minutes 30 qui servent à le présenter. On suit le parcours de Billy Hope incarné par Jake Gyllenhaal au sommet de sa carrière au début du film et qui accumule les victoires. Billy Hope a tout pour lui, du succès, une grosse maison, une charmante épouse incarnée brièvement par Rachel McAdams qui le couve, lui sert de soutien moral, gère ses finances et sa carrière en compagnie de son gérant officiel joué par 50 Cent (excellent à en gérant sportif et plutôt roublard obsédé par l’argent et ce qu’il peut tirer de ses athlètes en terme de bénéfices) et une fillette qu’il adore. Les seules choses qui lui causent problème sont un problème de gestion de la colère et des émotions qui l’amènent à perdre régulièrement son sang-froid et un certain niveau d’immaturité affective qui en fait un véritable adulescent incapable de s’occuper de lui-même seul. C’est ainsi que lors d’une altercation avec un potentiel rival, Billy Hope en crise de colère en vient aux poings et dans l’incident son épouse est accidentellement tuée. Le boxer perdra tout et sombrera dans une dépression qui engendre chez lui des comportements autodestructeurs et qui l’amènera à tout perdre y compris la garde sa fille. Billy Hope prendra le chemin de la rédemption au contact d’un entraineur de boxe chevronné officiant auprès des plus démunis (Forest Withaker) qui lui apprendra à gérer ses émotions en plus d’une manière plus sereine d’affronter ses adversaires et tout cela en vue d’un combat contre celui contre lequel il s’est battu dans l’incident qui a engendré la mort de sa femme. Rien qu’à voir la bande-annonce, on connait déjà l’issu du film et je ne cache donc rien. C’est prévisible et la mise en scène est classique.

Le film ne renouvelle en rien le genre qui gagnerait à se réinventer un peu dans le cinéma hollywoodien et pourtant ça marche. Pourquoi est-ce que ça marche? Parce que ce film repose essentiellement sur une chose et c’est la performance de ses acteurs tous des anti-héros qui sont loin d’être des enfants de chœur. Le personnage de Forest Whitaker n’est lui-même pas parfait, il vit avec ses démons, échoue régulièrement dans son but d’apporter un soutien aux défavorisés de son quartier en plus d’avoir un penchant pour l’alcool. Le cœur du film c’est certainement Jake Ghyllenhal lui-même qui démontre encore une fois après avoir incarné le sociopathe protagoniste de Nightcrawler, qu’il est sans doute l’un des acteurs les plus accomplis d’Hollywood. Son personnage de boxer est issu du ghetto, a le langage qui vient avec. Il faut regarder le film en version originale pour réellement en profiter.

Le Gaucher est un film efficace, mais peu original qui ne réinventera pas le genre, une métaphore classique sur la rédemption, ne serait-ce que pour la performance des acteurs il vaut le coup d’œil en version original s’il vous plait.

3/5

J’ai aimé

La performance des acteurs, de Jake Gyllenhaal à 50 cent (il devrait complètement se recycler dans le jeu celui-là, principalement dans les rôles de soutien)

Je n’ai pas aimé

Le bon vieux scénario recyclé des tonnes de fois du boxer en quête de rédemption

le gaucher